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Deux Soeurs, deux voies

« La prière la plus puissante, celle qui est presque toute-puissante pour obtenir n’importe quoi, et l’œuvre la plus noble sont celles qui jaillissent d’un esprit vide. Plus il est vide, plus la prière et l’action sont puissantes, précieuses, utiles, louables et parfaites. Un esprit vide peut tout. » Maître Eckhart

Par DIMMID

Deux Sœurs, deux voies

Lors de la réunion annuelle du DIM-MID tenue en l’abbaye anglicane St Mary (West-Malling, Angleterre), en avril 1998 (voir IBI-6), la Mère Abbesse, Mother Mary John Marshall, d’origine américaine, a parlé de sa rencontre récente avec sa sœur devenue prêtre d’un temple Zen Sôtô à Berkeley (Californie). Les deux sœurs ont bien voulu partager leurs réflexions à propos de cette rencontre peu ordinaire.

La perspective chrétienne par Mother Mary John

Jusqu’à ce jour, mon expérience du dialogue interreligieux s’est située à un niveau personnel et s’est presque entièrement limitée à une relation de plus en plus profonde avec ma sœur selon la chair, prêtre bouddhiste Zen. Nos parents, nettement non-religieux, ont toutefois toléré mon enthousiasme lorsque, adolescente, je suis devenue membre de l’Eglise Episcopale Américaine. Après quelques années de recherche, ma sœur, elle, s’engagea dans le Bouddhisme Zen. Mon chemin me conduisit à l’Abbaye bénédictine de West-Malling et j’y devins moniale dans l’Eglise d’Angleterre, tandis que ma sœur rejoignait la communauté Zen de Berkeley.

Il existe des divergences fondamentales entre le Bouddhisme et le Christianisme. Pourtant on relève aussi des points de convergence auxquels les moines et ceux qui pratiquent le Zazen sont particulièrement sensibles. En effet, Bouddhisme et Christianisme prônent tous deux une discipline de vie et de méditation simple et pénétrante, visant à informer et transformer la totalité de la vie et à réaliser ainsi l’union à Dieu et avec tous les êtres animés. Des chrétiens engagés dans la tradition bénédictine, dans laquelle on a tendance à relativiser les techniques de prière pour que toute l’attention se concentre sur la Parole de Dieu telle qu’elle se trouve dans l’Ecriture, les sacrements et les rencontres quotidiennes, peuvent découvrir assez facilement des affinités avec les pratiquants du Zen Sôtô qui insiste sur la pratique et l’illumination progressive.

Au cours de mes 38 ans de vie monastique, je n’ai pu rencontrer ma sœur fréquemment. Pourtant nous avons toutes deux été vivement conscientes de liens de plus en plus profonds entre nous. Peut-être nous éveillions-nous tout simplement à des liens qui existaient depuis toujours mais qui attendaient d’être reconnus. Quand nous nous sommes revues, lors de mon séjour récent aux E.-U., nous avons éprouvé toutes les deux un vif désir de faire zazen ensemble (bien que je confesse éprouver moins d’enthousiasme pour « m’asseoir » quand je suis laissée à moi-même !), chacune selon sa tradition et sa compréhension. En partageant le même silence recueilli, chacune a éprouvé une plus grande ouverture de la voie sur laquelle elle était engagée. Pour moi, formée dans la tradition bénédictine, j’ai fait une expérience très forte de l’unité de l’âme, du corps et de l’esprit, qui résulte de la posture en demi-lotus (le maximum possible pour mes jambes !) car tout l’être corporel se trouve concentré par l’immobilité et l’attention silencieuse. Pareille prise de conscience ne devrait pas constituer une révélation importante pour qui adhère à une religion d’incarnation, mais elle a mis au jour la part en moi de cette tendance invétérée qu’ont les chrétiens à compartimentaliser le corps et l’esprit, alors que leur religion revendique clairement une intégralité et un engagement au niveau de la société et de l’environnement. Au fur et à mesure que grandiront notre expérience et le partage de notre prise de conscience, nous découvrirons sans doute d’autre points de convergence. En attendant nous attachons grand prix à l’unité et à l’amour que nous avons déjà découverts.

