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Michael Amaladoss

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Ecoute l’Esprit : la paix et le pardon

Par Michael Amaladoss

Les situations de conflit mènent souvent à la violence. La violence peut être mentale ou physique. Des êtres sont blessés et aliénés. Des relations se brisent. Il y a de la tension interpersonnelle. Dans un tel contexte, la paix ne signifie pas simplement la fin du conflit et de la violence. Il faut aussi prendre en compte les blessures résultant de la violence. Elles doivent être guéries. Les relations doivent être restaurées. Les êtres doivent être réconciliés. Les offenses doivent être pardonnées. La cessation de la violence et du conflit est seulement la première étape dans le processus de paix. Le pardon, la guérison et la réconciliation doivent suivre. Comment peut-on envisager cette démarche de pacification ?

Justice et Paix

Une manière de l’aborder est de prendre le point de vue de la justice. Une injustice a été commise et la justice doit être restaurée. Les gens qui ont offensé doivent réparer. Ils doivent être punis. La demande de punition peut, bien sûr, être inspirée par un esprit de vengeance plutôt que par un désir de restaurer la justice. La vengeance tend toujours à exagérer. Quand l’Ancien Testament édicta le principe « vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied » (Deut 19 :21, cf. Mt 5 :38), ce fut pour contrôler la coutume d’une réplique excessive. Une réaction excessivement violente provoque une autre réaction violente et alimente une spirale de violence. Mais la restauration de la justice peut mener à un équilibre précaire, non à la paix.

Pour faire la paix, nous devons dépasser le langage de la justice pour atteindre celui du pardon et de la réconciliation. Nous ne sommes pas intéressés à restaurer simplement l’ordre. Notre souci est de reconstruire la fraternité et la communauté, de restaurer les relations. Nous devons penser alors en termes de pardon et de réconciliation. Nous entendons souvent les gens dire qu’ils sont pour la paix avec la justice. Bien sûr, nous ne pouvons avoir une paix réelle avec de l’injustice. Ce serait une absence forcée de conflit plus qu’une paix réelle. Mais la qualité de la paix est différente de l’ethos de la justice. Quand les gens s’aiment réellement les uns les autres, ils peuvent transcender l’esprit de vengeance et l’exigence de justice, et suggérer le pardon et l’oubli, le don de soi et le partage.

L’attitude que nous avons envers les autres conditionne aussi notre manière de voir Dieu. Dans l’Ancien Testament, la miséricorde de Dieu et sa bienveillance aimante étaient expérimentées et aussi proclamées, spécialement par les prophètes. Mais l’image du Dieu juste qui punira les mauvais, surtout quand ils sont nos ennemis, n’était pas très éloignée. L’histoire de Jonas est très significative à cet égard. Il se sent mécontent quand les habitants de Ninive se repentent et que Dieu leur pardonne.

Un Dieu qui pardonne

Jésus présente une image de Dieu qui est un parent qui pardonne. Beaucoup de ses guérisons miraculeuses et de ses exorcismes sont présentés comme des exemples de pardon. Par exemple, il voit un paralytique. Il lui dit : « Courage, fils ; tes péchés sont pardonnés. » Les scribes protestent par-devers eux et se disent que Jésus blasphème. Mais Jésus poursuit : « Debout, prends ton lit et rentre chez toi » (Mt 9 :3-7). Les Juifs orthodoxes et les Pharisiens rejettent les prostituées et les collecteurs d’impôt. Jésus s’assied et mange avec eux, signifiant la nouvelle relation qu’ils ont avec Dieu (Mt 9 : 10-13). Quand les Juifs lui présentent une femme adultère, il désamorce la situation en les mettant au défi : « Que quiconque d’entre vous est sans péché soit le premier à lui jeter une pierre. » Quand ils s’en vont tous, Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va ton chemin et désormais ne pèche plus » (Jn 8 :3-11).

