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Embrasser sa colère

Conférence du vénérable Thich Nhat Hanh à l’église de Riverside à New York, le 25 septembre 2001.
Cette transcription est réalisée à partir d’une émission audio sur Internet.
Traduit de l’anglais par Nguyên van Thông, révisé par Evelyne Culot.

Par Thich Nhat Hanh

Conférence du vénérable Thich Nhat Hanh à l’église de Riverside à New York, le 25 septembre 2001.
Cette transcription est réalisée à partir d’une émission audio sur Internet.
Traduit de l’anglais par Nguyên van Thông, révisé par Evelyne Culot.

Chers amis,

Je voudrais vous faire part de ma pratique quand je suis en colère. Pendant la guerre du Vietnam, il y avait beaucoup d’injustice, et des milliers de personnes sont tués, y compris des amis et des disciples à moi. J’étais très en colère. Une fois, j’avais appris que Bên Tre, une ville de 300.000 habitants, était bombardée par l’aviation américaine à cause de la présence de seulement quelques guérillas qui essayaient de tirer sur les avions américains. Les guérillas n’ont réussi à descendre aucun avion et ont quittés la ville. Mais elle a été détruite. Et le militaire responsable du bombardement déclarait plus tard qu’il fallait détruire cette ville pour pouvoir la sauver. J’étais très en colère.

Heureusement à l’époque j’étais déjà un pratiquant solide. Je ne disais rien, je n’agissais pas parce que je savais qu’agir ou parler quand on est en colère ce n’est pas sage. Cela peut créer beaucoup de dégâts. Dans la tradition bouddhiste, nous devons apprendre à respirer en pleine conscience, à marcher en pleine conscience pour générer l’énergie de la pleine conscience. C’est exactement avec cette énergie de pleine conscience que nous pouvons reconnaître, embrasser et transformer notre colère. La pleine conscience est cette énergie qui nous aide à être conscient de ce qui se passe en nous et autour de nous et tout le monde pourrait le faire. Si vous buvez une tasse de thé et que vous savez que vous buvez une tasse de thé, cela s’appelle boire en pleine conscience. Quand vous inspirez et que vous êtes conscient de cela, que vous focalisez votre attention sur votre inspiration, cela s’appelle respirer en pleine conscience. Quand vous faites un pas et que vous êtes conscient que vous faites un pas, cela s’appelle marcher en pleine conscience. La pratique de base dans les centres zen ou dans les centres de méditations est cette pratique qui génère la pleine conscience à chaque moment dans votre vie quotidienne. Quand vous êtes en colère, vous êtes conscient que vous êtes en colère. Parce que vous avez déjà l’énergie de la pleine conscience en vous, engendré par la pratique, vous savez reconnaître, embrasser, regarder profondément et comprendre la nature de votre souffrance.

J’étais capable de comprendre la nature de la souffrance au Vietnam. J’avais vu que non seulement les vietnamiens souffraient mais également les américains pendant cette guerre. Les jeunes américains qui étaient envoyés au Vietnam pour tuer et être tués, subissaient beaucoup de souffrance et cette souffrance continue aujourd’hui. Les familles et la nation souffrent également. J’ai pu voir que les causes de notre souffrance au Vietnam n’étaient pas les soldats américains mais parce que la politique n’était pas judicieuse. C’était de l’incompréhension. C’était la peur qui sous-tendait la politique.
Beaucoup se sont immolés au Vietnam pour appeler à la cessation de la destruction. Ils ne veulent pas créer de la souffrance à d’autres personnes, ils veulent prendre cette souffrance sur eux pour faire passer le message. Mais le bruit des avions et des bombes était assourdissant et peu de personnes dans le monde étaient capable de nous entendre. C’est ainsi que j’étais décidé d’aller aux Etats-Unis pour appeler à la cessation de la violence. C’était en 1966 et à cause de cela on m’a interdit de rentrer chez moi. Depuis lors je vivais en exil.

