BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter CD - Le chant des Dakinis

Même rubrique

Vous connaître vous-même, c’est vous oublier - Pema Chödrön
Quelques mots encore... - Ajahn Chah
Atteindre l’Eveil - Yangtsé Rinpoché
Le maître - Ajahn Chah
DALAI-LAMA Mon autobiographie spirituelle -
La pratique du Bouddha de Guérison - Lama Zopa Rinpoché
Une immense responsabilité : prendre le voeu de bodhisattva - Chogyam Trungpa Rimpoche
Autres textes
« Mes trois engagements de vie. » - Sa Sainteté le Dalaï Lama
Le feu libérateur (1) : tout commence par la pensée - Pierre Lévy
Entre Tibet et Népal, en hiver le passage de la frontière - Takho
Yoga bouddhique - Lama Shérab Namdreul
La méditation bouddhique - Charles Genoud
Combattre le stress - Marie-Pierre Bécas
Le mur de la prison d’en face - Cecile Duflot
Sa Sainteté le Dalaï Lama

Attentat de New York par Sa Sainteté le Dalaï Lama
Brève présentation du bouddhisme par Sa Sainteté le Dalaï Lama
Cheminer vers l’Éveil : Trouver refuge. par Sa Sainteté le Dalaï Lama
Clairvoyance et prescience par Sa Sainteté le Dalaï Lama
Comment Pratiquer : Trois manières de pratiquer. par Sa Sainteté le Dalaï Lama
Communauté globale et nécessité de la responsabilité universelle par Sa Sainteté le Dalaï Lama
Conseil du Coeur par Sa Sainteté le Dalaï Lama

Bookmark and Share
- imprimer

> Bouddhisme > Enseignements


Cultiver la compassion

Par Sa Sainteté le Dalaï Lama

Cultiver la compassion

Avant de cultiver l’amour et la compassion, il importe de bien comprendre ce que recouvrent ces deux termes. Dans la tradition bouddhiste, on les considère comme deux aspects d’un même sentiment de bienveillance : l’amour est le désir que tous les êtres soient heureux, et la compassion, le souhait qu’ils soient libérés de la souffrance.

Ensuite, il faut se demander s’il est possible de cultiver l’amour et la compassion tout en ayant de moins en moins de colère, de haine et de jalousie. À cela je réponds oui sans hésiter Même si, pour le moment, vous n’êtes pas de mon avis, je vous demande de rester ouverts à cette possibilité. Livrons-nous ensemble à quelques réflexions : peut-être trouverons-nous des réponses.

Tous les bonheurs et toutes les souffrances peuvent se ramener à deux catégories : celle l’esprit ou celle du corps. Pour la plupart d’entre nous, c’est l’esprit qui joue un rôle le plus déterminant dans les sensations de bien-être et de mal-être. En comparaison, le rôle que joue la condition physique est secondaire, sauf si nous sommes gravement malades ou dans le dénuement total. En revanche, l’esprit peut être affecté par les évènements les plus insignifiants. Il est donc normal de faire davantage d’efforts pour apaiser son esprit que pour s’assurer le confort physique.

Il est possible de changer son esprit

Malgré mon expérience limitée, je suis convaincu qu’avec un entraînement régulier il est tout à fait possible de transformer son esprit dans un sens positif, en cultivant les pensées, les attitudes et les tendances qui sont bénéfiques à nous-mêmes et aux autres, et en réduisant celles qui sont nuisibles.

Ce qu’on appelle « esprit » est un phénomène très curieux. Parfois rigide et réfractaire à tout changement, il peut aussi devenir très souple pourvu qu’on fasse de constants efforts pour le transformer et que l’on se convainque, par la réflexion, que ce changement est non seulement possible mais indispensable. Il ne suffit pas, pour cela, de faire des vœux ou de faire des prières. Il faut que la raison intervienne en s’appuyant sur l’expérience. On ne doit pas non plus s’attendre à ce que cette transformation s’opère du jour au lendemain, car nos vieilles habitudes résistent à toute solution rapide.


