BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter CD - Le chant des Dakinis

Médecine
L’échange humain et l’acte d’amour - Philippe Labro
Les yeux de la compassion doivent être capables de voir loin - Jetsun Pema
L’universalité du coeur - Sœur Emmanuelle
Les bienfaits de la méditation - Jon Kabat-Zinn
Neurosciences et méditation - Matthieu Ricard
La guérison ultime - Lama Zopa Rinpoché
Les fruits de la tendresse - Denis Ledogar
Médecine / Santé
Trouver l’espoir face à la mort - Christine Longaker
Guérir par la méditation, entretien avec Tulkou Thondoup Rinpotché - Jean-Claude Cartier
Un entretien informel avec Lama Thubten Yeshe - Lama Thubten Yeshe
Le trésor incomparable de la compassion - Maître Hsing Yun
Les douze voeux du bouddha Médecin - Kalou Rinpoche
Itinéraire d’un médecin bouddhiste hospitalier - Dr. Daniel Chevassut
Pouvoirs supra normaux et préscience - Lama Thubten Yeshe
Tonglen
Le secret de tonglen - Sogyal Rinpoché
Mourir avec esprit d’Eveil, comment être utile aux mourants - Lama Zopa Rinpoché
Mourir avec esprit d’Eveil - Lama Zopa Rinpoché
L’accompagnement, un chemin spirituel - Association Semdrel
La prière qui apaise les souffrances - Pema Wangyal Rinpoche
Même rubrique

Les sels de Schüssler, une biothérapie parmi les meilleures - Alexandre Koehler
Vous n’êtes vivant que dans l’instant présent - Jon Kabat-Zinn
Bouddhisme et médecine ayurvédique au Sri-Lanka - Jean-Pierre Chambraud
Médecine douce : la santé plutôt que les soins - Géraldine Langlois
Combattre le stress avec les élixirs floraux - Alexandre Koehler
Une courte introduction à la Médecine Tibétaine - Dr. Lobsang Tsultrim
La mantra thérapie selon le Dr Nida Chenagtsang -
Autres textes
De coeur à coeur avec Jetsun Pema - Sofia Stril-Rever
Sogyal Rinpotché : apprivoiser la mort, c’est apprendre à vivre - Jean-Pierre Chambraud
Les systèmes d’échanges locaux - Smaïn Laacher
Le moine Théravada : vers la perfection du don - Michel Henri Dufour
Le don de Kalachakra au monde - Sofia Stril-Rever
Brève présentation du bouddhisme - Sa Sainteté le Dalaï Lama
L’attention - Ajahn Chah
Dr. Daniel Chevassut

Bookmark and Share
- imprimer

> Bouddhisme > Intégration > Art de vivre > Médecines alternatives


Enseignement du Bouddha et art de soigner

Le Dr. Daniel Chevassut, qui assure une consultation de la souffrance à l¹Hôpital Nord de Marseille, explique dans cet entretien comment le Dharma a transformé son approche de la relation de soins. Il retrace pour nous le parcours qui lui a permis d’intégrer dans sa pratique médicale les valeurs spirituelles et humaines du Dharma.

Par Dr. Daniel Chevassut

Entretien réalisé par le Dr Mantel pour le Net Journal Essence & Sofia Stril-Rever pour la revue Dharma

Vous avez ouvert une consultation d¹écoute de la souffrance à l¹Hôpital Nord de Marseille. Pourriez-vous nous dire quel est le cheminement intérieur qui a permis la mise en place d¹un tel projet ?

Dr Chevassut : Plusieurs facteurs y ont contribués. Au niveau professionnel, je me suis beaucoup intéressé à la médecine d¹urgence. Et ce, depuis le tout début de mes stages hospitaliers. J¹ai donc largement fréquenté la souffrance, l¹angoisse, le stress et tout particulièrement la mort, dans plusieurs de ses aspects. Les choses ne se passaient pas trop mal d¹un point de vue technique, mais sur le plan humain et relationnel, j¹ai toujours eu le sentiment que l¹on pouvait faire mieux. Mais quoi ? A l¹époque, ce n¹était pas très clair dans ma tête.

Plus tard, à la suite d¹évènements personnels douloureux, j¹ai entamé une recherche intérieure sérieuse et ce fut la rencontre, d¹abord avec l¹hindouisme, puis avec le bouddhisme. Tout l¹enseignement du Bouddha a comme objectif la libération de la souffrance et, finalement, cet enseignement s¹est avéré être le prolongement naturel de mes études médicales. Puis, à travers l¹étude et la pratique méditative auprès de maîtres qualifiés, j¹ai réalisé l¹importance de l¹esprit, la conscience, ainsi que la négation quasi totale de cette dimension dans notre médecine moderne. Cela confirmait ce que je pensais, mais, cette fois-ci, avec des arguments.

