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Raimon Panikkar

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Culture et interculturalité

Par Raimon Panikkar

Ce texte a été élaboré par l’auteur pour animer la discussion " Cultures et dialogue interculturel " du Forum Universel des Cultures 2004 (voir l’article).

1. Nous entendons par culture le mythe englobant d’une société à un point donné du temps et de l’espace.

Le mythe est cet horizon d’intelligibilité où toutes nos perceptions de la réalité prennent sens. Le mythe nous offre le cadre dans lequel s’inscrit notre vision du monde ; il permet et conditionne toute interprétation de la réalité. Ainsi, nous ne sommes pas pleinement conscients de notre propre mythe, des croyances sur lesquelles se fonde la construction d’une cosmovision précise. Nous ne devenons conscients de notre propre mythe que lorsqu’un autre nous le montre ou quand nous l’avons déjà abandonné, même partiellement.

2. La culture ne peut être objectivée.

C’est en participant à son mythe qu’il est possible d’approcher et connaître une culture donnée. Chaque culture est une galaxie comprenant une expérience et une perception du monde d’où émerge sa propre compréhension, qui lui donne son originalité et qui déterminent ce qui est significatif pour une collectivité : les critères de vérité, de bonté et de beauté, ainsi que les limites du monde et la façon d’y être.

3. On peut distinguer entre nature et culture, mais elles sont inséparables dans l’être humain.

La culture est la manière par laquelle s’exprime la nature humaine. L’homme est un être naturellement culturel. La culture est le terrain sur lequel nous avançons consciemment vers notre destin, vers une expérience pleine de la vie. Tout être humain existe et se réalise dans une culture donnée.

4. Les cultures sont mutuellement incommensurables.

Comme nous faisons tous partie d’une culture au moins, il ne saurait exister de point de vue extérieur ’neutre’ à partir duquel évaluer ou juger une autre culture ; nous sommes dans tous les cas dépendants du langage et des critères de vérité de notre propre culture. En conséquence, il est impossible d’établir une hiérarchie entre les cultures ou de prétendre que les valeurs d’une culture peuvent s’appliquer toujours aux autres cultures ; c’est dire qu’il est impossible d’absolutiser ou d’universaliser ses propres valeurs. Nous pouvons seulement parler d’invariants humains, c’est-à-dire des réalités propres à toute l’humanité, tel que penser, parler, croire, aimer... que chaque culture interprète néanmoins de façon différente et spécifique.

5. Les cultures ne sont pas du folklore et ne peuvent pas être réduites à des manières incidentes de considérer et de vivre sa vie.

Elles ne sont pas non plus des espèces d’un genre "culture universelle" qui inclurait tous les peuples et toutes les époques. Toutefois, il y a quelques valeurs transculturelles à des moments précis de l’histoire tel que, par exemple, des normes éthiques pour la paix, la justice et l’harmonie sociale.

6. Chaque culture a ses valeurs propres qu’il est impossible d’absolutiser.

Toutes les valeurs sont relatives, mais ceci n’implique pas le relativisme. Le relativisme détruit toute possibilité de croire en quelque chose. Par contre, la relativité nous dit que chaque cosmovision et chaque affirmation sont relatives à leur contexte. Personne ne possède une vision complète et absolue de la réalité qui, loin de ne pas avoir de valeur, est constituée par la trame indivisible des dimensions cosmique, divine et humaine. Chaque être humain, et de façon analogue chaque culture, est un nœud de cette trame ou, si l’on préfère, un centre de la réalité ayant une valeur intrinsèque tout à fait unique. La relativité culturelle nous enseigne le message de l’importance cruciale de chaque culture et de chaque être. En même temps, elle rend évidente l’impossibilité de les absolutiser.

7. La croyance dans l’universalité de ses propres contenus culturels est l’essence même du mono-culturalisme qui mène directement au colonialisme.

Les cultures sont incommensurables mais elles ne sont pas incommunicables entre elles, ce qui serait un solipsisme. L’interculturalité se trouve à mi-chemin entre l’absolutisation d’une culture et l’incommunicabilité absolue entre elles.

8. L’interculturalité nous décrit la situation dynamique d’un être humain qui, conscient de l’existence d’autres personnes, valeurs et cultures, sait qu’il ne peut pas s’isoler.

Le dialogue interculturel est un impératif pour notre monde actuel. L’interculturalité découle de la conscience des limites de chaque culture et de la relativisation de tout ce qui est humain. Elle se manifeste en tant que caractéristique intrinsèquement humaine et donc aussi culturelle.

9. Toutes les cultures sont le résultat d’une permanente fécondation mutuelle.

Les cultures, telle la réalité, ne sont pas statiques : elles se trouvent dans un processus continu de transformation. Le dialogue entre les cultures, ainsi que la tâche philosophique d’essayer de devenir conscient de son propre mythe, de le questionner et le transformer, et de chercher des équivalences entre différents discours culturels, constituent le processus par lequel chaque personne humaine et chaque culture coopèrent au destin de l’humanité et de l’univers qui, en grande partie, repose entre nos mains. Il est donc question ici de dignité et de responsabilité humaines.

Raimon Panikkar

L’auteur, né à Barcelone en 1918, de mère catalane et de père hindou, est philosophe et théologien. Professeur émérite de l’Université de Santa Barbara en Californie, il réside actuellement à Tavertet (Catalogne, Espagne). Il est auteur de plusieurs livres et articles qui portent sur le dialogue interreligieux et interculturel.

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