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Pierre-Michel Trémeau

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Etre touché

L’homme communique avec le monde par l’intermédiaire de ses cinq sens. A partir des informations recueillies par nos sens se structure notre conscience.

Par Pierre-Michel Trémeau

Du fonctionnement harmonieux et de la profondeur d’action de nos sens dépendra donc l’élargissement et la subtilité de notre conscience.

Le sens du toucher joue probablement un rôle particulier. Il est celui qui crée la relation la plus intime avec le monde extérieur. Capable d’une richesse quasi illimitée d’informations, il agira sur une gamme de sensations pouvant aller du plaisir à la souffrance, de la répulsion à la sensualité.

Chaque sens s’exprime à la fois de l’extérieur vers l’intérieur : je touche quelque chose, j’enregistre une certaine information ; mais aussi de l’intérieur vers l’extérieur : à travers la qualité de l’action de mes sens se transmet aussi une certaine information destinée à mon entourage.

Douleur et soulagement

Le toucher ne nécessite pas la mise en oeuvre d’un organe particulier et limité, comme l’oeil par exemple. Tout le corps peut toucher et devenir source et émetteur d’informations. L’acte de toucher est le premier réflexe lié à toute sensation douloureuse du corps. A lui s’associe spontanément l’idée de guérison et de soulagement.

Le sens du toucher se manifeste comme prolongement de l’action de tous les autres sens. Je regarde une fleur. Restant avec elle quelques instants, subtilement, toujours à travers le regard, mais aussi au-delà, quelque chose en moi touche la fleur et en retour sera aussi touché par cette fleur.

Nous employons communément le verbe toucher au sens figuré. Contemplant une oeuvre d’art ou assistant à un spectacle, nous disons : « Cela me touche » ou bien : « Je me sens touché par telle chose ou telle personne. » Parfois sans qu’il y ait eu aucun contact concret. Cette très fine expansion de nos sens met l’accent sur la dimension subtile de l’acte de toucher dans l’élargissement de notre conscience.

Dans l’intimité de l’autre

Quelle que soit l’action envisagée, même la plus simple, comme le geste banal de toucher quelqu’un avec la main, tous ces différents paramètres seront présents plus ou moins consciemment. Ma main se pose sur la main de l’autre. Celui-ci en ressentira aussitôt le message : agression, amour, sympathie, soulagement. Parce simple geste, nous-mêmes pouvons entrer dans l’intimité de l’autre, comprendre son état d’être, sa souffrance, son bien-être, ses tensions...

A travers ces exemples émerge une question centrale : Qu’est-ce qui touche l’autre en moi ? Au sens strict bien sûr, il s’agit de ma main. Mais celle-ci n’est que le prolongement de mon bras, de mon corps, lui-même reflet exact, avec ses tensions, ses blessures, ses blocages, de mon âme, de mon être le plus intime. A cela encore s’ajoutent la qualité de l’acte, la délicatesse du mouvement, du contact...

Il apparaît que l’acte de toucher exprime la réalité profonde de celui qui touche. Cela est d’autant plus important dans le cadre des relations familiales comme mari et femme ou parents et enfants, mais aussi dans la relation thérapeute patient.

Questions

De la qualité d’être dans laquelle celui qui touche s’enracine dépendra le ressenti de celui qui est touché, et bien sûr sa réponse, même inconsciente. Certains contacts permettent à l’autre de se laisser aller, de s’ouvrir, de s’épanouir... D’autres suscitent une réaction de défense, parfois même de rejet.

Nous le voyons, l’acte de toucher s’inscrit selon deux grands axes extrêmement proches :

- permettre une perception la plus fine possible ;

- susciter une réponse la plus positive possible dans le sens de l’ouverture et du bien-être.

Intégrant cela, nous comprendrons facilement l’utilité pour un soignant par exemple - de prendre d’abord soin de lui-même avant de s’engager dans une action vers l’autre. Avant de toucher l’autre, posons-nous les questions :

- Avec quoi vais-je toucher cette personne ?

- Avec quelles tensions, avec quel amour et que vais-je lui transmettre ?

- Comment vivra-t-elle cela ?

Mal être profond

Etre touché est une expérience toujours délicate et profonde qui peut se révéler positive mais aussi, inversement, très déstabilisante.

Nous sentons qu’à travers ce contact l’autre nous met en situation de faiblesse, de vulnérabilité. Sans doute en attendons-nous bien-être et soulagement, mais en cas de doute, nous serons réticents. Cela dépendra en général non pas de la technique du thérapeute mais beaucoup plus de ce que nous percevons de lui en tant qu’être et de la confiance que nous plaçons en lui.

Certaines personnes, très sensitives, ou parfois ayant été profondément blessées antérieurement, refusent ou acceptent très difficilement d’être touchées. Cela sera alors toujours le signe d’un mal-être profond et d’une souffrance intérieure intense.

Le toucher suspect

Notre civilisation moderne suscite de nombreuses névroses, refoulements, inhibitions, créant aussi l’apparition de diverses déviances du comportement, les perversions, par exemple. Aussi, dans ce qu’il a de naturellement sensuel par rapport à l’ouverture et à l’intimité qu’il suscite, le sens du toucher apparaît souvent comme éminemment suspect.

Les enfants aiment toucher, c’est ainsi qu’ils appréhendent d’abord le monde. Ensuite, à l’adolescent puis à l’adulte, on conseillera plutôt de ne pas trop se toucher ni de trop toucher l’autre.

Les notions de communication, de plaisir et de sensualité sont essentielles dans l’acte de toucher. Nous le savons par diverses études, la communication par le toucher dans le cadre familial, par exemple, est une importante source de régulation du stress et d’épanouissement.

Le plaisir

Le plaisir lié au toucher est bien entendu naturel, mais il apparaît souvent suspect en raison des a référence sexuelle vis-à-vis de laquelle nos contemporains sont si souvent inhibés, malgré les apparences trompeuses d’une certaine libération affichée, à travers la pornographie par exemple. Enfin la sensualité est l’expression de l’extrême délicatesse de celui qui touche comme un acte subtil engageant la totalité de son corps et de son esprit.

Nous avons souligné ici quelques-uns des aspects constituant la richesse du sens du toucher. Il faudrait encore parler de l’extraordinaire développement possible de ses sensations. La main, outil de perception aiguisé et intelligent, pourra donner au thérapeute entraîné de très nombreuses informations sur l’état de la zone en contact mais aussi, au-delà, sur la santé globale du patient examiné. Il ressort de tout cela l’importance de la qualité d’être de la personne à partir de laquelle elle touche l’autre. Cela dirige naturellement notre attention vers la nécessité d’un travail de développement personnel.

Développement positif et guérison

Les axes de ce travail envisageables sous différentes formes peuvent être multiples, mais ils demeureront à peu près toujours les mêmes, quelle que soit la technique, à savoir : relaxation, ouverture à soi et à l’autre, concentration, sensibilité, délicatesse, gestion harmonieuse de ses propres blocages et souffrances, compassion, etc.

D’une façon générale, nous pouvons dire que du développement le plus harmonieux possible des qualités humaines et spirituelles de la personne, jaillira l’aptitude la plus efficace à entrer en contact avec l’autre par le toucher, créant alors les meilleures relations favorables au développement positif de soi, de l’autre et à la guérison.

1994






Buddhaline

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