Ceux qui sont engagés dans la vie monastique chrétienne sont dans une certaine mesure conscients d’être attirés par et dans le Mystère pascal du Christ, en perdant la vie de l’ego afin de trouver l’abondance de sa vie et de lui permettre de trouver place en eux. A Malling, nous réalisons cela par les structures de l’ascèse monastique, de la vie communautaire et de la persévérance dans la prière. L’image de la montagne de nos impossibilités nous est familière et pourtant nous savons que la voie nous a été ouverte par l’incarnation, la mort et la résurrection du Christ. Notre contribution à notre transformation est de tenir dans la foi. Nous prenons conscience que cette persévérance résulte non de notre propre force de caractère (dont la fragilité est trop souvent évidente), mais de la collaboration de notre esprit avec l’Esprit de Dieu qui nous habite. En termes bouddhiques, on pourrait décrire cela comme la réalisation de la nature de Bouddha inhérente à tous les êtres animés et atteignant sa pleine manifestation. Ce qui importe pour nous tous, c’est de faire croître ce désir de réalisation et la conviction que la vie et la liberté nous appartiennent, attendant leur plein épanouissement.

La perspective zen par Maylie Scott

Quand ma sœur est entrée à l’Abbaye St Mary en 1960, elle allait avoir 21 ans et j’en avais 25. J’étais mariée et l’aîné de mes enfants était encore bébé. Je me sentais très remuée, déconcertée et un peu jalouse de son engagement courageux. Alors que je me considérais encore comme chrétienne, je n’avais tout de même de relation véritable avec aucune église et cela me manquait. Quand je récitais le Notre Père chaque soir, je constatais tristement que je ne savais comment prier, je pressentais qu’il devait y avoir quelque chose de plus. Par delà ce constat, je percevais aussi avec angoisse la possibilité de vivre ma vie entière en ratant la chose la plus importante. En même temps cette préoccupation ne me paraissait pas très justifiée puisque avoir une famille me semblait une chose convenable et importante. Lorsque M.Mary John prononça ses vœux, je ressentis profondément le besoin de trouver mon propre enracinement spirituel ; j’eus deux autres enfants et notre famille s’établit à Berkeley, lieu qui, je le découvris bientôt, offrait des occasions exceptionnelles.

En 1972, juste après la mort de Shunryu Suzuki Roshi, je me rendis sur le conseil d’un ami au Centre Zen Sôtô de San Francisco qu’il avait fondé afin d’y suivre une formation au zazen. Les enseignements, fidèles à ceux de Dôgen Zengi, le fondateur du Sôtô au 13e siècle, sont d’une grande simplicité : s’asseoir les jambes croisées, concentrer son attention sur la posture et la respiration, rester attentif à l’instant présent tout en observant ce qui se passe. Dès que j’eus commencé à pratiquer, il me devint clair que les seules limites à l’expérience provenaient de moi-même, que le présent est par essence illimité. Ce fut pour moi un grand soulagement de ne pas devoir « croire » en quelque chose, je pouvais me contenter d’expérimenter une délivrance immédiate, suivie de sa disparition dès que je retombais dans des pensées, dans le maquis des habitudes de mon moi. Et pourtant, à chaque instant, le présent restait à portée. Je compris immédiatement que ce serait l’affaire de toute une vie, que l’enchaînement : attention - chute - ressaisie était profondément gratifiant et je le poursuis jusqu’à ce jour. Telle était ma prière.