Comment cultiver la compassion

L’égocentrisme, qui nous touche tous à différent degrés, nous empêche d’éprouver pour les autres de l’amour et de la compassion. Or, pour être vraiment heureux, il faut avoir l’esprit pacifié, et la paix de l’esprit ne s’installe en soi que par le biais de l’amour altruiste. Bien sûr, pour cultiver la compassion il ne suffit pas de croire à ses bienfaits ni de s’extasier sur la beauté de ce sentiment. Il faut faire des efforts et profiter de toutes les circonstances quotidiennes pour modifier nos pensées et notre comportement.

Il faut savoir précisément ce que es mots veulent vraiment dire. D’ordinaire, l’amour et la compassion sont mêlés de désir et d’attachement. L’amour que les parents portent à leurs enfants, par exemple, est partial et limité par rapport à l’amour inconditionnel dont parle le Bouddha.

De même, le sentiment amoureux correspond généralement plus à de l’attachement fondé sur des projections mentales et des fantasmes qu’au véritable amour altruisme. La meilleure preuve en est que dès que ces projections changent, ce sentiment disparaît et se transforme parfois en son contraire. Le désir peut être si fort que l’être auquel nous sommes attachés nous apparaît dépourvu de tout défaut, même s’il en a en vérité beaucoup, et nous pousse à exagérer ses qualités. De telles distorsions de la réalité sont autant de signes que notre amour est davantage motivé par des besoins personnels que par un réel souci de l’autre.

Il est possible d’éprouver un amour dépourvu de partialité. Celui-ci ne doit pas naître d’une simple réaction émotionnelle, il doit s’appuyer sur une réflexion et aboutir à un engagement ferme. Il ne dépend pas non plus de la façon dont les autres nous traitent. L’objectif du pratiquant bouddhiste est de cultiver cet amour en souhaitant sincèrement le bonheur de tous les êtres de l’univers. Ce n’est évidemment pas facile.

Raisonnons donc ainsi. Que les autres soient beaux ou laids, bienveillant ou cruels, ce sont des êtres sensibles comme nous. Et, comme nous, ils veulent être heureux et ne pas souffrir, ce à quoi ils ont droits au même titre que nous. En reconnaissant que tous les êtres sont égaux dans leur aspiration et leur droit au bonheur, on éprouve à leur égard un sentiment d’empathie qui nous rapproche d’eux. En s’accoutumant à cet altruisme impartial, on finit par éprouver un sentiment de responsabilité universelle.

Je sais que certains se disent : « Souhaiter que tous les êtres soient heureux est irréaliste. » Ils pensent qu’il est plus efficace de commencer par les êtres avec lesquels on a un lien direct, puis d’élargir peu à peu ce cercle, et qu’il est vain de penser à la totalité des êtres puisque leur nombre est illimité.

Dans d’autres contextes, cette objection aurait une certaine pertinence, mais comme notre but est d’étendre notre bienveillance à toutes les formes de vie qui ressentent le bien-être et la souffrance, cet amour universel est déjà très puissant en soi, et il n’est pas nécessaire de s’identifier à chacun des êtres pour le rendre efficace.

Avec du temps et de la patience, nous pouvons devenir capables d’éprouver un tel amour universel. Évidemment, notre égocentrisme et, plus profondément, notre croyance en un moi existant comme entité autonome, feront tout pour nous en dissuader. L’amour inconditionnel n’est de fait possible que lorsque ce concept d’un moi indépendant s’est évanoui. Cela ne nous empêche pas de commencer tout de suite, à notre niveau, et peu à peu de progresser.

Par où commencer ?

Il faut commencer par s’attaquer à la colère et à la haine, qui sont les plus grands obstacles à l’amour altruiste. Comme nous le savons tous, ces émotions extrêmement puissantes peuvent mettre notre esprit sans dessus dessous. Si nous ne les maîtrisons pas, elles empoisonnent toute notre existence et nous empêchent de goûter au bonheur d’aimer tous les autres.