Ce projet est aussi la réintégration de la conscience dans l¹art de soigner. Il y a, du reste, un aspect éthique et déontologique, dans cette démarche. Il est manifeste que plus de conscience favorise une plus grande aptitude à gérer les situations rencontrées.

Par ailleurs, l¹expérience vécue dans le cadre des soins palliatifs a largement confirmé cette vision, car l¹intérêt de cette démarche ne réside pas uniquement dans le fait de s¹occuper correctement des gens qui finissent leur vie - ce qui est déjà tout à fait remarquable - mais aussi dans la possibilité qu¹elle offre d¹apprendre à être plus humain, à travers une prise en charge qui respecte l¹unicité corps-parole-esprit. D¹un point de vue éthique, il m¹a donc semblé essentiel que tout être confronté à une souffrance puisse bénéficier d¹une telle qualité de soin.

C¹est aussi le cheminement d¹une administration hospitalière et de collègues chirurgiens, médecins, infirmiers, qui me font confiance. Je leurs dois beaucoup dans la possibilité qu¹ils m¹offrent de faire ce travail.

Quelle est votre compréhension de la nature de la méditation et quelle place lui accordez-vous dans votre approche thérapeutique ?

Dr Chevassut : Il y a plusieurs formes de méditation, toutes ayant un objectif ultime commun, qui est celui d¹un éveil à une Réalité plus profonde, mais ayant des fonctions différentes.

Par exemple ( j¹utiliserai la terminologie propre au bouddhisme tibétain, que je connais mieux ), la méditation de shine* est destinée à établir dans un premier temps un calme mental. Concrètement, cela signifie que l¹on devient d¹abord plus conscient de ses propres pensées et de ses états d¹âme, puis, dans un deuxième temps, on devient capable de moins ou de ne plus s¹identifier à ces éléments. On expérimente alors, avec l¹habitude de la pratique, une conscience plus libre, plus vaste et un état d¹esprit plus serein. Tout cela peut encore être approfondi par d¹autres types de méditation.

D¹un point de vue thérapeutique, l¹efficacité de cette pratique de base est déjà remarquable. Comprenons bien d¹ailleurs, qu¹il ne s¹agit pas de créer une sorte de psychothérapie bouddhique, mais plutôt de voir en quoi l¹enseignement du Bouddha peut nous être utile dans l¹art de soigner et dans notre aptitude à prendre soin de l¹autre.

Du coté du thérapeute, l¹état de plus grand calme et de plus grande clarté, permet déjà d¹être plus conscient de ses propres projections dans le cadre de la relation d¹aide et surtout, de ne pas investir dans ses projections ( Jung disait qu¹il était important d¹effectuer le retrait de la projection ). Cet état méditatif permet aussi de mieux sentir la réalité de celui qui est en face de nous. C¹est très précieux, car les patients ne verbalisent pas toujours d¹emblée ce qui les fait souffrir. C¹est ce que j¹appelle sentir l¹épine irritative de la personne, ce qui la blesse vraiment. On peut ainsi les aider à mettre des mots, d¹une manière plus précise, sur ce qu¹ils ressentent, tout en leur laissant la liberté de dire ou de ne pas dire, et bien souvent de trouver eux-mêmes la solution, lorsque c¹est possible. Il y a ainsi un travail de clarification et de libération qui se fait avec une réelle douceur, douceur qui est thérapeutique en elle-même. Cette douceur est également le fruit de l¹expérience méditative à travers cette bonté fondamentale, dont parlait Chögyam Trungpa, bonté qui s¹exprime également sous forme de compassion.

Du coté du malade, le calme du thérapeute est généralement contagieux et le patient à tendance à se sentir plus détendu. Il se sent également compris dans son vécu profond, au sens étymologique du mot comprehendere, « prendre en soi », ce qui à tendance également à l¹apaiser. Ceci n¹est pas sans rappeler cette phrase du Père Thomas Merton : « Le niveau le plus profond de la communication, c¹est la communion. »

Pour être très précis par rapport à la question posée, je dirais que l¹expérience d¹une conscience plus vaste et plus limpide, associée à la dynamique de la compassion, fruits de la pratique méditative, tient une place essentielle dans mon approche thérapeutique.

Je tiens à préciser que cette plus grande clarté de la situation, permet aussi d¹adresser le patient à mes collègues psychologues et/ou psychiatres lorsque cela est nécessaire, lorsque ce n¹est pas du domaine de ma compétence. Concrètement, cela se passe très bien.

Selon votre expérience clinique, quelle est le rôle de la culpabilité dans la souffrance exprimée par les gens qui viennent vous voir en consultation ? Dans quelle mesure, votre démarche intérieure a-t-elle transformée la compréhension que vous avez, concernant l¹origine de la culpabilité ? Et quels sont les remèdes que vous proposez dans votre approche ?

Dr Chevassut : Le sentiment de culpabilité intervient, effectivement, dans une part non négligeable des souffrances observées. Soit parce qu¹on est dépendant, pour une raison ou pour une autre, du regard de l¹autre et qu¹on ne colle plus à sa projection, son besoin d¹amour et d¹être reconnu.

