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Jacques Bastin

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De l’ american way of life pour tous à la recherche en commun d’alternatives

La crise du développement n’est plus seulement le problème du tiers monde

Par Jacques Bastin

C’EST dans la période de l’après-guerre, en plein essor des trente glorieuses, que sont apparus les concepts de sous-développement et de tiers monde. Alors que s’achevaient les premiers processus de décolonisation, le développement était envisagé comme étant pour l’essentiel un problème de modernisation. En retard sur l’Occident, les sociétés traditionnelles avaient à franchir une succession d’étapes qui constituaient le processus de croissance économique et sociale devant les conduire à l’american way of life.

Pour ce faire, deux priorités étaient mises en avant : l’assistance technique pour transmettre le savoir faire de la modernisation et l’injection de capital pour la financer. Les ong en activité à l’époque, parmi lesquelles beaucoup d’organisations missionnaires, attirèrent l’attention du public sur la vie difficile des populations les plus défavorisées du Sud, sollicitant son aide pour améliorer leur situation. Par cette approche typiquement caritative, les activités de sensibilisation du public avaient pour but premier la récolte de fonds, ce qui correspondait bien au modèle de développement à la mode : injecter de l’aide était la réponse adéquate à l’amélioration de la situation des groupes les plus pauvres. Ces campagnes de sensibilisation ressemblaient plus à une information sur le sous-développement qu’à une réelle éducation pour le développement 1.

Simultanément, dans les années soixante et septante, caractérisées par une forte agitation sociale et intellectuelle, les mouvements sociaux au Nord portent une grande attention aux mouvements de libération du tiers monde. Le paradigme occidental de la modernité est contesté par la thèse de la dépendance, qui voit le jour en plusieurs endroits du tiers monde. Elle affirme que le sous-développement ne constitue en rien un retard, mais qu’il est au contraire la conséquence de l’exploitation et de la domination des pays de la périphérie par les pays —dits développés— du centre.

Ses partisans dénoncent un système où le développement de quelques-uns se construit sur le dos du sous-développement des autres.

De nouvelles thématiques deviennent pertinentes, telles la croissance démographique, l’aggravation de la pauvreté et de la marginalité dans le tiers monde et la détérioration de l’environnement. L’éducation au développement va accompagner cette évolution. Les ong passent à une conception plus critique de leur pratique éducative, basée sur l’analyse des causes structurelles du sous-développement, des relations inégales entre les pays du Nord et du Sud, mettant en valeur les responsabilités du Nord et le caractère injuste de l’ordre international. C’est à ce moment que se généralise le terme même d’éducation au développement.

Dans les années quatre-vingt, le scénario de l’éducation au développement se complexifie. Alors que redoublent d’intensité la tension Est-Ouest et les conflits régionaux ( Moyen orient, Afrique australe, Amérique centrale ), naît un puissant mouvement pacifiste, qui a impulsé ce qu’on appela une éducation à la paix. Par ailleurs, le triomphe à l’Occident de l’idéologie libérale de Reagan et de Thatcher va conduire à la crise de la dette du tiers monde et aux programmes d’ajustement structurel du FMI, politique opposée à l’idée d’un développement autocentré, équitable et équilibré prôné par les ong. Il s’agit de réintégrer coûte que coûte les économies du Sud dans le marché international, quelle que soit la facture sociale. Une nouvelle façon d’envisager le développement est alors proposée : le développement humain, qui ne se mesure plus seulement par des indicateurs économiques conventionnels mais plutôt par son impact réel sur la vie des personnes.

Crise du développement

Au début des années nonante, la crise du développement n’est plus seulement le problème du tiers monde. Conséquence de la mondialisation du modèle néolibéral, pendant que les systèmes centralisés achèvent de s’effondrer à l’Est, les pays occidentaux entrent à leur tour dans une profonde crise sociale et politique, caractérisée, entre autres, par l’accroissement du chômage et de la pauvreté, et par la montée du racisme et de la xénophobie. Rares sont ceux qui prétendent avoir encore une vision incontestable du développement, ni dans le tiers ni dans le premier monde. Beaucoup d’organisations assument déjà le fait que l’éducation au développement ne peut éviter de questionner le modèle de développement du Nord.