Si vous êtes de ceux qui ne considèrent pas la colère comme une émotion négative et que, dans certaines situations qui vous exaspèrent, un excès de colère semble vous procurer un regain d’assurance et d’énergie, examinez attentivement dans quel état se trouve votre esprit dans ces moments-là. L’énergie que vous apporte la colère est une énergie aveugle. Vous ne pouvez pas savoir avec certitude quels effets, positifs ou négatifs, elle produira en fin de compte. Lorsqu’on s’emporte, on se ferme l’accès à la part rationnelle du cerveau. L’énergie de la colère est donc rarement fiable et peut nous conduire à des comportements néfastes qui sont parfois extrêmement destructeurs. Lorsqu’elle atteint une certaine intensité, elle nous fait perdre toute raison et nous pouvons alors faire du mal non seulement aux autres mais à nous-mêmes.

Pour gérer les situations difficiles, nous disposons heureusement d’une énergie aussi puissante que celle de la colère, mais cette fois contrôlable, car elle prend sa source dans ses antidotes les plus efficaces : la bienveillance, la raison et la patience. On interprète souvent la modération que ces qualités engendrent comme une preuve de faiblesse. Pour ma part, je crois qu’il s’agit, au contraire, d’une véritable force intérieure. La compassion est certes bienveillante et pacifique par nature, mais elle procure un grand pouvoir, alors que ceux qui perdent facilement patience sont instables et ne sont pas sûrs d’eux. Je pense que c’est le fait de donner libre cours à la colère qui est une marque évidente de faiblesse.

Quand un conflit surgit, essayer de rester humbles et de chercher sincèrement une solution équitable. Certains chercheront à profiter de vous, ou votre détachement provoquera peut-être une réaction d’agressivité. Adoptez alors une attitude ferme, sans toutefois vous départir de la compassion, et si, pour faire valoir votre position, vous devez prendre des mesures fortes, faites-le sans colère ni malveillance.

Comprenez en fait que, même si vos adversaires semblent vous causer du tort, au bout du compte ils se font surtout du mal à eux-mêmes. Pour contrôler le réflexe égoïste et instinctif qui consiste à riposter, rappelez-vous que vous essayez de pratiquer la compassion et d’aider les autres à ne pas souffrir des conséquences de leurs actes. Si les mesures que vous adoptez ont été choisies avec calme, elles n’en seront que plus efficaces, puissantes et adaptées à la situation.

Amis et ennemis

Ceux qui nous créent ces difficultés, ce ne sont en général pas nos amis, mais nos ennemis. Si nous voulons vraiment apprendre quelque chose, nous devons considérer nos ennemis comme les meilleurs maîtres qu’il nous soit possible de trouver. La pratique de la patience est en effet essentielle pour cultiver l’amour et la compassion. Or, on ne peut effectuer cette pratique si l’on n’a pas d’ennemis. Ces derniers méritent donc notre reconnaissance, puisque que se sont eux qui, en fin de compte, contribuent le plus à la paix de notre esprit. Ajoutons qu’il est fréquent de voir, dans notre vie personnelle et autour de nous, des ennemis devenir des amis au gré des circonstances.

Il est bien sûr naturel de vouloir s’entourer d’amis, mais il ne semble pas que l’amitié naisse de l’agressivité, de la colère, de la jalousie ou de la compétition effrénée. La meilleure manière de se faire des amis, c’est d’être bienveillant à l’égard des autres. Prenez donc véritablement soin des autres, préoccupez-vous de leur bien-être, aidez-les, servez-les, faites-vous ainsi plus d’amis et suscitez plus de sourires. Que vous rapportera cette attitude ? Beaucoup de soutien lorsque vous en aurez besoin. En revanche, si vous négligez le bonheur d’autrui, à long terme c’est vous qui serez les perdants.

J’adore le rire, mais il y a différentes sortes de rires. Il y a les rires artificiels, sarcastiques, diplomatiques, hypocrites. Ceux-là provoquent la suspicion, et même la peur, n’est-ce pas ? Le rire sincère, au contraire, engendre une impression de fraîcheur qui, selon moi, est le propre des êtres humains.

Vaincre l’ennemi intérieur

La colère et la haine sont nos véritables et constants ennemis. Ce sont elles, et non pas nos adversaires occasionnels, que nous devons combattre et vaincre. Tant que nous n’aurons pas entraîné notre esprit à affaiblir leur pouvoir nuisible, ces émotions continueront à nous perturber et à réduire à néant tous nos efforts de paix intérieure.