J’étais capable de voir que l’homme n’était pas notre ennemi.. Les vrais ennemis sont l’ignorance, la discrimination, la peur, le désir et la violence. Je ne détestais pas les américains ou la nation américaine. J’arrivais aux Etats-Unis pour plaider une vision profonde des choses de telle façon que votre gouvernement aurait accepté de réviser sa politique. Je me souviens d’avoir rencontré le ministre de la défense Robert MacNamara. Je lui disais la vérité sur la souffrance. Il m’avait gardé pendant un long moment avec lui et il m’avait écouté attentivement et j’étais très reconnaissant pour sa qualité d’écoute. Trois mois après, la guerre s’était intensifiée et j’ai entendu qu’il avait démissionné de son poste.

La haine et la colère n’étaient pas dans mon cœur. C’est pourquoi j’étais écouté aussi par beaucoup de jeunes de mon pays, je leur demandais de suivre la voie de la réconciliation et ensemble nous formions une nouvelle organisation pour la paix à Paris. J’espère que mes amis ici à New York sont capables de pratiquer de la même manière. J’ai compris et comprends la souffrance et l’injustice et je pense que je comprends profondément la souffrance de New York, des Etats-Unis. Je me sens new-yorkais, je me sens américain.

Vous voulez être là pour vous, d’être avec vous, ne pas agir, ne rien dire quand vous n’êtes pas calme. Il existe des façons de revenir à nous-mêmes et pratiquer pour retrouver calme, apaisement, lucidité. Il existe des possibilités de pratiquer qui nous permettent de comprendre les causes réelles de la souffrance. Et la compréhension nous aide à faire ce que nous avons à faire et de ne pas faire des choses qui causent du tort à nous et aux autres. Pratiquons, si vous voulez bien, la respiration consciente pendant trente secondes avant de continuer.

Dans la psychologie bouddhiste, nous parlons de la conscience en terme de semences. Nous avons des graines de colère en nous. Nous avons des graines de désespoir, de peur. Mais nous avons aussi des graines de compréhension, de sagesse, de compassion et de pardon. Si nous savons comment arroser les graines de sagesse et de compassion en nous, ces graines se manifesteront sous forme d’énergies puissantes qui nous aideront à réaliser l’acte de pardon et de compassion. Cela aiderait notre pays à être tout de suite soulagé et à notre monde aussi. C’est ma conviction.

Je crois fermement que les américains ont beaucoup de sagesse et de compassion en eux. J’aimerai que vous soyez à votre meilleur niveau quand vous agirez pour l’amour des Etats-Unis, pour l’amour du monde. Avec lucidité, avec compréhension et compassion vous vous tournerez vers les gens qui vous ont créés tant de blessures et de souffrance et vous leur poserez beaucoup de questions.

« Nous ne comprenons pas assez votre souffrance, est ce que vous pouvez nous en parler ? Nous ne vous avons rien fait, nous n’avons pas essayé de vous détruire, de vous discriminer et nous ne comprenons pas pourquoi vous nous faites cela. Il y a beaucoup de souffrance en vous et nous voulons vous écouter. Nous pouvons vous aider. Ensemble nous pouvons créer la paix dans le monde. » Et si vous êtes solide, si vous êtes compatissant quand vous faites cette demande, ils vous diront leur souffrance.

Dans le bouddhisme nous parlons de la pratique de l’écoute profonde, de l’écoute aimante, une méthode merveilleuse qui nous aide à restaurer la communication, communication entre partenaires, communication entre père et fils, communication entre mère et fille, communication entre pays. La pratique de l’écoute profonde devrait être pris en charge par les parents, les partenaires de façon à ce qu’ils comprennent la souffrance des autres personnes. Ces personnes peuvent être votre femme, votre fils ou votre fille. Nous devons avoir assez de patience pour écouter mais beaucoup d’entre nous avons perdu notre capacité d’écoute parce que nous avons beaucoup de colère et de violence en nous. Et les autres personnes ne savent pas utiliser les paroles aimantes, ils sont toujours en train de blâmer et de juger. Et les paroles sont souvent amères. Cette façon de s’exprimer suscite immanquablement l’irritation et la colère en nous et nous empêche d’écouter profondément avec compassion. Je pense, je crois, j’ai la conviction que si un père sait comment écouter profondément son fils, il ouvrira les portes de son cœur et renouera la communication.

