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Construction européenne et ouverture au Sud

C’est longtemps la polarité Est-Ouest qui a dominé l’horizon international de l’Europe. Mais depuis la chute du mur de Berlin, la polarité Nord-Sud est passée au premier plan.

Par Jean Chesneaux

C’est longtemps la polarité Est-Ouest qui a dominé l’horizon international de l’Europe, au point que celle-ci s’en était trouvée cassée en deux blocs dressés l’un contre l’autre. Mais depuis la chute du mur de Berlin, la polarité Nord-Sud est passée au premier plan. À savoir l’opposition entre d’un côté les pays à développement économique avancé et à niveau de vie élevé, donc le Nord au sens politique du terme (Australie comprise...). Et de l’autre côté le Sud, les sociétés et les peuples qui restent en arrière, sous-développés ou plutôt "dé-développés" car le fossé se creuse entre Nord et Sud, tous les chiffres le montrent. En Amérique latine, en Asie, en Afrique, un milliard d’êtres humains tentent de survivre en-dessous du seuil de pauvreté absolue. L’existence de petits noyaux à la fortune insolente, ainsi à Bombay, Abidjan ou São Paulo, ne fait que souligner la misère croissante de l’ensemble du Sud.

Le Sud a donc pris la place du "tiers-monde", et ce n’est pas qu’une question de vocabulaire. L’ex-tiers-monde existait comme "numéro 3", par rapport aux premier et second mondes dont le conflit s’étendait à la Terre entière ; cette situation triangulaire lui assurait un certain espace de manœuvre. Mais le Sud est désormais seul face au Nord, il est plutôt aux pieds du Nord, sans autre issue.

La vraie question d’avenir pour l’Europe en construction, c’est de définir à l’échelle de la planète ses priorités stratégiques  ; dans la situation présente de "mondialisation", elle ne peut s’y dérober. Et plus précisément, quel niveau d’attention l’Europe peut-elle accorder aux désastres du Sud, à la fois comme vision politique et comme mesures pratiques ? Ou bien, en sens inverse, l’Europe en construction n’identifie-t-elle son avenir qu’au seul "système nordiste" ?

Le système nordiste est triangulaire lui aussi, mais selon une logique de puissance financière, très différente de la géopolitique politico-militaire des années 50-80. Le Nord est en effet structuré aujourd’hui en trois grand pôles économiques : l’Europe, l’Amérique du Nord autour des États-Unis, l’Asie orientale autour du Japon. Pour l’Europe en construction, la "tentation nordiste" consisterait à tout ramener à sa relation avec les deux autres pôles du Nord, en fait à une double relation de compétition acharnée et de partenariat privilégié. C’est ainsi que pensent et qu’agissent les "eurocrates" de Bruxelles ; cette vocation nordiste de l’Europe leur paraît aller de soi. Un détail est lourd de symbolique : les deux petits chevrons qui barrent le sigle du nouvel "euro" sont comme la réplique visuelle des deux petits traits verticaux du sigle "dollar", et des deux petites barres horizontales du sigle "yen". Le double message graphique est parfaitement clair : un, on est entre gens du même monde ; deux, du fait de son unité, l’Europe pèsera plus lourd dans ce jeu à trois, et le reste du monde n’a qu’à baisser la tête (...).

Des trois pôles nordistes, c’est l’Europe qui, de par son histoire, dispose de la plus large expérience du Sud et offre aujourd’hui le meilleur niveau de conscientisation des problèmes du Sud. C’est à l’Europe de prendre les devants, pour une politique hardie et novatrice en direction du Sud. Seulement à ce prix, nous serons une "Europe des hommes dans le monde" (supplément des Idées en mouvement, septembre 1998) : belle formule dont il est urgent de creuser le contenu...

Un état des lieux s’impose, qui dépasse le cadre de cet article. Les initiatives existantes sont très diverses. Les programmes européens proprement dits, ainsi les "Accords de Lomé" au bénéfice des pays "ACP" (Afrique, Caraïbe, Pacifique). Les aides bilatérales ou multilatérales versées par les divers États (Ainsi la France en Afrique noire). Les projets "de terrain" des ONG tout autant, qui assurent une présence souple et décentralisée de la société civile. Ces innombrables initiatives citoyennes au bénéfice du Sud sont un bon indicateur, de la force des motivations à la fois politiques et morales des peuples de l’Union européenne, des jeunes aux retraités, de la Méditerranée à la Scandinavie, et la France tient son rang.

Mais trois gros handicaps interviennent, pour réduire le champ déjà bien insuffisant de ces initiatives. Un, le "siphonnage" par les firmes, agences et autres structures-relais, qui prélèvent au passage une part indue de l’aide ; sans oublier ce que retiennent aussi les couches dirigeantes des États du Sud, souvent avides et corrompues. Deux, le recul des politiques d’État au Nord : l’aide attribuée au Sud par les pays de l’OCDE ("les riches") diminue d’année en année ; on est loin des (timides) 0,7 % définis dans les années 80, on est tombé à 0,22 % (0,45 % pour la France) (1). Enfin, l’arrivée des pays de l’Est dans l’Europe ne va guère jouer en faveur du Sud. Rejoignant "la famille", leurs immenses besoins semblent prioritaires ; et surtout, ces pays si impatients d’être accueillis dans "l’Ouest" ne semblent guère préparés à entrer de ce fait dans le "Nord", donc à affronter comme les autres Européens le poids de l’aide aux pays du Sud.

Cet état des lieux appelle l’Europe à reconsidérer en profondeur sa politique envers le Sud, alors même que ce Sud apparaît comme le "grand absent" de la campagne pour les prochaines élections européennes.

1. Le Monde, 10 février 1999.

Nous publions ici quelques extraits d’un article déjà paru dans Enjeux 31, le bimestriel de la Fédération des Oeuvres laïques (FOL) de la Haute-Garonne.

Mars/avril 1999

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