Jésus fixe cette image d’un Dieu qui pardonne dans la parabole du Fils Prodigue, renforcée par les paraboles de la brebis égarée et du denier perdu (Lc 15). Nous voyons le père, qui a toutes les raisons de se sentir offensé, de rester distant et de le repousser, sortir pour aller à la rencontre du fils qui revient et, avant même qu’il ne finisse son « acte de contrition », commander une fête de bienvenue.

Pardonner aux autres

Si Jésus présente Dieu comme un Père-Mère qui pardonne, c’était pour présenter Dieu non seulement comme un modèle, mais comme le premier maillon d’une chaîne. Tout comme il dira : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour… C’est mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15 : 9,12), de la même manière, il enseigne aussi aux disciples de prier : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » (Lc 11 : 4). Quand Dieu nous pardonne, ce n’est pas une conséquence de notre pardon aux autres, ni vice versa. C’est plutôt une déclaration que telle est la manière dont Dieu se comporte et telle est la manière dont se comportent les enfants de Dieu. Le pardon est une attitude spécifiquement humaine.

C’est pourquoi Jésus parle souvent de la nécessité de pardonner aux autres. Dans le Sermon sur la Montagne, il évoque le commandement de l’Ancien Testament de ne pas tuer et il suggère que les disciples ne devraient même pas se mettre en colère contre d’autres, les insulter ou les tromper (Mt 5 : 21-22). Plutôt que de réclamer oeil pour oeil, « si l’on vous frappe sur la joue droite, présentez l’autre » (Mt 5 : 38-39). Ce n’est pas suffisant d’aimer son prochain et de haïr son ennemi. « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (Mt 5 : 43-4). Le Père est à nouveau montré en exemple, parce qu’il fait se lever le soleil et tomber la pluie sur le mauvais comme sur le bon. Vient alors l’exhortation : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5 : 48).
Notre pardon devrait être sans limites. Pierre pense qu’il fait une proposition magnanime en étant prêt à pardonner encore « sept fois ». Mais Jésus lui dit : non pas sept fois, mais, je te le dis, septante fois sept fois » - c’est-à-dire sans limite (Mt 18 : 21-22). Vient alors le point culminant, pour ainsi dire, quand Jésus s’écrie sur la croix, « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23 :34).

Qu’est-ce que le pardon ?

Qu’est-ce que le pardon implique concrètement ? Quelqu’un est blessé par un autre d’une manière ou d’une autre. L’instinct normal est de rendre les coups et de blesser l’autre. Parfois cela peut ne pas être possible. Par exemple, les populations opprimées comme les Dalits ne peuvent rendre les coups à leurs oppresseurs sans risquer d’autres souffrances. On se sent impuissant. Mais on enrage intérieurement de colère et de ressentiment. Il se peut que l’on s’en prenne à quelqu’un d’autre. Il se peut que l’on boive pour « oublier ». Même des personnes dans cette situation sont capables de pardon, mais ce n’est pas si facile.

Il y a d’autres situations où ceux qui sont blessés ont la possibilité de rendre les coups, mais ils choisissent librement de ne pas le faire, afin de mettre fin au cycle de la violence. Ce peut être simplement une décision pratique, politique. Il peut y en avoir qui pardonnent au violent dans la perspective de restaurer un lien brisé dans la communauté. Le pardon dans ce sens mène à la réconciliation. Mais la réconciliation suppose une réponse positive de la part de l’autre. C’est donc l’étape suivante. Nous l’examinerons plus tard. A présent, nous nous concentrerons sur le pardon. Il est possible de pardonner à quelqu’un, même s’il n’y a pas de réconciliation parce que l’autre ne répond pas ou refuse de le faire. Jésus a pardonné à ceux qui l’ont torturé et crucifié. Mais ceux-ci ne lui ont pas répondu. Son pardon à lui cependant fut réel. Son coeur était en paix, même s’il n’était pas en mesure de communiquer cette paix aux autres.

