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Arina van de Kerk

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Ethique Féministe

Par Arina van de Kerk

Des présupposés androcentriques caractérisent encore aujourd’hui les travaux de nombreux penseurs sans que ceux-ci en soient nécessairement conscients. Selon des recherches féministes, la définition de l’Homme, de l’être humain, historiquement construite et pensée à partir du genre masculin, ne comprend pas l’expérience et la situation spécifique des femmes. Le mot « homme » (ou « Homme ») ne renvoie pas, comme il prétend faire, à l’homme et à la femme, mais au seul homme et à son expérience spécifique (et encore, la plupart du temps, au vécu d’une certaine catégorie d’hommes). Tout en affirmant explicitement que la femme serait incluse dans le mot homme et en saluant l’égalité des sexes comme un acquis, des travaux de théologiens, de philosophes et de scientifiques contemporains continuent ainsi à exclure de fait les femmes ainsi que l’expérience spécifique des femmes de leur réflexion sur la responsabilité des êtres humains par rapport au monde et au sein de la société.

Marginalisation des femmes dans la réflexion éthique

Les conséquences de cette marginalisation des femmes dans la réflexion éthique sont multiples : premièrement, tout un pan de l’expérience humaine est absente de cette réflexion qui s’en trouve appauvrie et qui perd de sa pertinence. D’autre part, les questions émanant des conflits spécifiques vécus par des femmes sont passées sous silence comme si il ne s’agissait pas d’interrogations essentielles devant faire l’objet d’une réflexion globale et approfondie. Celles-ci apparaissent alors comme des « problèmes personnels » à résoudre, des préoccupations individuelles sans portée sociale. De nombreuses femmes en poste de responsabilité sont par exemple confrontées au dilemme que, tout en devant prouver en permanence qu’elles sont à la hauteur de la tâche qui leur est confiée (« aussi bien sinon mieux qu’un homme »), elles ne cherchent souvent pas pour autant à s’adapter tout simplement aux rôles et aux structures crées dans une logique d’hommes. Elles se sentent amenées à vouloir repenser le rapport au pouvoir, l’organisation des relations au sein des organisations, la finalité du travail, mais aussi inventer d’autres manières de faire cohabiter amour et vie professionnelle, éducation des enfants et carrière. Obligées de camper sur la frontière entre deux mondes, entre l’univers traditionnellement féminin et celui réservé jadis aux seuls hommes, monde dans lequel les femmes ont fait leur entrée depuis peu, elles doivent répondre à de nombreux défis qui mériteraient d’être pensés sur un plan collectif dans la mesure où il y a là de véritables enjeux éthiques.

Responsabilité des femmes en tant qu’actrices

Ensuite, les présupposées androcentrique qui caractérisent la réflexion éthique manque de faire apparaître la responsabilité spécifique des femmes en tant qu’actrices. Selon Ina Praetorius, la lecture chrétienne des enjeux propres au champ scientifique illustre fort bien ce manque qui prive les femmes d’éléments de réflexion importants sur leur agir en tant que femmes : le progrès rendu possible grâce aux découvertes des sciences naturelles est salué par les théologiens dans la mesure où celui-ci améliore les conditions de vie de beaucoup. Cependant, dans la mesure où l’avenir de la vie sur terre, l’intégrité des espèces ainsi que la qualité de la vie humaine paraissent souvent menacés par ce qui devient réalisable au fur et à mesure que la recherche découvre de nouvelles possibilités d’intervenir sur les êtres et les choses, un certain nombre d’interrogations sur la légitimité de faire systématiquement tout ce qui est devenu faisable s’imposent. Le développement des armes atomique et chimique mais aussi la manipulation génétique déjà largement appliquée dans l’agriculture et dans d’autres domaines, pour ne citer que ces deux questions, montrent que les résultats positifs des découvertes scientifiques sont parfois largement dépassés par les conséquences destructrices voire désastreuses de leur application.

Des penseurs développant une approche critique des sciences naturelles ont démontré qu’au-delà de l’application à tout prix des découvertes scientifiques, l’approche scientifique en elle-même pose déjà problème dans la mesure où elle participe pleinement à une approche qui instrumentalise la nature. Considérant celle-ci comme une simple chose, un objet manipulable à merci, elle pose l’homme, le scientifique, en acteur tout puissant. Orgueil et soif de pouvoir démesurés, selon une lecture théologique de la création, qui insistent sur la finitude de tout homme et de toute démarche humaine : « l’homme ne doit pas prendre la place de Dieu, appelé à être gérant de la création, il doit être au service de la vie et non pas de la mort ». Après avoir fait une analyse approfondie des textes de nombreux théologiens auxquels je ne peux faire que de rapides allusions ici, Ina Praetorius démontre comment cette lecture reste elle aussi enfermée dans des présupposés androcentriques dans la mesure où elle ne prend pas en compte la participation spécifique des femmes à l’élaboration du paradigme de la science qui leur pose problème. Elle passe notamment sous silence l’exclusion historique des femmes du domaine de la recherche à une époque où, chassées et même mises à mort pour être considérées comme dangereuses et menaçantes lors des chasses aux sorcières, elles étaient progressivement assimilées, sur le plan idéologique, à la nature qu’il fallait maîtriser, dominer, contrôler et soumettre. Mais elle ne permet pas non plus aux femmes de prendre conscience de leur propre part de responsabilité dans le développement d’une science et d’une technologie destructrices et irrespectueuses des processus de la vie. Celle-ci résiderait davantage dans le fait qu’elles auraient systématiquement éloigné les hommes des contingences de la vie quotidienne par leurs services, leurs soins dévoués, les faisant oublier de quelles multiples dépendances et interdépendances la vie est faite. Leur passivité et leur consentement par rapport à un partage complémentaire des tâches ayant permis aux hommes de vivre et de travailler dans un univers « artificiel » libéré des contraintes matérielles et des liens affectifs, aurait contribuer à créer, dans l’univers de la recherche, une méconnaissance des valeurs inhérentes à la protection de la vie.