Les personnes au Congrès et au Sénat devraient également s’entraîner à l’écoute profonde, à l’écoute aimante. Il y a une grande souffrance dans le pays et beaucoup de personnes sentent que leurs souffrances ne sont pas comprises. C’est pourquoi les politiciens et les parlementaires ont à s’entraîner à l’art de l’écoute profonde – écouter leurs compatriotes, écouter leur pays. Parce qu’ il y a de l’injustice dans ce pays, parce qu’il y a de la discrimination dans ce pays. Parce qu’il y a beaucoup de colère dans ce pays. Si nous pouvons nous écouter mutuellement, alors nous pouvons écouter les personnes d’autres pays. Beaucoup de ces personnes sont dans le désespoir, beaucoup souffrent à cause de l’injustice et de la discrimination. Il y a une grande masse de violence et de désespoir en elles. Et si nous savons comment les écouter en tant que nation alors nous pouvons déjà apporter beaucoup de soulagement. Ils vont sentir qu’ils sont compris. Et cela peut déjà éloigner les bombes.

J’ai toujours conseillé au couple qui est en colère de retourner à sa respiration, à sa marche consciente, en embrassant sa colère et en regardant profondément dans la nature de sa colère. Et il peut ainsi transformer sa colère dans le quart d’heure ou dans les deux ou trois heures. S’il n’y arrive pas, un partenaire doit dire à l’autre qu’il souffre, qu’il est en colère et qu’il veut que l’autre le sache. Il doit essayer de le dire calmement. « Chéri(e), je souffre et je veux que tu le saches. » Et au Village des Pruniers, où je réside et pratique, nous conseillons à nos amis de ne jamais garder leur colère plus de 24 heures sans en faire part à l’autre. « Chéri(e), je souffre et je veux que tu le saches. Je ne comprends pas pourquoi tu avais fait cela, je ne comprends pas pourquoi tu as dit cela à moi. » C’est la première chose qu’on doit dire à l’autre. Et si on n’est pas assez calme pour le dire, on peut l’écrire sur un bout de papier.

La deuxième chose qu’il peut dire ou écrire, c’est « J’ai fait de mon mieux. » Cela veut dire « Je pratique à ne rien dire, à ne rien faire quand je suis en colère parce que je sais que si je le fais à ce moment là je créerai encore plus de colère. Donc j’embrasse ma colère, je regarde profondément dans la nature de ma colère. » Vous dites à l’autre personne que vous êtes en train de pratiquer pour retenir votre colère, pour comprendre votre colère, pour découvrir si votre colère pouvait venir de votre incompréhension, de vos perceptions erronées, de votre manque de pleine conscience ou de votre maladresse.

La troisième chose que vous pourrez dire à l’autre est « J’ai besoin de ton aide » Habituellement quand on est fâché avec quelqu’un, on a tendance à faire le contraire de ce qu’il fait. On aurait aimé dire « Je n’ai pas besoin de toi. Je peux survivre tout seul ». « J’ai besoin de ton aide » veut dire « J’ai besoin de ta pratique, j’ai besoin de ton regard profond, j’ai besoin de toi pour surmonter cette colère parce que je souffre ».
Et si je souffre, vous ne serez pas heureux non plus parce que le bonheur n’est pas une chose individuelle. Si les autres personnes souffrent, nous ne serions pas non plus réellement heureux. Donc en aidant une autre personne à souffrir moins, à sourire, cela nous rendrait heureux également.

