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Disciple de Maître Deshimaru

Quels sont les critères de choix ? Comment discerner le vrai du faux maître ? Je ne crois pas qu’il y ait des critères de choix car on ne choisit pas son maître : on le rencontre et le sentiment de foi, de confiance se manifeste.

Par Roland Rech

A travers quelques questions posées par Bruno Solt, Roland Rech essaye d’exprimer certains aspects de la relation maître-disciple avec Maître Deshimaru.

Quels sont les critères de choix ?

Comment discerner le vrai du faux maître ?

Je ne crois pas qu’il y ait des critères de choix car on ne choisit pas son maître : on le rencontre et le sentiment de foi, de confiance se manifeste. Même s’il m’impressionnait, j’ai aimé Maître Deshimaru dès que je l’ai vu et je ne peux pas vraiment dire pourquoi. Par la suite, la confiance que je mettais en lui s’est renforcée en le voyant pratiquer réellement ce qu’il enseignait : son enseignement, sa pratique dans le dojo et dans la vie quotidienne faisaient un tout harmonieux. Il ne transmettait pas des notions apprises dans les sutras mais l’essence de la transmission du Zen qu’il avait reçue de son maître Kodo Sawaki et qu’il avait pratiquée pendant quarante ans. J’étais heureux de me trouver en sa présence et j’avais envie de suivre ce qu’il suivait. Même si parfois j’éprouvais des doutes, ils me renvoyaient à moi-même et ne remettaient pas en question le fait qu’il était mon maître et que j’étais son disciple.

Un faux maître est celui qui enseigne une voie erronée, c’est-à-dire qui ne conduit pas à une authentique libération. Ou bien quelqu’un qui ne transmet que des paroles vides sans expérience et sans pratique profonde. Le nombre des disciples n’a rien avoir avec l’authenticité du maître. Actuellement, certaines personnes sont tellement désorientées qu’elles sont prêtes à suivre n’importe quoi, comme le nain qui sans pouvoir voir le spectacle se contente de rire quand la foule rit.

Maître Dogen disait : « Le vrai maître, peu importe son âge, son sexe, ses origines ; il doit seulement être au-delà de tout, être l’homme du satori, un homme absolu vrai et sincère gouverné par aucun karma : ni par sa propre pensée ni par celle des autres. » Cette description correspond à ce que nous ressentions de Sensei dont la réalisation s’exprimait par une vie non égoïste, totalement consacrée à aider les autres à réaliser la Voie.

Qu’est-ce qui distingue un sage tel que Maître Deshimaru d’ un autre homme ?

Le fait qu’il ait totalement engagés sa vie dans la pratique de la Voie et qu’il ait mis toute son énergie et son expérience à aider aussi les autres à la réaliser. Il ne se prend pas pour un grand sage mais se laisse éclairer par zazen. Il harmonise sa vie avec cet enseignement de zazen en ne se distinguant pas des gens ordinaires - car il perçoit la vacuité de toute différenciation et vit au-delà de son ego sa véritable unité avec les autres, la vie, la nature, tout l’univers. Il vivait réellement ici et maintenant.

Qu’est-ce qui vous laissait entrevoir dans le vécu de maître Deshimaru qu’il s’agissait d’ un sage ?

Il harmonisait en lui tous les aspects de l’être humain : homme avec ses émotions et ses passions, et Bouddha qui en voit la vacuité et s’en détache. Il avait aussi une grande compréhension de l’esprit qui animait ses disciples et nous tendait un miroir pour nous voir nous-mêmes.

Il avait aussi une vision claire des erreurs de notre civilisation et enseignait comment la pratique juste de zazen pourrait y remédier. Son enseignement était très vaste et sa vie l’exprimait.

Si le vécu du maître est le reflet d’ une perfection intérieure, comment peut-il avoir de mauvais côtés ?