L’éducation au développement entre ainsi dans le champ politique, avec des campagnes de lobbying et de pression sur diverses instances de décisions politiques. Ses grandes thématiques sont liées aux problèmes environnementaux, aux crises de la dette, à l’armement et aux conflits, aux flux migratoires et à l’interculturel, à la situation des enfants et des femmes dans le développement.

Le cas du Portugal

Ce cheminement de l’éducation au développement, très liée au système de l’aide et de la coopération, est typique aux pays du centre et du nord de l’Union européenne. Des expériences différentes ont eu lieu. Un cas notable est celui du Portugal, où l’éducation au développement s’est inscrite à la suite de la lutte contre le fascisme et le colonialisme dans les années septante, plutôt que dans des campagnes caritatives et de récolte de fonds. Le travail d’éducation y est issu d’une relation de solidarité entre organisations du Sud et du Nord luttant pour un objectif commun, la libération d’une oppression qui maintenait il est vrai les deux pôles dans un état de sous développement, plutôt que d’une relation d’aide.

Voilà qui peut paraître exemplaire des chemins que l’éducation au développement doit aujourd’hui explorer, ceux de la solidarité contre les effets d’un modèle marchand dominant, pour la recherche en commun d’alternatives.

Le moment est sans doute venu d’affranchir l’éducation au développement du système de l’aide, de la coopération au développement surtout telle qu’elle se manifeste aujourd’hui le plus couramment : l’aide humanitaire d’urgence dont les campagnes d’information et de publicité ont pour but majeur de réunir des moyens financiers. Si elles atteignent cet objectif avec efficacité, elles n’en constituent pas moins souvent un véritable recul pour l’éducation du public. Comme au bon temps du modèle de la modernisation, on fait systématiquement appel à la pitié et à la charité. Les sans frontières de tout poil partent sauver l’humanité grâce aux généreux dons d’un public à la conscience tranquillisée. La réflexion sur les causes de ces situations d’urgence, sur les enjeux des guerres et des conflits qui parsèment le monde, sur les responsabilités individuelles et collectives passe au second plan.

Une place à prendre

L’éducation au développement a une place à prendre au sein des autres modèles éducatifs. Il s’agit d’insérer la problématique du développement, de l’interdépendance et de la nécessaire solidarité entre le Sud et le Nord dans les écoles et les universités, dans les médias, dans les mouvements d’éducation permanente, dans les syndicats. L’éducation au développement verra sa tâche amplifiée dans la lutte pour un monde plus juste, pour un développement équilibré, soutenable et équitable, entre le Sud et le Nord, au Sud comme au Nord ; dans le combat contre les idéologies racistes et xénophobes, contre les nationalismes et les ethnismes qui gagnent du terrain partout sur la planète.

Les rôles ne sont plus ainsi figés entre des organisations qui au Sud se consacrent à la mise en œuvre d’actions de développement, et celles qui au Nord s’occupent d’éducation, de réflexion et de rechercher des moyens. Dans les pays du tiers monde, de nombreuses organisations réfléchissent sur la construction d’une société démocratique et sur les politiques de développement. Elles s’adonnent à un important travail d’éducation et de conscientisation tant parmi les populations qu’auprès des dirigeants et décideurs politiques, tant sur le plan national, que régional et international. Et au Nord, tout aussi nombreux sont les associations, les groupements qui, sur le terrain, luttent contre l’exclusion sociale, la pauvreté, l’intolérance et la dégradation de l’environnement.

L’éducation au développement a vocation d’associer ces mouvements du Sud et du Nord, de provoquer des échanges et de susciter une réflexion commune sur les mécanismes particuliers, interdépendants et semblables qui sont à la base des situations contre lesquelles ils luttent, pour tenter, ensemble, de trouver des réponses globales à mettre en œuvre solidairement •.

Jacques Bastin est secrétaire général d’iteco

1 Sur les modèles de développement, voir l’article de Guy Bajoit Pourquoi les richesses du monde sont-elles si inégalement réparties ?, dans la série Outils pédagogiques d’Antipodes, réédition d’octobre 1997

1999

Iteco
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