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Danses tibétaines interdites à Katmandou par les Chinois

Takho, notre correspondante à Katmandou, nous fait part de son inquiétude à propos de danses tibétaines récemment interdites à Katmandou par les Chinois.

Par Sofia Stril-Rever

Takho, notre correspondante à Katmandou, nous fait part de son inquiétude à propos de danses tibétaines récemment interdites à Katmandou par les Chinois. Elle se demande ce qu’il en est de la situation des Tibétains au Tibet si les Chinois arrivent à réprimer les Tibétains, même à l’extérieur du Tibet.

Je voudrais vous parler de Rinchen Nortso, une femme particulièrement courageuse, qui a beaucoup donné d’elle-même pour sa patrie, le Tibet.

Rinchen Nortso avait été élue à la tête de l’association des Femmes de Manju Katila à Delhi. Elle en assuré le leadership de 1997 à 1999, sans ménager ses efforts. Afin de faire reconnaître cette association, elle lui fit plusieurs dons importants. Notamment, pour célébrer le cinquantième anniversaire de l’intronisation de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, elle décida de créer une association tibétaine pour la préservation des arts traditionnels qu’elle appela d’un nom de l’Amdo AKU PEMA.

Les buts de l’association AKU PEMA sont premièrement de conserver notre culture et nos traditions. Deuxièmement, de donner une chance à l’intégration de jeunes tibétains de l’Amdo qui sont sans travail et n’ont pas de formation, en les employant au sein de l’association. Troisièmement, de créer un centre d’intérêt culturel où peuvent se retrouver les Tibétains eux-mêmes et aussi les Occidentaux.

Sous l’impulsion de Rinchen Nortso, vingt-cinq jeunes artistes se sont donc entraînés pendant une année entière et ils sont allés à Dharamsala pour donner leur spectacle, à l’occasion de l’anniversaire de notre chef spirituel, le XIV° Dalaï-Lama. Ce spectacle fut particulièrement apprécié de Sa Sainteté qui les encouragea si vivement à poursuivre que les artistes décidèrent de donner un second spectacle de danses et de chants traditionnels tibétains au Népal.

Ils louèrent donc une salle à Katmandou et vendirent 600 billets de 100 roupies. C’est alors qu’il se produisit quelque chose de très triste. Des officiels chinois ordonnèrent aux autorités népalaises d’interdire la représentation. L’association fit l’impossible pour obtenir la permission de donner quand même le spectacle. Ils passèrent dix-sept jours à Katmandou, s’efforçant de saisir la moindre chance. Mais ils durent se rendre à l’évidence et annuler leur spectacle. Les Tibétains sont bien sûr reconnaissants au gouvernement népalais qui nous accueille dans son pays depuis 40 ans, depuis le début de notre exil. Mais cela nous inquiète de constater la force des officiels chinois et les pressions qu’ils peuvent exercer sur les autorités népalaises.

Il y avait le problème des billets vendus à l’avance. Quelques-uns sont venus réclamer le remboursement, mais les Tibétains, en grande majorité, au lieu de réclamer de l’argent, ont fait des dons aux acteurs. Le jour de leur départ, ils les ont invités pour leur offrir un repas d’adieu.

Telles sont les nouvelles alarmantes que j’ai voulu vous transmettre du Népal. Que va-t-il advenir de nous si, désormais, les Chinois sont assez puissants pour nous imposer leur loi, même en dehors des frontières de notre pays, le Tibet ? S’ils ont le pouvoir de nous empêcher de maintenir nos traditions ? Et constater qu’ils sont si forts à l’extérieur, ne nous donne rien de bon à espérer pour la situation à l’intérieur du Tibet. Je n’ai pas besoin d’en dire plus, essayez seulement de vous représenter la situation de mes frères et de mes sœurs à l’intérieur de notre pays, le Tibet !

Takho, votre petite Tibétaine qui vous aime pour toujours !

Février 2001


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