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Echange Spirituel Est - Ouest : découvrir une tradition qui se vit avec son corps.

Le dialogue intermonastique ne se pratique pas uniquement avec les mots. Les plus cérébraux d’entre nous ont dû souvent se le redire. Nous avions à découvrir une tradition qui se vit avec son corps.

Par DIMMID

Sixième échange Spirituel Est - Ouest
Echos et réflexions

La Beauté dans le dépouillement par Soeur Christine Daine, OSC

J’ai entendu un jour un journaliste demander à Arnaud Desjardins ce que son ‘expérience fondamentale’ lui avait apporté. Il a répondu dans un sourire magnifique : « Rien, ... mais elle m’a beaucoup enlevé ! En particulier la peur de la mort ! »

Dans le texte que nous avions dû rédiger pour préparer notre voyage, j’avais écrit que le Zen était pour moi ‘un art de vivre’... En fait, cette plongée radicale dans les monastères bouddhistes a surtout été une épreuve... et peut-être l’apprentissage d’un ‘art de mourir’... Pour une autre perception plus naïve et gratuite de la vie.

Je parlerai donc de mon voyage, un très beau voyage en l’occurrence, en terme de dépouillement plutôt que d’acquisitions et d’enchantement facile. Dépouillement ouvrant l’espace à une quiétude tranquille, teintée d’humour avec moi-même...

La fatigue accumulée d’un long voyage inédit (mon baptême de l’air !), de levers matinaux et de longues stations assise sur les talons, rebondissait à chaque déplacement d’un monastère à l’autre (quatre en tout) et me rendait pénible même le zazen, que je pratique pourtant depuis plusieurs années avec bonheur.

Ajoutez à cela le choc d’une culture avec un rapport au temps très différent du nôtre : des moments de précipitation extrême suivis de longues heures désoeuvrées, une alimentation inhabituelle, un peu insipide, des rites inconnus dont le sens m’échappait et qu’il fallait cependant exécuter avec une concentration sans faille, et surtout un effort constant pour communiquer à travers un anglais que nos hôtes ne semblaient pas exercer avec plus d’aisance que moi !...

Oserai-je aussi avouer la sensation de me trouver devant un monachisme parfois très contrasté !... Dans certains cas on nous proposait une forme d’ascèse excessive où il s’agissait d’aller jusqu’au bout de nos ressources humaines, voire même de les dépasser au-delà de leurs justes limites. En vue de casser l’ego avec ses peurs et ses replis frileux. Mais avec quel risque aussi de le durcir et de le renforcer ! J’admirais, sans être vraiment séduite ! Et par ailleurs en certains lieux je découvrais, déconcertée, le manque de silence au long des journées et l’exercice du zazen moins fréquent que je ne l’imaginais.

Etait-ce là l’expérience pour laquelle je m’étais longuement préparée ? Je ressentais une sensation d’impuissance et même d’ennui... voire d’échec. L’échec ?!... N’est-il pas une voie royale et courte pour atteindre le but proposé par le Zen : l’acceptation sereine de l’insuffisant ?... Il s’agissait non de ‘choisir’, mais de ‘vivre au mieux’ ce qui m’advenait. Non de ‘réussir’, mais de me ‘lâcher’ le plus possible dans la souplesse et la disponibilité à l’instant et à la joie fine qu’il recèle.

Je me suis donc laissée échouer...

Echouer comme un bateau échoue dans le sable... Ou comme un ami épuisé échoue dans les bras d’un ami... Ou comme, dans une humiliation extrême, on échoue tout au fond de soi...
Au coeur de cette impuissance, subsistait la paix ! La paix de ce que j’étais tout simplement. La paix d’être. Et surtout la paix d’être aimée. La vie me semblait belle...

Dans cet état d’esprit, j’ai pu alors m’ouvrir au rythme propre de mes frères et soeurs bouddhistes : chercheurs d’absolu livrés, comme moi, aux aléas d’une existence souvent fragile.

J’ai vécu de beaux moments de communion fraternelle avec eux dans le travail manuel : j’ai admiré la présence attentive et souriante de l’un à l’autre et particulièrement aux plus faibles, roshi âgé, ou, jeune moine handicapé A travers une même tâche, dans des gestes simples, précis, efficaces, j’ai apprécié le soin apporté à notre environnement naturel, et la joie de communiquer quand même, par un regard, une mimique, un sourire Comme lors de la découverte d’un petit plant de thé vert, si précieux au Japon, qui poussait là et qu’un moine a arraché pour me l’offrir

J’ai aimé l’intensité du silence, à l’aube, dans la fraîcheur du matin, dans le zendo large ouvert ou face à la nature. Le recueillement empreint de gratitude avant le repas, dans l’harmonie des gestes de la cérémonie du thé, ou plus prosaïquement au long des déplacements interminables dans les couloirs des grands monastères. Ce fut chaque fois une plongée bienfaisante dans mon propre silence intérieur, une communion aux autres et à l’Autre qui me dilatait.