Soit parce qu¹on a vécu une agression forte dans sa vie et qu¹on a pas été capable d¹y réagir, là aussi pour plusieurs raisons ( fragilité, jeune âge, conditionnements divers - il ne faut pas sous-estimer le poids des conditionnements -). Ou bien encore, parce qu¹on n¹a pas une vision claire et objective de la situation. Egalement, par manque de connaissance de soi ( peurs inconscientes ). Par exemple, un médecin qui a, inconsciemment, très peur de mourir étouffé, aura vraisemblablement beaucoup de difficultés à accompagner des patients qui terminent leur vie avec une dyspnée terminale. Il pourra se sentir coupable de ne pas être à la hauteur de la tâche, ne pas être conforme à l¹image idéale qu¹il s¹est forgée du médecin ou de celle que la société lui impose.

Cependant, le jour où il aura conscience de cette peur et qu¹il pourra l¹accueillir avec bienveillance et travailler avec, il en deviendra libre et pourra ainsi plus aisément aborder ce type de situations. Comment peut-on être responsable de ce dont on n¹est pas conscient ? C¹est en ce sens qu¹il me semble important de bien différencier le regret de la culpabilité. Le regret permet d¹aller de l¹avant, d¹évoluer, alors que la culpabilité fige et handicape.

Je ressens la culpabilité comme un jugement, une sanction du mental. Cela manque de coeur, d¹espace, de clarté et d¹amour. Dans l¹introspection liée à pratique méditative, on prend l¹habitude d¹accueillir ce que l¹on porte en soi, le bon, comme le mauvais, d¹une manière équanime, sans jugement, ni identification.

Je ne sais plus qui disait cette phrase tellement vraie et merveilleuse : « On peut sourire à sa souffrance, parce qu¹on est plus que sa souffrance. » Alors, on peut sourire à ses incapacités, ses peurs et ses craintes, parce qu¹on est bien plus que tout cela. Encore faut-il en faire soi-même l¹expérience. Et c¹est là que la démarche intérieure intervient.

D¹un point de vue thérapeutique, il y a plusieurs cas de figures. Tout dépend de la situation, la sensibilité du patient ( son degré de conscience ), sa capacité de compréhension ( son aptitude mentale ) et son degré de confiance vis à vis du thérapeute. Egalement, de mon sentiment de compétence par rapport à la problématique en jeu.

Paradoxalement, le fait de n¹être ni psychologue, ni psychiatre, mais d¹être plutôt considéré comme un médecin du stress, un médecin psycho-somaticien, facilite la rencontre avec des patients que la personnalité du psychologue ou du psychiatre effraie. Par conséquent, lorsque cela me paraît nécessaire, mon rôle se limite à faire prendre conscience à la personne qu¹il serait bien qu¹elle consulte un psychiatre ou qu¹elle voit un psychologue. Lorsque je perçois que le dysfonctionnement mental est important et qu¹il y a besoin d¹un traitement médical et/ou d¹une psychothérapie.

Dans d¹autres cas, en me basant sur ce qui est ressenti face à cette personne et à ce qu¹elle exprime, je laisse venir les mots ou exprimer l¹attitude qui semble juste (ajustée), dans un climat d¹empathie, et j¹observe ce qui se passe chez le patient. Bien souvent, j¹insiste sur la motivation réelle de la personne. Cette prise de conscience de la réalité de la situation et de sa propre réalité, en douceur et avec bonté, est déjà un soin en soi.

Il y a également d¹autres méthodes, enseignées par le Bouddha, comme par exemple, la pratique d¹accueillir et d¹offrir*, qui est une pratique spirituelle très profonde. Si je sens que la personne a la capacité de l¹utiliser avec confiance et avec respect, alors, je lui apprends cette méthode. C¹est une méthode que j¹utilise avec mes propres souffrances et, à plusieurs reprises, j¹ai pu voir sa grande efficacité dans des souffrances morales importantes des patients, comme celles de la fin de la vie ou la mort d¹un enfant. Une patiente, opérée de sa dixième récidive de cancer m¹a dit un jour : « Docteur, heureusement que j¹ai ça, sinon je ne pourrais plus rien supporter. Ca m¹aide à supporter l¹insupportable ! »

* shine ou en sanskrit, shamatha, méditation de l’esprit centré intérieurement qui se stabilise dans la paix.

* la pratique d¹accueillir et d¹offrir, ou tonglen en tibétain. Voir les articles de Sogyal Rinpoche et de Pema Wangyal Rinpoche sur ce thème.

Paru dans la revue "Dharma - Compassion et médecine"
Ref D.G. Diffusion : 11194
Auteur : Collectif
Editeur/Label : Prajna
EAN :9782905188601






Buddhaline

E-mail:
Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard



Cabinet Freling