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« Des fruits en son temps » : les espérances du dialogue interreligieux

Par DIMMID

Londres, 14 février 2001.

Introduction

Près d’un an après mon ordination épiscopale, l’un de mes confrères me demanda quel était mon blason. Il était bien temps d’y penser ! Aussi avec l’aide d’un expert en héraldique, on dessina des armoiries : d’un côté, une croix celtique sur un champ vert - pour symboliser mes origines irlandaises - et de l’autre, un palmier sur un champ azur - pour évoquer mon siège titulaire, Nepte, c.-à-d. Nefta, en Tunisie - et enfin une étoile - pour rappeler la fête de l’Epiphanie, jour de ma consécration épiscopale. Comme devise, j’ai choisi ’fructum dabit’ - il portera du fruit - mots repris au début du psaume 1 : « Il (l’homme juste) est semblable à un arbre planté au bord des eaux, qui porte du fruit en son temps ».

Vous pouvez planter un palmier. Vous pouvez veiller à ce qu’il soit suffisamment arrosé, mais il vous faudra attendre pour que les dattes se forment et arrivent à maturité. Il ne sert à rien de vouloir forcer la nature. Les fruits les meilleurs sont ceux qui poussent naturellement, comme le résultat de soins patients. C’est là pour moi un excellent symbole du dialogue : il requiert des efforts patients et persévérants dont il ne faut pas attendre des résultats immédiats.

Je voudrais vous exposer maintenant quels fruits peuvent porter les efforts de dialogue. Peut-être est-il opportun de nous souvenir que, lorsque nous parlons de dialogue, il ne s’agit pas seulement d’échanger des paroles. Par dialogue j’entends désigner ’l’ensemble des rapports interreligieux, positifs et constructifs, avec des personnes et des communautés de diverses croyances, afin d’apprendre à se connaître et à s’enrichir les uns les autres’ (Dialogue et Mission), tout en obéissant à la vérité et en respectant la liberté de chacun » (Dialogue et Annonce, 9). (D.P.9)

1. Connaissance mutuelle

Le premier objectif proposé dans le document Dialogue et Annonce est la connaissance mutuelle. Elle peut exister à différents niveaux. Elle peut exprimer la façon dont des personnes de religions différentes se parlent ou parlent les unes des autres. Cela veut dire, par exemple, que l’on évite de parler de Mahometants car on réalise que les Musulmans ne rendent pas un culte à Mahomet, mais qu’ils s’efforcent de ’se soumettre’ à Dieu. De même, les Musulmans devraient éviter d’appeler les Chrétiens kuffar car ils reconnaissent en eux des monothéistes et non des incroyants. Dans le même ordre d’idées, il faudrait éviter d’utiliser le terme ’animisme’ à propos des religions traditionnelles ou de traiter l’hindouisme de polythéiste ou le bouddhisme d’athée. En d’autres termes, cela signifie de traiter les gens comme ils voudraient l’être, dans la mesure où cela est possible.

La connaissance mutuelle peut évidemment revêtir encore d’autres formes. Elle peut signifier l’acceptation de types différents de comportement, que ce soit dans vêtement, les habitudes culinaires ou les coutumes sociales. Une illustration de ceci peut être de réaliser combien il est important pour les Sikhs de garder la tête couverte ou de comprendre le désir de parents musulmans que leurs filles ne doivent participent pas à des séances de natation mixtes.

Il s’agit au fond d’apprendre à connaître les gens tels qu’ils sont réellement, ou du moins tels qu’ils se voient eux-mêmes. L’un des fruits des relations mutuelles sera donc de corriger les idées erronées que les gens se font les uns des les autres en détruisant les préjugés. Peut-être pourrions-nous voir en ceci une mise en pratique d’un point de l’octuple chemin du bouddhisme qui prône le voir juste et le parler juste. Nous pourrions aussi y voir le fruit du principe de l’Evangile : aimer le prochain comme soi-même.

2. Paix et harmonie

Là où des relations positives et constructives sont nouées, on peut s’attendre à ce que les gens dans la paix et l’harmonie, même s’ils proviennent de milieux différentes, appartiennent à des cultures différentes, professent des croyances différentes. Peut-être m’objecterez-vous que l’état du monde actuel apporte un démenti à cette attente. Voyez ce qui se passe en Bosnie, en Indonésie.

Il faut reconnaître, me semble-t-il, que dans ces deux régions du monde, la coexistence pacifique régnait avant que d’autres facteurs ne détruisent l’harmonie : que ce soit un nationalisme exaspéré ou l’appât de gains économiques ou politiques. Il est vrai toutefois que l’harmonie est toujours fragile et qu’elle doit donc être protégée. Mais c’est lorsque les relations sont bonnes, que l’habitude du dialogue doit être entretenue. On pourrait établir un parallèle avec le mariage : si un couple ne prend pas l’habitude de parler ensemble, d’échanger leurs sentiments, leurs espoirs et leurs peurs, le jour où des tensions surgiront, ils ne sauront pas comment les surmonter. Il en va de même dans les relations entre communautés : il est très utile que les responsables aient pris l’habitude de se rencontrer régulièrement pour échanger leurs idées car ils pourront s’adresser facilement l’un à l’autre quand une nécessité surgira.