Plus subtilement, j’ai quelquefois vécu l’étonnement d’une intime allégresse lors de la répétition exacte, minutieuse et ordonnée de certains gestes dont l’enchaînement demandait une grande concentration : comme une sorte de symphonie qui se jouait en moi, à travers mon corps, mes doigts, mes mains... Et j’ai éprouvé ce qu’un geste banal peut avoir de saveur quand il est fait dans la détente avec une attention soutenue.

Instants fugitifs de bonheur cueillis au détour du quotidien qui ont culminé dans l’expérience de la Beauté qui s’offrait partout à nous dans les monastères Zen.

Selon la grâce particulière de chaque monastère, ce fut l’office des sutras magnifiquement chantés au coeur d’une gestuelle précise et cependant pleine d’aisance et d’harmonie.

Ailleurs, la majesté des lieux d’habitation au coeur de la montagne. Ou les grands espaces dégagés de chaque pièce : juste une poterie en céramique ou la sobriété d’une calligraphie pour habiller le vide et laisser résonner le chant d’un torrent tout contre l’escalier de passage, ou, plus loin dans la forêt, celui grave et profond d’une flûte de bambou. Aux pieds des énormes rochers des jardins Zen la mousse semblait plus verte et, dans la morsure du froid au petit matin, le pull en laine de mouton prêté par un moine semblait plus confortable et bien doux.

Car au-delà de la beauté de la nature c’est bien sûr celle des coeurs et des visages qui m’a le plus touchée. Beauté de la tenue des corps et des mains, présence modeste mais attentive de certains regards, gravité intense des visages si vite adoucis par un sourire...

Y a-t-il un lien entre le dépouillement et la vulnérabilité à la beauté ? Et avec ce supplément de douceur ressenti à mon retour ? Peut-être !

Quand Maître Dôgen, en rentrant de Chine, évoquait l’essence du Zen qu’il avait ramené de son long séjour initiatique, ne l’appelait-il pas : ‘la douceur du cœur’ ? !

La pédagogie spirituelle du zen par Pierre-Yves Brandt, Pasteur

Si j’essaie de caractériser la voie du zen qu’il m’a été donné d’expérimenter, je dirais que j’ai rencontré une école d’hésychasme. Tout l’effort est orienté vers l’apaisement de la vie intérieure. La voie pour atteindre cet apaisement intérieur est bien rendue je crois par l’expression ‘pratique du corps’. Tout le temps que j’ai passé dans les monastères zen était entièrement consacré à la pratique. Il n’y avait pas de temps pour la discussion, même pas pour l’étude.

Il s’agit seulement d’acquérir des automatismes et d’intégrer des attitudes qui ouvrent sur une plus grande liberté parce que ces automatismes et ces attitudes seront devenus comme une première nature.

En fait, quand on y regarde de près, les automatismes visés constituent l’essentiel de l’effort des premières années de vie de chaque être humain : respirer, manger, se tenir debout et assis, marcher. Le projet pédagogique est donc clair : rompre avec ces automatismes pour les rééduquer. Et ceci en conformité avec un postulat implicite : la juste attitude intérieure dépend de la juste attitude du corps. La construction de l’être intérieur résulte donc quasi exclusivement d’un travail sur le corps, et le zazen en constitue comme le paradigme qui doit inspirer toutes les autres activités. Cette ascèse n’est cependant jamais envisagée comme une tentative de contraindre l’être à se conformer à un schéma qui lui serait comme étranger. Il ne s’agit pas de s’approprier une seconde nature. Les maîtres zen ont la conviction que ce travail n’obtient rien d’autre que la libération de la nature première présente en tout être, la nature de bouddha. Au sens propre, il s’agit d’éveiller cette nature (bouddha veut dire ‘éveillé’) en brisant les peurs, les égocentrismes, les frilosités qui l’empêche de s’exprimer.