Le Bouddha a dit « Ceci est comme ceci parce que cela est comme cela. Ceci existe parce que cela existe. Les trois phrases que je propose sont le langage de l’amour véritable. Cela inspirerai l’autre personne à pratiquer, à regarder profondément et ensemble vous arrivez à la compréhension et à la réconciliation. Je propose à mes amis d’écrire ces phrases sur un bout de papier et de le glisser dans votre portefeuille. A chaque fois que vous vous mettez en colère contre votre partenaire, votre fils ou votre fille, vous pouvez respirer consciemment puis reprendre le papier pour le lire. C’est une cloche de la pleine conscience qui vous dit ce que vous devez faire ou ne pas faire. Ces trois phrases sont : « je souffre et je veux que tu le saches » « Je fais de mon mieux » « Aidez moi ».
Je suis convaincu que dans un conflit international on peut appliquer la même pratique. C’est pour cela que je propose à l’Amérique en tant que nation de faire la même chose. Vous dites aux personnes que vous pensez être à la source de votre souffrance que vous souffrez, que vous voulez qu’elles le sachent et vous voudrez savoir pourquoi elles vous ont fait cela et vous pratiquez l’écoute profonde avec compassion.
La qualité de votre être est très importante parce que votre demande n’est pas une condamnation mais une envie de créer une vraie communication.. « Nous sommes prêts à vous écouter. Nous savons que vous souffrez énormément pour commettre une chose pareille sur nous. Vous avez certainement pensé que nous sommes les causes de votre souffrance. Dites-nous si c’est à cause du fait que nous avons voulu vous détruire, que nous vous discriminons pour que nous puissions comprendre. Et nous savons que quand nous comprenons votre souffrance, nous pourrons vous aider également ». C’est ce que nous appelons dans le Bouddhisme « parole aimante » et cela a le pouvoir de restaurer la communication et quand la communication est restaurée la paix devient possible.

Cet été, un groupe de Palestiniens est venu au Village des Pruniers avec des Israéliens, une quinzaine de personnes. Nous les avons invités ensemble à venir pratiquer. Pendant les deux semaines, ils ont appris à s’asseoir ensemble, à marcher dans la pleine conscience ensemble, à profiter des repas silencieux ensemble et à s’asseoir ensemble en silence pour pouvoir écouter les uns et les autres. Cette pratique était très réussie. Au bout de deux semaines de pratique, ils nous ont fait un rapport merveilleux. Une femme a dit « Thây, c’est la première fois dans ma vie que je vois que la paix au Moyen Orient est possible ». Une autre jeune personne a dit « Thây, quand je suis arrivée au Village des Pruniers, je ne peux pas croire que c’est quelque chose de réelle à cause de la situation dans mon pays, nous vivons constamment dans la peur et la colère. Quand nos enfants montent dans un bus, nous ne sommes pas sûr qu’ils reviendront à la maison. Quand nous allons au marché, nous ne sommes pas sûr de rester vivant et de rentrer à la maison voir notre famille. Quand je suis au Village des Pruniers, je vois des personnes se regarder et parler avec gentillesse, marcher paisiblement et faire les choses en pleine conscience. Je n’arrive pas à croire que c’est possible. Cela me semble irréel ».

Mais dans le contexte paisible du Village des Pruniers, ils étaient capables d’être ensemble, de vivre ensemble et de s’écouter et finalement la compréhension est arrivée. Ils ont promis de retourner au Moyen-Orient et de continuer leur pratique. Ils organiseront un jour de pratique par semaine au niveau local et une journée de pleine conscience au niveau national. Et ils planifient de retourner au Village des Pruniers en plus grand nombre pour continuer la pratique.

Je pense que des nations comme les Etats-Unis peuvent organiser ce genre de pratique où les gens peuvent venir et prendre le temps ensemble pour pratiquer la paix, cela apaiserait leurs peurs , leurs émotions et les négociations paisibles seraient plus faciles.

