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Enfermement : est il permis d’espérer ?

La souffrance la plus terrible c’est celle qui ne trouve pas d’issue. Le risque alors c’est de s’éteindre dans la morosité ou de s’épuiser dans la révolte...

Par Gilbert Poliakoff

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » ( Matthieu 27, 46 ).

« Père ! je remets mon esprit entre tes mains » ( Luc 23, 46 ).

Ces deux paroles de Jésus avant sa mort m’intéressent par leur opposition : un profond découragement rapporté par Matthieu, une entière confiance relatée par Luc. Un chemin existerait-il donc menant d’un enfermement sans issue et à la liberté d’un espoir ?

Apparences.

Certains ne voient aucune contradiction entre ces deux cris. Pour eux, l’abattement exprimé par le premier serait à relativiser : Jésus s’appliquerait à lui-même le psaume 22 qui commence par la même invocation « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?  » mais se termine par une proclamation pleine de foi en Yahvé qui sauve le juste.

Cette explication d’exégète ne me convainc qu’à moitié. En effet, dans le psaume qu’on cite celui qui parle subordonne sa confiance en Dieu au secours qu’il en attend : être délivré de ses ennemis. Or, j’imagine mal Jésus, sur la croix, dans un tel état d’esprit : il n’a jamais eu l’habitude de mettre son Père au pied du mur, il sait parfaitement que sa mort est irrémédiable et il n’envisage aucun miracle imminent. Dès lors, comment pourrait-il reprendre à son compte la fin de psaume ? Je crains qu’à vouloir trop rapidement expliquer on passe à côté d’un essentiel.

Désespoir.

Pourquoi ne pas entendre jusqu’au bout la plainte amère de Jésus ? C’est pour lui un échec cuisant : sa prédication d’un salut pour tous les hommes doit s’arrêter stupidement à cause d’un complot politico-religieux sordide ; il croyait en l’amour universel et il se retouve piteusement insulté ; Dieu l’avait missionné pour un grand dessein et le voilà anéanti sur une croix comme un voleur. Qu’il soit désespéré ne me paraît vraiment pas anormal, au contraire.

Voici l’Homme.

Au fond, Jésus à cet instant, assume entièrement notre condition d’homme. Il rejoint l’innocent injustement châtié. Il vit l’isolement implacable de l’exclu. Il endure les douleurs physiques et morales de qui est atteint dans son corps. Avec eux il s’assombrit et pleure.

Alors, comme Job il regimbe. Il va même encore plus loin, selon moi : en reprochant à Dieu son absence il l’accuse, frisant ainsi les bas-fonds mêmes du blasphème. Mais par cette descente aux enfers il communie avec tous les hommes de tous les siècles qui, comme lui, ont pu ou pourront un jour, se désoler et même maudire.

Vers la confiance.

Alors comment sont concevables, simultanément, ses paroles de confiance ? « Père ! je remets mon esprit entre tes mains ». Je ne vois qu’une seule réponse : Jésus nous dévoile simplement ici toute son ambivalence. Comme chacun d’entre nous, devant le malheur, il est foncièrement partagé entre l’acrimonie et l’acceptation...

Or, paradoxalement, j’aperçois à cet endroit une perspective : c’est peut-être parce Jésus laisse monter ensemble en lui, à l’adresse de son Père, ses imprécations comme sa tendresse qu’il ne sombre pas. S’il va si loin dans son invective c’est parce qu’il ose. Or, pourquoi ose-t-il ? Parce que dans l’ardeur de sa foi il sait qu’il ne sera pas rejeté mais écouté. Ses mots sont révélateurs : « Mon Dieu, Mon Dieu ... ». Au sein même de sa rancœur, Jésus continue de se tourner intensément vers son Père. La relation n’est aucunement rompue. L’affection accompagne l’amertume et l’être n’est pas écrasé.

Ce que vit Jésus dans ce dernier instant m’indique finalement que rien n’est peut-être irrémédiable. Dans le plus noir des marasmes quelque chose peut subsister : l’amour. Si cette force se maintient quelque part et trouve à s’exprimer auprès d’un proche, d’un ami ou de Dieu, un nouvel espace redevient possible. Peut-être est-il alors permis d’espérer...

Pour méditer.

Tout ceci me donne à penser. Je comprends mieux que je n’ai à rougir ni de mes faiblesses, ni de mes erreurs ni de mes ambiguïtés. Elles font partie de mon être et peuvent me conduire vers un ailleurs insoupçonné. Par ailleurs, une fois de plus, je constate combien aimer et se sentir aimé est primordial. L’affection peut retourner une vie, même la plus désespérée. C’est par l’amour que ma destinée prend du sens et s’allège de ce qui l’emprisonne. Là se tient sans doute l’essentiel de ce qui libère.

1999

La Vie Nouvelle
4 place de Valois
75001 Paris
Tél. : 01 55 35 36 46


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