Quel dialogue ? par Daniel Pont, OSB

Le dialogue intermonastique ne se pratique pas uniquement avec les mots. Les plus cérébraux d’entre nous ont dû souvent se le redire. Nous avions à découvrir une tradition qui se vit avec son corps. Chaque fois que nous nous réunissions pour célébrer la messe, le contraste nous frappait. Nous retrouvions notre expression de la foi dans le Verbe incarné, qui fait l’homme parole à son tour, pour annoncer le salut. La sobriété du geste, ou même son déficit, et l’abondance du discours, nous projetaient à mille lieues de cette tradition du souffle muet. La branche Soto le traduit dans une seule formule : ‘Seulement s’asseoir’ (zazen). Les Rinzai ajoutent à cela le ‘koan’ qui est bien un échange verbal entre le maître et son disciple, mais sous la forme de dits des anciens ou des formules qui n’offrent aucune résolution logique possible, pour obliger le disciple à basculer dans l’intuition illuminatrice. Cette illumination est par essence indicible, et donc pré ou supra verbale. L’échange entre le maître et le disciple se terminait d’ailleurs parfois par un cri du maître qui résonnait dans tout le monastère ! Il est difficile d’exprimer mieux la primauté du souffle sur la parole. Mais comme la tradition se nourrit de paradoxes, il faudrait aussi parler du gigantesque corpus de textes bouddhiques qui reste une constante référence.

Images du Japon par Bernard-Joseph Samain, OCSO

Avec les moines zen, je m’efforce de demeurer assis, en repos, en loisir, dans un vide, une ‘vacance’, et des mots du poète Guillevic me reviennent :

« Ne rien faire, A peine regarder
Se laisser emporter Par le temps
Comme un courant d’air Enveloppant, très doux,
Qui vous mène à vous-même En train de ne rien faire. »

Avec les moines zen, je demeure devant ‘une question indemne de réponse’

« L’inconnu Est notre domicile »

Avec les moines zen,
« Je fore, je creuse Vers le grand
Le total silence en ma vie,
Où le monde, je l’espère, Me révélera quelque chose de lui. »
« Le silence Est silence
Quant l’enchante La vacance. »

Au cœur de la pratique par Benoît Standaert, OSB

Au dernier jour de notre séjour au Sogen-ji, Maître Shodo Harada nous a précisé,en réponse à nos questions, que le zazen, arrivé au Japon, a une longue préhistoire en Corée, en Chine et en Inde. Par là il semblait nous dire : il n’est pas indiqué de sous-estimer le trésor caché dans cette pratique, transmise telle quelle jusqu’à ce jour. Cela vient de trop loin et transcende tant de cultures. Et c’est déjà un premier enseignement. Par ailleurs il a insisté que d’autres voies existent qui conduisent vers une même finalité, et il a montré tout le respect qu’il avait pour la voie que nous pouvons pratiquer à partir de nos traditions bibliques et monastiques séculaires.

En un troisième temps il a expliqué comment chez lui se présentait la méditation profonde. Tout d’abord, il réalise la relation à tout l’environnement et s’en détache. Ensuite il prend conscience de son corps et de tous les sens, et s’en détache également. Enfin il ne lui reste plus que la conscience de soi, et elle aussi, il la laisse pour compte, dans un renoncement radical qui lui donne accès à la grande conscience, sans petit moi. Dans cet état-là tout est donné : la grande patience, la compassion universelle, la lumière. Là se trouvent les racines de toute religiosité. Toute grande religion au-delà des formes historiques, culturelles, des langages et des rites, a son enracinement dans ce qui se découvre ainsi au-delà de la conscience du petit moi. « Il m’importe de rester enraciné vingt-quatre sur vingt-quatre dans cette grande conscience, que vous pouvez appeler ‘divine’ », a-t-il dit. Alors, revenant à notre question, il nous conviait à poursuivre notre chemin jusqu’à nous rejoindre là où il disait que la plus grande conscience régnait.

L’émotion que je garde de cet entretien me poursuit jusqu’à ce jour. Physiquement il était clair qu’il tirait chaque mot de son fond expérimental, et qu’à mesure où il progressait dans sa pensée, il réalisait ce dont il parlait, non seulement en lui, mais pour une part aussi en nous qui l’écoutions de toutes nos oreilles et de tous nos pores . Ainsi il réalisait ‘l’échange spirituel’ et offrait un espace secret et réel pour tout échange ultérieur.

Juin 2001

DIMMID
Commissions pour le Dialogue Interreligieux Monastique
Pierre-François de Béthune
Monastère de Clerlande B-1340 Ottignies Belgique
Tél. : 32 010 42 18 33 - Fax 32 010 41 80 27


http://www.dimmid.org/





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