Partie 2 :

Pour vivre et grandir toutes choses, y compris notre amour ou notre haine, ont besoin de nourriture. L’amour est une chose vivante, la haine est une chose vivante. Si nous ne nourrissons pas notre amour il mourra. Si vous coupez les sources de nourriture de votre violence, elle mourra également. C’est pourquoi le chemin du Bouddha est le chemin de la consommation consciente.

Le bouddha a raconté cette histoire : "Il y avait un couple qui voulait traverser le désert pour atteindre un autre pays dans l’espoir de trouver la liberté. Cet homme et cette femme avaient avec eux un petit garçon, de l’eau et de la nourriture. Mais ils n’avaient pas bien calculé et à mi chemin dans le désert, tombait à court de nourriture et ils savaient qu’ils allaient mourir. Après beaucoup d’angoisse, ils décidaient de manger leur garçon pour pouvoir survivre et traverser le désert et c’est ce qu’ils avaient fait. A chaque fois qu’ils mangeaient un morceau de chair de leur garçon, ils pleuraient. Le Bouddha demandait aux moines, « chers amis, pensez-vous que ce couple se réjouissait de manger la chair de leur garçon ? et Il disait « il est impossible de se réjouir de manger la chair de son enfant. Si vous ne mangez pas en pleine conscience vous êtes en train de manger la chair de votre fils , de votre fille, de vos parents ».

Si nous regardons attentivement nous pouvons voir que manger est un acte extrêmement violent. L’UNESCO nous dit que chaque jour 40.000 enfants dans le monde meurent faute de nourriture. Chaque jour 40.000 enfants. Et la presque totalité des graines récoltés en occident sert à nourrir le bétail. Quatre vingt pour cent du maïs récoltés dans ce pays sert à nourrir le bétail pour produire la viande. Quatre vingt quinze pour cent d’avoine produit par ce pays n’est pas destiné à notre nourriture mais pour élever le bétail à viande. D’après ce récent rapport que nous avons reçu, quatre vingt sept pour cent de toutes les terres agricoles aux Etats-Unis sont utilisés pour élever le bétail. Cela représente quarante cinq pour cent de toute la surface de terre aux Etats-Unis.

Eau

Plus de la moitié de toute l’eau consommée aux Etats-Unis est destinée à élever le bétail à viande. Il faut 2.500 gallons (11..325 litres ) d’eau pour produire un pound (453 grs) de viande, mais seulement 113 litres pour produire un pound de blé. Un régime végétarien intégral nécessite 1.359 litres d’eau par jour tandis qu’un régime à base de viande demande plus de 18.120 litres par jour.

Pollution

L’élevage de bétail pour la viande provoque plus de pollution d’eau que dans n’importe quelle autre industrie aux E-U parce que le bétail produit 130 fois plus de déjections que l’entièreté de la population humaine. Cela représente 39,4 tonnes par seconde. La plupart des eaux usées dans les fermes et les abattoirs s’écoulaient directement dans les cours d’eau et rivières, contaminant les sources d’eau.

Déforestation

Chaque végétarien peut sauver un acre (4046,7m²) d’arbres par an. Plus d’un millions de km² de forêts américains ont été dégagés pour planter les céréales destinées à nourrir le bétail. Chaque 8 secondes plus de 4.000 m² de forêt disparaissaient. Les forêts tropicaux sont également détruites pour créer des prairies d’élevage.

