v. 2.2 (1998/2002)
par Gabriel “Jîvasattha” Bittar, Dr en Sciences
chargé d’enseignement de phylogénétique aux Universités de Genève et Lausanne
intervenant à l’Université Bouddhique Européenne, Paris
cofondateur du Buddhâyatana
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A’niccâ vata san’khârâ
Copyright © 1998-2002 Gabriel Bittar
1. Le témoignage de Sunîta
2. Le Buddha, un pionnier des “droits de l’homme”
3. Les droits découlent des devoirs
4. L’espèce humaine n’a pas l’exclusivité des droits
Assallâyana Sutta (“Sermon à Assallâyana”), Majjhima-Nikâya 93, Sutta-Pitaka
Le très jeune Assallâyana, issu de la plus haute caste et bien éduqué, particulièrement doué dans l’expression verbale, avait, malgré sa réticence, été envoyé par ses pairs brahmanes afin de confronter le Buddha dans les idées subversives de celui-ci en matière de castes. Selon eux, il était impensable que chacun puisse, par ses propres efforts, accéder à la pureté simplement par la pratique de la vertu, car le destin de chacun était prédéterminé par ses origines.
Lors du débat, le Buddha lui montra d’abord qu’en termes de reproduction les femmes des brahmanes n’étaient en rien différentes des femmes des autres castes. Puis il rappella la relativité historique et le caractère changeant des organisations sociales chez les êtres humains, évoquant entre autres les pratiques différentes dans l’État (à l’époque déjà quelque peu hellénisant) de Bactriane (dans l’actuel Afghanistan), où non seulement on ne trouve que deux castes, maîtres et esclaves, mais qu’au surcroît au gré des circonstances des esclaves peuvent s’affranchir et des hommes libres tomber dans l’esclavage. Ensuite le Buddha nota qu’au sein des quatre castes on trouvait des individus menant une vie soit dépravée, soit vertueuse, ou encore des individus pleins de bienveillance et purs. Qu’un feu, même allumé par un hors-caste, était capable de chauffer et d’illuminer aussi bien qu’un feu allumé par un brahmane. Enfin, de même qu’un mulet est le fruit de l’accouplement d’un âne et d’une jument, et n’est ni vraiment un cheval ni vraiment un âne, faudrait-il alors créer une nouvelle catégorie pour les rejetons de couples humains hybrides, par exemple noble-brahmane ?
Enfin, passablement ébranlé, Assallâyana reconnut qu’au sein même des brahmanes, le fait d’être vertueux et de bon caractère était considéré comme plus important que le fait d’être intelligent et studieux… or donc, même si l’on admettait que l’intelligence et l’éducation était supérieure chez les brahmanes, ne venait-on pas de voir qu’il était donné à tous de devenir vertueux et de bonne composition ? La pureté effective se définissant par un état d’esprit et des actes réels, elle était accessible à chacun, en dehors de toute contrainte de caste !
Et pour faire bonne mesure, l’argument final contre toute prétention sociale d’un individu du fait de sa filiation : peut-on vraiment être sûr que la mère brahmine n’a pas eu son enfant du fait d’une relation avec un non-brahmine ? Hmmm ? Et les grand-mères ? Et les arrière-grand-mères ? Et ainsi de suite ? Cela en fait du monde auquel il faut se fier, et l’on est tous d’accord que chez les brahmines aussi il y a des gens peu vertueux…
En définitive tous les arguments des brahmanes étaient des arguments d’autorité, alors même que les sources d’autorité en question étaient vraiment peu fiables. Le Buddha ayant ainsi démontré le caractère invalide et non fiable de la légitimité d’autorité par filiation, Assallâyana, subjugué, demanda alors de devenir un adepte laïque du Buddha, lui dont la communauté avait aboli toutes les barrières sociales.
Sommaire
1. Le témoignage de Sunîta
2. Le Buddha, un pionnier des “droits de l’homme”
3. Les droits découlent des devoirs
4. L’espèce humaine n’a pas l’exclusivité des droits
Copyright © 1998-2002 Gabriel Bittar