C’est pour cette raison qu’il me semble que l’on peut considérer le dialogue interreligieux un peu comme une médecine préventive. Il consolide les relations afin qu’elles puissent résister aux virus qui peuvent les assaillir de l’extérieur. C’est ainsi que le fruit de pareil dialogue peut être plus caché qu’apparent. Si vous prenez un vaccin contre la malaria, vous espérez qu’il jouera un rôle préventif à l’égard de la maladie. Il en va de même lorsque des gens sont capables de vivre en paix ensemble : on n’en parle pas. Tout comme ’pas de nouvelle, bonne nouvelle’, on peut considérer aussi que ’bonne nouvelle, pas de nouvelle’ ! Ceci est illustré par ce qui s’est passé après la destruction de la mosquée Babri à Ayodhya. Il y eut des émeutes et des troubles en Inde et ailleurs, mais il y eut un quartier de Mumbai où il ne se passa rien, et cela ne fit pas la une des nouvelles, parce que là les relations entre Hindous et Musulmans étaient suffisamment fortes pour résister aux appels à la haine.

3. Réconciliation

Le dialogue peut-il contribuer à la réconciliation lorsqu’un conflit a éclaté ? Il faut être réaliste. Si le dialogue appartient davantage au domaine de la prévention qu’à la guérison, il ne faut pas trop en attendre quand les relations se sont empoisonnées. Pourtant quand la situation se dégrade, les chefs religieux portent une responsabilité particulière.

( Mgr F. évoque quelques interventions d’instances religieuses dans les conflits actuels).

Pareilles interventions en vue de la réconciliation requièrent beaucoup d’efforts patients et une bonne dose de tact. Il est nécessaire de créer la confiance. Il faut que les gens se sentent à l’aise les uns avec les autres. Il faut souvent faire disparaître à tout un arriéré de souvenirs et d’impressions pénibles. Ce n’est pas sans raison que le pape Jean Paul II, en engageant l’Église Catholique sur la voie de la reconnaissance des torts du passé pour lesquels le pardon de Dieu est nécessaire, a aussi posé l’exigence d’une purification de la mémoire. Pareille révision du passé ne signifie pas que l’on devienne plus laxiste en matière de justice ; elle vise à enlever toute amertume et le désir de vengeance. Son objectif est de rendre possible un nouveau départ.

4. Collaboration

Il y a fort heureusement, dans le monde, beaucoup d’endroits où les religions ne sont pas en conflit et où les gens de confessions différentes peuvent vivre et travailler ensemble. Et cela peut porter le fruit de collaborations, d’actions menées en commun.

(Suivent des exemples de diverses collaborations interreligieuses)

Peut-être serez-vous tentés de m’objecter que pareilles coopérations ne sont pas du dialogue. C’est vrai qu’on peut avoir tendance à abuser du terme ’dialogue’. Mais, si nous réfléchissons un instant, nous réaliserons que toute action menée en commun exige beaucoup de préparation. Il faut définir les objectifs, décider des méthodes, répartir les responsabilités. Tout cela requiert beaucoup de dialogues car il faut tenir compte de sensibilités différentes. Nous savons que nous succombons souvent à la tentation de faire les choses nous-mêmes car cela nous paraît plus facile, et nous voulons nous épargner la peine de discussions préliminaires. Pourtant, c’est payant quand nous prenons la peine de mettre d’autres personnes dans le coup.

Il en va d’ailleurs de même en œcuménisme et dans tous les efforts œcuméniques dans le domaine des relations interreligieuses. Il est souvent tellement plus facile de lancer nos propres initiatives sans tenir compte de ce que font d’autres instances chrétiennes. Sans doute devrions-nous accroître notre instinct œcuménique de sorte que, partout où cela est possible, nous coopérions avec d’autres pour réaliser le projet qui nous tient à coeur.

5. Déclarations communes

Dans le domaine œcuménique, il est d’usage qu’une déclaration commune soit publiée à l’issue des réunions. Que l’on pense par exemple aux documents émanant de l’ARCIC ou à la déclaration des catholiques et luthériens sur la justification. En va-t-il de même dans le dialogue interreligieux ? Sur ce point, il faut prendre en compte la différence entre le but du dialogue œcuménique et celui de membres de traditions religieuses différentes. Quand des chrétiens échangent sur des questions doctrinales, ils recherchent une unité dans la foi. Il peut y avoir certes des traditions divergentes, et elles doivent être respectées, mais l’objectif est de d’arriver à dégager le fond commun qui leur est sous-jacent et à l’exprimer en des formules acceptables par les deux interlocuteurs. Lorsqu’il s’agit du dialogue interreligieux, bien qu’il puisse y avoir accord sur certains points, les différences de croyance seront si grandes qu’on ne pourra espérer atteindre une unité. Entre chrétiens et musulmans, par exemple, il ne pourra jamais y avoir un accord sur la personne de Jésus-Christ : la divinité de Jésus-Christ reste, et restera toujours, un facteur irréductible de division entre nous.