Ressources

Aux Etats-Unis le bétail à viande est nourri à 80% par le maïs et à 95% par de l’avoine. Nous sommes en train de manger notre pays, de manger notre terre, de manger nos enfants. Et j’ai appris que plus de la moitié des personnes dans ce pays mangent trop. Manger en pleine conscience peut maintenir la compassion dans notre cœur. Une personne sans compassion ne peut pas être heureux, ne peut pas se relier aux autres êtres humains, aux autres êtres vivants. Et manger la chair de votre propre fils est ce qui arrive à notre terre parce que nous ne mangeons pas en pleine conscience. Le Bouddha parlait aussi d’une deuxième sorte de nourriture que nous prenions chaque jour – les impressions sensorielles – cette sorte de nourriture que nous ingurgitons par nos yeux, nos oreilles, notre langue, notre corps et notre esprit. Quand vous lisez un magazine, vous consommez. Quand vous regardez la télévision, vous consommez. Quand vous écoutez une conversation , vous consommez. Et ces choses peuvent être hautement toxiques. Il y a peut être beaucoup de poisons, comme le désir, la colère et le désespoir. Nous permettons d’être nous-mêmes intoxiqués parce que nous consommons, en terme d’impressions sensorielles. Nous permettons à nos enfants de s’intoxiquer grâce à ces produits. C’est pourquoi il est important de regarder profondément dans notre mal-être, dans la nature de notre mal-être pour pouvoir reconnaître quelles sources d’aliments nous avons utilisés pour l’introduire dans notre corps et dans le corps de notre société. Le Bouddha a dit ceci « Ce qui s’est produit – si vous savez comment regarder profondément dans sa nature et identifier ses sources de nourriture, vous êtes déjà sur le chemin de l’émancipation ». Ce qui provoque notre maladie, notre mal-être, notre souffrance, notre violence, notre désespoir, si vous pratiquez le regard profond, la méditation, vous serez capable d’identifier ces sources de nutriments, de nourriture que vous introduisez en vous. C’est pourquoi toute la nation doit apprendre à regarder profondément dans la nature de ce qu’elle consomme tous les jours. Et la consommation responsable est la seule voie pour protéger notre pays, nous-mêmes et notre société. Nous devons apprendre à consommer en pleine conscience en tant que famille, ville, nation. Nous devons apprendre quoi produire et quoi ne pas produire, pour fournir à notre population que des choses nourrissantes et guérissantes. Nous devons nous empêcher de produire les choses qui apportent la guerre et le désespoir dans notre corps, dans notre conscience et dans le corps et la conscience de notre pays, de notre société. Et le Congrès doit pratiquer cela. Nous avons élu des membres du Congrès. Nous espérons qu’ils pratiquent profondément, en écoutant la souffrance de la population, les vraies causes de cette souffrance, et de faire des lois qui nous protègent de notre auto-destruction. L’Amérique est grande. J’ai la conviction que vous pouvez faire cela et aidez le monde. Vous pouvez offrir la sagesse, la pleine conscience et la compassion.

De nos jours, je peux profiter des endroits où les gens ne fument plus. Il y a des vols non-fumeurs dont vous pouvez profiter. Il y a dix ans ces vols non-fumeurs n’existaient pas. Et en Amérique sur chaque boîte de cigarettes il y a ce message « Attention : fumer peut nuire gravement à votre santé ». C’est une cloche de la pleine conscience. C’est une pratique de la consommation consciente. Vous ne dites pas que vous pratiquez la pleine conscience, mais vous le faites réellement. Fumer en pleine conscience vous permet de voir que fumer n’est pas une chose saine.

En Amérique les gens sont très vigilants sur la nourriture qu’ils consomment. Ils veulent que les étiquettes les informent sur le contenu de chaque paquet. Ils ne veulent pas manger de la nourriture qui introduit des toxines et des poisons dans leur corps. C’est la pratique de la consommation consciente.

Mais nous pouvons aller plus loin. Nous pouvons faire mieux en tant que parents, professeurs, artistes et politiciens. Si vous êtes un enseignant vous pouvez contribuer énormément à éveiller les gens à la consommation responsable parce que c’est la vraie voie de la libération. Si vous êtes journaliste, vous avez les moyens pour informer les gens, pour les éveiller à notre situation. Chacun de nous peut se transformer en bodhisattva et œuvrer à l’éveil.