Pour éliminer le potentiel destructeur de la colère et de la haine, il faut comprendre que celles-ci prennent leur source dans la recherche du bien-être personnel au détriment de celui d’autrui. Cet égocentrisme n’est pas seulement à l’origine de la colère, il est aussi la cause profonde de tous nos tourments. Comme il s’appuie sur une perception trompeuse qui ne nous permet pas de saisir la véritable nature des choses, celui qui aspire à cultiver l’amour et la compassion doit bien comprendre le caractère illusoire de cet ennemi intérieur et la façon dont il produit immanquablement ses effets pervers.

Pour cela, il faut d’abord apprendre à connaître son esprit. En accordant une grande attention à l’étude de son fonctionnement et en l’observant de façon quasi scientifique, on découvre une multitude d’états mentaux qui diffèrent selon l’objet que l’on perçoit, le mode de perception, l’intensité de cette perception, etc. Il faut ensuite distinguer, parmi tous ces états, ceux qui sont utiles et bénéfiques, dont il faudra favoriser la présence, de ceux qui sont causes de difficultés et de souffrances, qu’il faudra trouver un moyen d’éliminer. Cette analyse devrait être la pratique essentielle du pratiquant bouddhiste.

Les écrits bouddhistes parlent de 84 000 types de pensées nuisibles auxquelles correspondent 84 000 méthodes, ou antidotes, enseignées par le Bouddha. Il ne faut donc pas s’attendre à trouver, comme par enchantement, la solution miracle qui délivrera notre esprit de toutes les forces perturbatrices. Avant d’obtenir des résultats probants, il est nécessaire d’appliquer des méthodes qui peuvent être nombreuses et variées, et de faire preuve de patience et de détermination. Ne vous attendez pas à atteindre l’Éveil dès vos premiers pas sur la voie du Dharma !

Les enseignements bouddhistes sur l’amour et a compassion utilisent souvent des aphorismes comme : « Ne vous souciez pas de votre propre bien-être mais privilégiez celui d’autrui. » Ces formules peuvent parfois nous faire peur, mais il faut les replacer dans leur contexte, celui d’un entraînement dont le but est de nous apprendre à être sincèrement concernés par la souffrance des autres.

Avant de vouloir prendre soin des d’autrui, il faut d’abord être capable de s’aimer soi-même. L’amour de soi ne s’appuie pas sur un sentiment de dette personnelle dont nous serions redevables envers nous-mêmes, mais simplement sur le fait que, par nature, nous aspirons tous à être heureux et à ne pas souffrir. Ce n’est qu’après avoir accepté cette bienveillance à l’égard de soi qu’il est possible de l’étendre à tous les autres.

L’impartialité

Puisque l’authentique compassion est forcément universelle et impartiale, pour y parvenir il faut commencer par cultiver l’impartialité envers tous les êtres. Selon le bouddhisme, ceux que nous considérons comme des amis ou des parents dans cette vie ont pu être nos pires ennemi8s dans une vie précédente. Le même raisonnement peut s’appliquer à ceux que nous tenons actuellement pour des ennemis. Même s’ils nous font beaucoup de tort, ils ont pu être nos meilleurs amis, voire notre mère, dans des vies passées. En réfléchissant au caractère fluctuant et permutable de nos relations, qui fait que chaque être peut tour à tour se manifester comme ami ou un ennemi, on apprend à envisager les choses d’un point de vue plus impartial.

Cet entraînement mental exige un certain détachement, mais encore faut-il comprendre le sens de ce terme. Certains pensent que le détachement bouddhiste est synonyme d’indifférence. Or, c’est faux. Il consiste simplement à prendre des distances avec les considérations superficielles qui déterminent tel être comme ami et autre comme ennemi, et avec toutes les émotions qui en découlent. Ce type de détachement est en fait le contraire de l’indifférence aux autres, car c’est le terrain sur lequel se bâtit l’authentique compassion, celle que l’on éprouve impartialement pour tous les êtres.

Source :
Espace Facebook "Bouddha Bouddhisme Enseignements "
http://www.facebook.com/Bouddha.Bouddhisme.Enseignements






Buddhaline

E-mail:
Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard



Cabinet Freling