(Suivent des exemples de dialogues en matières doctrinales menés récemment par diverses instances et par le CPDI)

Ainsi qu’il a été dit, les déclarations publiées à l’issue de pareilles rencontres n’équivalent pas nécessairement à des accords doctrinaux, bien qu’elles puissent effectivement comporter un accord sur certains points. Elles visent cependant à obtenir une plus grande clarté dans l’exposé des croyances respectives et à éliminer dès lors des erreurs d’interprétation. Ceci, son tour, fait disparaître bien des préjugés.

Mais les dialogues officiels n’abordent pas seulement des questions doctrinales. En fait, la plupart des réunions organisées par le CPDI ont traité de questions sociales.

(Rappels de plusieurs réunions de ce type sur la dignité humaine, le mariage, la famille, etc.)

Un exemple récent de déclaration multi-religieuse est le Message adressé par les participants à l’Assemblée interreligieuse au Vatican, en octobre 1999. Ce Message affirmait certaines convictions communes à tous et lançait des appels pressants aux responsables religieux, à tous les responsables du monde, quelle que soit leur sphère d’influence, et à tous les participants eux-mêmes. C’était un appel à la conversion et à l’engagement à l’aube du nouveau millénaire.

6. Enrichissement spirituel

Dans la section sur les dispositions et les fruits du dialogue interreligieux, le document Dialogue et Annonce dit : « Tout en gardant intacte leur identité, les chrétiens doivent être prêts à apprendre et à recevoir des autres et à travers eux les valeurs positives de leurs traditions. Par le dialogue, ils peuvent être conduits à vaincre des préjugés invétérés, à réviser des idées préconçues et même parfois à accepter que la compréhension de leur foi soit purifiée » (n°49)

Cette affirmation concerne au premier chef les chrétiens, mais elle pourrait évidemment valoir aussi pour les membres des autres traditions. Une émulation spirituelle peut exister dans les relations interreligieuses autant que dans l’œcuménisme chrétien. Jean-Paul II a affirmé dans Redemptor Hominis (n.6) : « Il arrive parfois que la fermeté de la croyance des membres des religions non-chrétiennes - effet, elle aussi, fruit de l’Esprit de vérité opérant au-delà des frontières visibles du Corps Mystique - devrait faire honte aux chrétiens, si souvent portés à douter des vérités révélées par Dieu et annoncées par l’Église, si enclins à laisser se relâcher les principes de la morale et à ouvrir les portes à une morale permissives ».

Parlant un jour du Carême aux curés de Rome, le Pape leur dit que les musulmans manifestent souvent plus de sérieux dans leur jeûne que les chrétiens.

Nous pouvons apprendre les uns des autres. Les disciplines du zen ou du yoga se sont avérées utiles à beaucoup, encore qu’une certaine prudence soit de mise dans l’adoption ou l’adaptation de pareilles méthodes de méditation. Il est vrai cependant que c’est par le contact avec des méthodes orientales de méditation que la « prière de concentration » (Centering Prayer), déjà prônée par Cassien, a été redécouverte par John Main et ses disciples. Nous trouvons un autre emprunt dans la pratique de la Parole de Vie adoptée par les amis musulmans du mouvement des Focolari.

Un des fruits du dialogue est aussi l’échange qui s’est développé entre moines bouddhistes et chrétiens. La Rencontre de Gethsémani en 1998 en a fourni une illustration remarquable. (…)

Conclusion

Cette ouverture à l’Esprit est à la fois la condition pour atteindre le but final et le fruit ultime du dialogue. Citons encore Dialogue et Annonce (n°40) : « Le dialogue interreligieux ne tend pas simplement à une compréhension mutuelle et à des relations amicales. Il parvient à un niveau beaucoup plus profond, celui-là même de l’esprit, où l’échange et le partage consistent en un témoignage mutuel de ce que chacun croit et une exploration commune des convictions religieuses respectives. Par le dialogue, les chrétiens et les autres sont invités à approfondir les dimensions religieuse de leur engagement et à répondre, avec une sincérité croissante, à l’appel personnel de Dieu et au don gratuit qu’il fait de lui-même, don qui passe toujours, comme notre foi nous le dit, par la médiation de Jésus-Christ et l’œuvre de son Esprit ».

Cette conversion à Dieu, l’orientation du cœur vers Dieu, est - nous le savons bien - un processus continuel, qui n’a pas de fin. Nous sommes tous en route, et en dépit de nos différences, nous pouvons découvrir que nous avons beaucoup en commun. Nous sommes tous engagés dans un pèlerinage, et nous pouvons nous encourager les uns les autres à persévérer dans notre voyage. Nous pouvons soutenus pas l’espoir qu’à la fin des temps, nos différences seront évanouies afin que Dieu soit finalement tout en tous ( 1 Co.15.28).

DIMMID
Commissions pour le Dialogue Interreligieux Monastique
Pierre-François de Béthune
Monastère de Clerlande B-1340 Ottignies Belgique
Tél. : 32 010 42 18 33 - Fax 32 010 41 80 27


http://www.dimmid.org/





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