Partie 3

La troisième sorte de nourriture dont parlait le Bouddha était les volitions. C’est ce que vous désirez le plus faire, votre désir le plus profond. Chacun de nous a un désir le plus profond. Nous avons à l’identifier, à l’appeler par son nom véritable. Le Bouddha a eu un désir, il voulait transformer toutes ses souffrances. Il voulait être éveillé pour pouvoir aider les autres. Il ne pensait pas qu’en devenant politicien il pourrait aider beaucoup les autres, c’est pour cela qu’il a choisi de devenir moine. Il y a des personnes qui pensent que le bonheur n’est possible que quand on possède beaucoup d’argent, beaucoup de renommée, beaucoup de pouvoir et beaucoup de sexe.. Ce genre de désir appartient à la troisième catégorie de nourriture dont parlait le Bouddha.

Le Bouddha illustra son enseignement par cette image : Un jeune homme aimait la vie et ne voulant pas du tout mourir. Cependant deux hommes très forts l’entraînèrent devant un trou rempli de charbon ardent et voulaient le jeter dans les braises brûlantes pour le faire mourir. Il résista en vain et mourra car les hommes étaient très forts. Le Bouddha disait : "votre désir le plus profond vous conduirait à l’endroit le plus heureux ou alors à l’enfer". Il est donc très important de regarder dans la nature de votre désir le plus profond, vos volitions. Le Bouddha disait que le désir vous conduirait à beaucoup de souffrance, que ce désir soit pour la richesse, le sexe, le pouvoir ou la gloire. Mais si vous avez un désir sain comme celui de vouloir protéger la vie ou l’environnement ou aider les gens à vivre une vie simple, réservant le temps pour prendre soin de soi ou des proches, ce genre de désir vous apportera le bonheur. Mais si vous êtes poursuivi par le désir de gloire, de richesse, de pouvoir, vous souffrirez et ce désir vous entraînera en enfer dans un trou rempli de braises brûlantes et vous mourrez.

Il y a des personnes dans le monde qui considèrent que la vengeance est leur désir le plus profond. Ils deviennent des terroristes. Quand nous avons de la haine et que la vengeance est notre désir le plus profond, nous souffrirons énormément comme cette jeune personne que deux hommes très forts entraînaient dans les braises ardentes. Notre désir le plus profond devrait être aimer, aider et non se venger, punir ou tuer. Et je suis confiant que les new-yorkais ont cette sagesse. La haine ne doit pas répondre à la haine, toute violence est une injustice. Répondre à la violence par la violence apporterait encore plus de violence et d’injustice, plus de souffrance, pas seulement aux autres mais aussi à nous-mêmes. C’est la sagesse en chacun de nous. Nous avons besoin de respirer profondément, de nous calmer pour pouvoir toucher les germes de sagesse. Je sais que si les graines de sagesse et de compassion des américains pourraient être arrosées pendant une semaine ou plus, cela apportera beaucoup de soulagement, cela diminuera la colère et la haine. Et l’Amérique pourra poser l’acte de pardon qui apportera un grand soulagement aux Etats-Unis et au monde. C’est pourquoi je suggère de pratiquer le calme, la concentration, l’arrosage des graines de sagesse et de compassion qui étaient déjà en nous et l’apprentissage de l’art de la consommation responsable. C’est alors une vraie révolution, le seule révolution qui nous aide à sortir de cette situation difficile de violence et de haine dominantes.

Quand j’avais entendu que la ville de Ben Tre, d’une population de 300.000 habitants, était détruite par les bombardiers américains j’étais très en colère. Je ne disais rien, je n’agissais pas. Comme pratiquant je retourne à ma respiration et je regarde profondément. Et la compassion s’agrandit en moi et j’avais écris ce poème :

Je tiens mon visage à deux mains
Non, je ne pleure pas
Je tiens mon visage à deux mains
Pour réchauffer ma solitude
Deux mains protégeant
Deux mains nourrissant
Deux mains empêchant mon âme
de me laisser en colère.

©

Village des pruniers
Centre Martineau
33580 Dieulivol
Téléphone :05 56 61 84 18


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