Pardonner ne veut pas dire oublier. Nous ne prétendons pas que rien ne nous est arrivé. Nous ne pouvons pas congédier par un simple souhait ce que nous avons souffert . Ce que nous essayons de faire est d’extirper de notre esprit les sentiments habituels de vengeance et de haine, et le désir de faire mal en retour. Nous souhaitons même du bien aux autres et cherchons à leur faire du bien. Le poète tamoul Thiruvalluvar dit : « La meilleure manière de punir ceux qui nous ont fait du tort est de leur faire honte en leur faisant du bien en retour. »

Un tel esprit de pardon suppose d’abord que nous ne souhaitions pas qu’une situation conflictuelle continue. Nous souhaitons vraiment construire une communauté dans une atmosphère de paix. Deuxièmement, nous savons que nous avons souffert. Mais nous voulons le prendre avec une certaine légèreté. Notre amour de l’autre est plus fort que les blessures que nous avons reçues.

Troisièmement, même quand nous savons que la souffrance nous a été imposée de manière délibérée, nous trouvons des motifs pour excuser les autres. Comme Jésus le dit, ils ne savent pas ce qu’ils font. Peut-être ont-ils été élevés dans des préjugés et dans la haine. Peut-être sont-ils mal informés. Peut-être pensent-ils qu’ils font ce qui est juste pour se défendre eux-mêmes ou défendre une institution ou une valeur. Peut-être ont-ils un blocage émotionnel qui les rend aveugles à la vérité. Peut-être sont-ils entraînés par une force psychologique qui échappe à leur contrôle. Peut-être qu’ils ne sont pas suffisamment adultes et matures pour dominer leur propres sentiments de haine et de vengeance et qu’ils se comportent de manière infantile. Peut-être sont-ils tout simplement fous. Bref, ils sont ignorants ou victimes de préjugés et ils ne sont pas libres spirituellement. Donc, même si leurs actes ont été douloureux, nous allégeons leur culpabilité. En quatrième lieu, quand tout ce « raisonnement » pour alléger leur culpabilité ne parvient pas à les exonérer totalement, notre propre amour et notre désir de communauté sont plus puissants que la culpabilité des autres pour effacer en nous tout désir de réagir avec ressentiment ou haine. L’amour et la vie sont plus puissants que la haine et la mort.

Pardon et paix

En pardonnant, nous ne pouvons pas vraiment agir tout-à-fait comme Dieu agit. Dieu n’est réellement blessé par rien de ce que quelqu’un peut faire. Dieu n’éprouve pas des sentiments de colère, de vengeance ni de haine. Dieu est amour. Dieu est toujours prêt à pardonner. De notre côté, il peut se faire parfois que nous ne soyons pas prêts à être pardonnés et que nous refusions le pardon. A la différence de Dieu, il nous arrive de fait de nous mettre en colère et de nous sentir blessés. Nous éprouvons du ressentiment et l’envie de revanche. Ces sentiments bouleversent notre équilibre émotionnel et influencent notre vision et notre comportement. Nous sommes fragmentés. Par-delà et au-delà des blessures provoquées par d’autres, de telles conséquences mettent en pièces notre paix intérieure. Notre esprit est empoisonné. Dans une telle situation, pardonner c’est éliminer ce poison de notre système. En pardonnant aux autres, nous nous purifions et nous retrouvons notre intégrité. C’est un processus d’auto-guérison. Cela nous apporte la paix intérieure, en plus de mener à une diminution de la tension et du conflit. Il doit y avoir deux adversaires pour un combat. Si l’un des adversaires se retire calmement, il ne peut y avoir de combat. Même si ce geste n’amène pas une réconciliation immédiate, le processus est lancé. Pardonner, c’est donc faire la paix pour soi-même et mettre les autres au défi d’évoluer vers la paix dans la communauté, par la réconciliation.

Traduit de l’anglais par Agnès André.

Nous remercions la revue Vidyajyoti (New Delhi) de nous autoriser à reproduire cet article paru dans son numéro de septembre 2001.

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