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Dignité en maison de retraite

Travaillant depuis peu dans une maison de retraite, auprès de personnes très âgées (moyenne d’âge 87 ans), je souhaite faire partager quelques faits et observations sur la dignité de la personne

Par Jean-Pierre Gouffault

Les maisons de retraite recouvrent une réalité très diverse, comme le font apparaître des enquêtes récentes. Un bon nombre d’entre elles, souvent de statut associatif, ont un projet d’établissement et veulent promouvoir des valeurs et des convictions qui sous-tendent leur action de tous les jours au service des résidents. "Comment répondons-nous au besoin des personnes ?"est sans doute l’unique question qui donne sens à l’activité, qui anime et motive une équipe. Parmi ces besoins, l’un est revendiqué, exprimé en relief ou en creux : la dignité, la reconnaissance. "Je suis important pour qui, aux yeux de qui ?

"L’écart par rapport à une norme sociale établie (l’handicapé, l’étranger…) fait peur, est objet de moquerie, voire de rejet ou utilisé à des fins de rentabilité pour assurer la survie d’une institution…

Retour à l’enfance

La personne âgée reste une personne malgré l’image qu’elle se donne à elle –même, et malgré l’image que les autres peuvent s’en faire. Il y a interaction entre les deux, positive ou négative.

Elle est devenue courante, cette expression "retour en enfance", pour qualifier une personne qui devient dépendante au moins autonome. L’expression "retomber en enfance " gomme toute une vie construite avec les siens, les autres, son environnement, son travail. Une vie réduite à l’état primitif de l’enfance, une enfance sans avenir, sinon celui de la mort.

On va vers cette vue de l’esprit par des signes trompeurs. Les protections liées à l’incontinence sont perçues comme régression par ceux qui en souffrent ou par les autres confirmant cette image "bébé enfance". Quel sens le personnel en donne-t-il ? Soulagement de la charge de travail, rapidité du soin d’hygiène, (peu importe alors le ressenti de la personne). Quels sont les gestes facilitant l’autonomie de la personne, lui enlevant crainte et angoisse pour vivre le plus normalement possible ?

La relation au corps

Tout ce qui est de la relation au corps est important, même si apparemment le corps est diminué par l’usure, la fragilité, la maladie.

Le temps du bain peut être l’occasion de massage, de "chouchoutage", de relaxation avec une relation douce de l’aide soignante. Parler, rassurer, communiquer par le toucher ou la caresse des mains - langage des yeux. Le repas de midi en salle à manger, une fête sont des occasions de rencontre où l’on s’habille bien, où l’on montre une image positive de soi, le soin du maquillage ou le nœud de la cravate bien fait sont autant d’aide à cette valorisation de soi.

Ce corps qui ne répond plus, ces sens qui s’éteignent, la surdité qui enferme, qui entraîne le repli sur soi. Je n’entends pas la réponse à ma parole, à mon humour , alors à quoi bon… sinon passer du temps, parler fort à l’oreille, répéter, redire :énergie de patience.

Mal voir, la lumière qui s’éteint, le visage que je ne reconnais qu’à la voix, j’étais passionné de lecture. Fini le journal à part, peut-être, les quelque titres ou les quelques livres en gros caractères. Me déplacer là où je souhaite, je ne peux plus, sinon en fauteuil roulant, au gré de la gentillesse du personnel, et je n’ose pas demander pour ne pas gêner… et pourtant, parfois, au lieu de me rouler, l’aide soignante me soutiendra pour marcher à très petits pas jusqu’à ma table de salle à manger. J’affiche ce que je peux.

Ce bras, cette main qui se porte difficilement à ma bouche. Il est plus facile de me faire manger, expédié, vite fait bien fait pour passer à un autre résident que de prendre son temps pour m’aider, soutenir mon bras pour que je puisse manger moi-même lentement.

Cette disponibilité nécessaire du soignant, de l’agent du service hôtelier, le respect du rythme différent qui n’est plus celui de nos références, le pari que la personne peut être active, c’est le choix de faire reculer la dépendance, de la prévenir, d’aller jusqu’au bout, sans jeter l’éponge trop tôt :"A quoi bon !"

Porter une attention aiguë au quotidien, d’autant plus dans les gestes répétitifs ordinaires, c’est apporter ce sacré, ce respect, cette dignité en l’humanité de cette personne, l’humour porté à ce quotidien, à cette attitude, telle parole, loin d’être moquerie ou mépris sera tendresse, expression pudique de l’amour.

Dignité de la personne quand vient la mort.

Le résident est chez lui en maison de retraite. Si cela correspond au souhait de sa famille - et c’est le plus souvent le cas - La personne reposera dans sa chambre, les résidents pourront lui rendre visite et hommage. Elle sera nommée à la collectivité des résidents – comme elle est entrée par la grande porte, son cercueil sortira aussi par cette même porte (et non en cachette a l’abri des regards). Avec cet adieu de résidente, du personnel à sa sortie définitive. Chacun sait que, à son tour, il sera traité ainsi, honoré et nommé. En respectant l’autre, je sais que je serais moi-même respecté.

Ce temps, ces temps sont de plus en plus lourds et difficile à prendre, parce que la tâche, le nombre de personnes, la multiplicité des besoins, augmentent avec la dépendance du grand âge. Cela pose, bien sur, l’augmentation des moyens en personnel, en budget, pour que le sens du service à la personne. Reste la qualité de relation, la qualité de l’environnement, du confort, du repos et des loisirs, la qualité d’attention à la vie.

Quelles réponses valorisantes va-t-on apporter comme preuve quotidienne de cette existence ? Ce sont les gestes ordinaires témoignant le respect porté à quelqu’un d’unique.

1999

La Vie Nouvelle
4 place de Valois
75001 Paris
Tél. : 01 55 35 36 46


http://www.globenet.org/lvn





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