Contribuer de manière active à repenser le monde

Les préceptes moraux avancés par des théologiens tels que « l’homme doit reconnaître qu’il est une créature limitée », ou bien « l’homme doit reconnaître qu’il n’est pas Dieu » ne peuvent donc interpeller des femmes auxquelles il serait par contre important de rappeler qu’il est essentiel de prendre conscience de la responsabilité sociale qu’elles ont par rapport aux événements du monde et de ne pas gaspiller toute leur énergie dans un dévouement aveugle au petit groupe qui leur est confié ; de ne pas dispenser les services qui leur sont demandés que lorsqu’elles ont vérifié si ceux-ci ne servent pas et ne soutiennent pas des projets destructeurs.

Au-delà d’une lecture qui posent les femmes en victimes d’une exclusion historique toujours très présente dans des textes contemporains, la critique des présupposés androcentriques dans la réflexion éthique cherche donc avant tout à rendre aux femmes leur responsabilité. La passivité, le consentement, l’adaptation aux règles du jeu conçus par les hommes dans une société patriarcale sont autant l’expression d’une aliénation fondamentale que l’attitude corollaire qui consiste à vouloir dominer, chosifier, instrumentaliser les êtres. Il est temps, pour les femmes, de contribuer de manière active à repenser le monde, à modifier radicalement les règles du jeu en vigueur en y introduisant une approche respectueuse de la vie et des êtres. Se considérer comme des actrices responsables, sortir des marges pour prendre place au centre de l’univers, constitue une première étape vers ce changement fondamental.


A la recherche de la conditio Feminina

Plaidoyer pour un oecuménisme des femmes

Selon la théologienne féministe Ina praetorius, la voie pour les femmes pour sortir de la domination est non pas d’entrer dans le jeu de l’égalité et la différence mais de partir à la recherche de la conditio féminina et créer des espaces féminins où l’on peut se détourner du regard des hommes afin que le système patriarcal s’effondre. L’égalité revient à se comparer à la norme supérieure constituée par l’homme. Il s’agit donc de rechercher une méthode qui permette aux femmes de sortir de la logique de l’égalité sans abandonner leurs prétentions à la libération.

Egalité des droits ou l’appât de l’égalité

Malgré les acquis de la politique de l’égalité des droits, la qualité de vie réelle des femmes occidentales est sans aucune mesure avec les efforts immenses entrepris par les femmes : combats décourageants pour des choses qui vont de soi, adaptation au modèle de performance masculin, épreuves du travail traditionnel féminin. Le patriarcat n’a pas été repoussé aux frontières. Au contraire, il a annexé le potentiel de travail des femmes « égales » pour parvenir à ses fins.

Comment établir une culture féminine indépendante de l’ordre patriarcal ?

A partir des contextes culturels et traditionnels spécifiquement féminins peut naître une subversion de l’ordre patriarcal plus efficace que celle qui émane de la politique d’exigences fondée sur le principe d’égalité. Une série d’éléments structurels justifient cette analyse :

1. Les femmes ont le regard fixé sur leur relation avec les hommes. Elles sont emprisonnées dans un ordre social et symbolique.

2. Les femmes doivent se détourner du regard des hommes et considérer cette attitude comme un acte révolutionnaire. L’ordre patriarcal va s’effondrer car les hommes sont dépendants de la confirmation et de l’admiration de leurs femmes et du travail des femmes centrés sur eux.

3. Valoriser le lien fort qui existe entre les femmes étant donné qu’elles sont filles de mères et souvent mères de filles ; en écrivant une histoire féminine à partir des expériences et des vécus et surtout en découvrant la fonction révolutionnaire de ces liens.

4. Relation essentielle entre la dimension personnelle et politique des liens féminins. En effet, ces liens ne peuvent pas se réduire à l’aspect personnel si l’on tient compte de leur potentiel destructeur de l’ordre patriarcal.

Association Caravane


http://www.alliance21.org/caravan/fr/





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