Suzuki Roshi avait coutume de dire de ses étudiants américains qu’ils n’étaient ni moines ni laïques. Au fil des années, j’en fis la découverte. Des sessions d’assise (sesshins) plus longues développent la concentration. Douze périodes de 40 minutes au cours d’un jour en silence donnent à l’esprit l’occasion de se manifester : petits et grands attachements, aversions et obsessions vont et viennent. Ce qui subsiste est stable et radicalement libre, indépendant des idées. Cette pratique du zazen est enracinée dans une attention au corps - esprit. Les genoux et le dos protestent et l’on essaie de ne pas bouger, d’accepter la difficulté comme une amie, comme un rappel bénéfique pour rester présent. Où est le centre de la douleur ? Peut-on passer par dessous ? A qui cette douleur appartient-elle ? Alors qu’on ne peut éviter la douleur, on se construit sa propre souffrance (J’ai horreur de ceci. Je dois être folle pour faire cela. Quand cette période finira-t-elle, etc.). D’une façon surprenante, la souffrance se transforme en énergie plus profonde, concentrée, puis elle revient. Peu à peu le processus d’acceptation de tout ce qui monte à la surface, le processus du « lâcher prise » et de la découverte de l’intériorité qui en résulte et de la liberté à l’égard de tout ce qui se lève en nous, commence à clarifier la vie. La gratitude surgit et l’on s’oriente de plus en plus de façon naturelle vers la pratique, passant des attachements personnels au vœu de s’éveiller avec tous les êtres.

La formation et les fonctions de prêtre Zen Sôtô américain se dégagent progressivement. Au Japon, un prêtre est généralement le fils d’un prêtre et il hérite de son temple après quelques années d’étude dans un monastère de formation. J’ai été ordonnée prêtre en 1989, à une époque où l’Abbé était absorbé par des responsabilités en dehors du temple. Pour le dire en bref, le critère de l’Abbé fut que « je fonctionnais déjà en tant que prêtre », c’est-à-dire. que je connaissais les diverses pratiques, les chants, les rituels, que j’étais assidue au zazen et engagée envers la communauté, que j’étais capable d’enseigner et d’offrir des conseils pastoraux. Alors que cette définition fonctionnait bien pour moi à l’époque, elle ne convient pas à tous ceux qui deviennent prêtres et beaucoup de discussions animées portent aujourd’hui sur ce sujet.

M.Mary John décrit l’estime pour l’unité de l’âme, du corps et de l’esprit dans la tradition bénédictine. Cette « conscience d’incarnation » est perçue dès que l’on franchit le porche de l’Abbaye St Mary. Vous ne pouvez dire ce que c’est, mais sa présence est perçue dans les bâtiments, le jardin, les personnes et la liturgie. Elle se manifeste aussi dans la joie profonde, le calme et la sensibilité des Sœurs. Mon lien spirituel avec M.Mary John m’est toujours resté présent. Lorsque nous étions encore petites filles, faisant nos premiers pas dans la vie, je jouais à la poupée dans un coin du grenier de la maison tandis qu’elle se construisait un autel avec la banquette du piano, des tentures et divers objets. Etant l’aînée, je découvris l’Ecole du dimanche et l’y entraînai car nos parents ne manifestaient décidément aucun intérêt pour les choses de la religion. Après son entrée à l’Abbaye, le lien de notre communion spirituelle devint encore plus profond, elle me manquait mais je savais qu’elle et ses consœurs priaient pour moi et je me sentais soutenue et protégée dans mon propre cheminement. Bien que nous la vivions de manière différente, nous partageons une même conception de la contemplation. Cela me devint évident lorsque j’ai lu, il y a quelques années, « Le Nuage d’inconnaissance » et Maître Eckhart : c’est la racine de la prière. « La prière la plus puissante, celle qui est presque toute-puissante pour obtenir n’importe quoi, et l’œuvre la plus noble sont celles qui jaillissent d’un esprit vide. Plus il est vide, plus la prière et l’action sont puissantes, précieuses, utiles, louables et parfaites. Un esprit vide peut tout. » (traduit de The talks of Instruction, édité par Walshe, vol.III, p.12)

1998

DIMMID
Commissions pour le Dialogue Interreligieux Monastique
Pierre-François de Béthune
Monastère de Clerlande B-1340 Ottignies Belgique
Tél. : 32 010 42 18 33 - Fax 32 010 41 80 27


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