Le maître aussi a son karma et donc ce qu’on appelle des défauts. Mais il n’en dépend pas. Il les utilise librement pour aider les autres. Ainsi ses passions deviennent source d’éveil pour lui et pour les autres. Le vrai Zen ne consiste pas à les trancher mais à les transformer et à utiliser l’énergie pour la pratique de la Voie. Par exemple boire ensemble permettait d’abolir la barrière entre maître et disciple, de faire tomber les masques, l’esprit de sérieux qui n’est qu’un attachement égoïste et une peur des souillures. Sensei nous apprenait constamment à harmoniser en nous tous les aspects bons et mauvais, démon et Bouddha, sans demeurer sur aucun.

N’y a-t-il pas parfois une part d’infantilisme à chercher un maître dans le monde d’aujourd’hui où il fait parfois office d’un père et d’une mère sur qui on projette tout ce qu’on n’a pas reçu ?

Maître Deshimaru avait en lui la force et la sagesse du père ; l’amour, la compassion de la mère. L’amour qu’on pouvait éprouver à son égard avait quelque chose de stimulant et non d’aliénant Car son but était de nous stimuler à suivre la même pratique libératrice que lui et non de nous attacher à sa personne. Chez lui, il n’y avait pas de désir d’emprise sur les êtres mais le souhait de nous rendre véritablement autonomes. Comme dans la parabole du fils de l’homme du Sutra du Lotus, il visait à nous faire reconnaître notre propre trésor, notre propre nature de bouddha au lieu de quêter de la sagesse chez les autres.

Comment se passait son enseignement en dehors du dojo ?

Comme Kannon aux mille mains, Sensei utilisait tous les phénomènes pour éduquer ses disciples. Les soirées que nous passions ensemble étaient l’occasion d’enseigner, inconsciemment et naturellement, de voir ses bonno apparaître dans le miroir que Sensei présentait par sa simple présence.

Souvent il nous appelait le soir pour une réunion. Je me disais que j’allais en profiter pour lui poser telle question, mais quand j’arrivais devant lui la question s’était évanouie comme une pensée en zazen à la fin de l’expiration. Rien de personnel n’était plus important. Sans demande personnelle on pouvait vraiment jouer ensemble, faire des plans, passer en revue les disciples dont les noms montaient et descendaient plusieurs fois en une soirée sur le tableau où il les classait (les plus élevés étaient les diamants, puis venaient les golden, puis les bleus, les roses ... ) Mais quand votre nom venait sur la table, c’était l’occasion de réaliser qu’on n’était pas si détaché...

Parfois, au milieu de ces soirées, quelqu’un frappait à la porte. La secrétaire allait ouvrir. Sensei lui faisait demander ce que voulait le visiteur.« Il veut vous parler d’un problème personnel. - Dites-lui que Sensei se repose. » D’autres fois, le visiteur répondait qu’il ne voulait rien, juste voir Sensei. Alors, celui-ci répondait immédiatement : « D’accord, faites-le entrer. » Parfois il voulait nous parler d’un projet, organiser quelque chose pour sa mission : là, c’était le branle-bas de combat et tout le monde repartait motivé par la tâche que Sensei lui avait confîée. D’autres fois, il y avait un problème dans la sangha et Sensei voulait se concerter avec ses proches disciples. Dans ce cas-là s’il critiquait quelqu’un, on pouvait écouter ses critiques comme si elles nous étaient adressées, ce qui était souvent le cas, car Sensei ne nous critiquait pas souvent directement. Mais à travers ce qu’il disait de quelqu’un d’autre, on pouvait entendre ce qu’il voulait aussi nous dire à nous.

La pire attitude était de prendre la défense de celui qui était critiqué : Sensei prenait cela comme un rejet de son enseignement et l’avocat devenait aussitôt le premier accusé. « Qui se trompe ? » disait-il, furieux. Certains ne s’en sont jamais remis... Il fallait comprendre la source de son esprit et ne pas se perdre dans les arguments qui ont cours dans le monde ordinaire.

1992

Zen - Bulletin de l’Association Zen Internationale
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