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LES BRÈVES
Compte rendu : Humanisme et tradition du Bouddha - Rencontre entre Edgar Morin et Lama Denys

dimanche 13 avril 2003


Le 1er février 2003, une rencontre organisée par L’UDHAO s’est tenue au Dharma Ling de Paris entre Edgar Morin et Lama Denys proposant ainsi un dialogue entre l’humanisme occidental et la tradition du Bouddha. Edgar Morin, ancien résistant durant la seconde guerre mondiale, est sociologue, anthropologue et philosophe, directeur de recherche émérite au CNRS. Il est le célèbre théoricien de la complexité. Son œuvre a pour but de comprendre l’homme et le monde dans leur complexité et leur interdépendance, en ayant pour cela recours à l’ensemble du savoir scientifique, de la philosophie et de la littérature.

Edgar Morin était présent lors de la rencontre inter-traditions autour du Dalaï-Lama en 1997 à Karma Ling et a déjà été invité à l’Université Bouddhiste Européenne. A partir de là était né le souhait d’un dialogue entre la tradition du Bouddha et cet homme exceptionnel par son ouverture de cœur et d’esprit et l’ampleur de son érudition dans le champ occidental.

Dans le cadre des rencontres Orient-Occident organisées par l’UDHAO, un dialogue entre Edgar Morin et Lama Denys avait plusieurs objectifs. D’abord comprendre la pensée occidentale humaniste, scientifique et philosophique dans sa dimension globale et non- dogmatique telle que la représente Edgar Morin. Ensuite, présenter en Occident la tradition du Bouddha, fond commun de tout l’Orient, dans sa dimension essentielle et dans un langage adapté à notre mentalité, grâce à Lama Denys. Enfin, comprendre les points de convergences éthiques et spirituelles de l’humanisme et du bouddhisme et envisager comment concourir ensemble à une culture de paix et de non-violence.

Edgar Morin et Lama Denys ont chacun leur tour devant une assemblée d’une centaine de personne, présenté leur vision propre et la façon dont ils vivaient cette rencontre. Edgar Morin a commencé par distinguer deux types d’humanisme. Le premier humanisme a pour principe d’accorder les mêmes droits et dignités à tous les hommes. Sa dimension universaliste le rapproche des religions œcuméniques, de la pensée orientale et en particulier du bouddhisme. Le second humanisme, apparu avec la modernité, consiste à rendre l’homme « maître et possesseur de la nature » selon la formule de Descartes. Cette attitude-là est à actuellement à abandonner car comme nous ne pouvons que trop facilement l’observer la technologie industrielle nous dégrade nous-mêmes en dégradant la nature. C’est ce qu’a bien mis en évidence la conscience écologique.

Ceci converge naturellement avec la conception bouddhiste de l’interdépendance. Edgar Morin retrouvant ce principe qu’il appelle complexité, a déclaré que sans cesse nous observons « un paradoxe fondamental dans le réel : tout ce qui est séparé est inséparable ». La pensée logique binaire ne peut suffire et Edgar Morin fait ainsi appel à une pensée « complexe » capable de comprendre l’unité des contraires, de l’un et du multiple.

Lama Denys a ensuite exposé les deux approches du réel qui sont au fond de l’expérience humaine et de la tradition du Bouddha : la raison ou logique qui ne doit pas construire un système clos mais laisser la possibilité à une « percée » a-conceptuelle ; et l’expérience mystique, expérience directe et immédiate qui est libératrice de l’ignorance, des illusions et passions. Le Dharma propose « des moyens de réalisation, de libération pour accéder à l’expérience de l’intelligence en soi ».

Selon Edgar Morin, dont l’œuvre est conduite par une rationalité critique qui évite la rationalisation, le mystère se révèle au terme d’une quête lorsque nous parvenons aux limites de notre connaissance rationnelle. Mais il ne peut faire l’objet d’une connaissance scientifique au sens occidental , car la dualité sujet-objet, paradigme de la science cartésienne, disparaît au cœur du mystère .

A la question de Lama Denys qui demandait comment comprendre l’éthique et la spiritualité dans leur dimension universelle, Edgar Morin a décrit la spiritualité universelle comme étant l’expérience sacrée que transmet selon lui une rapport poétique avec le monde. Mais comme il l’a rappelé notre vie ordinaire est faite d’alternances de prose et de poésie. Quant à l’éthique universelle, elle relie selon lui, solidarité et responsabilité qui définissent ainsi les dimensions harmonieuses de la vie humaine à la fois communautaire et individuelle.

Pour concourir à une culture de paix et de non-violence, Edgar Morin a montré l’importance de fonder une culture de la compréhension. L’incompréhension des hommes entre eux et à l’égard d’eux-mêmes est en effet au centre de tous les conflits et de toutes les souffrances. Seule une compréhension profonde et mutuelle peut donc remédier à ces maux. L’idée de créer « une chaire de compréhension de l’homme » proposée par Edgar Morin a trouvé des échos chez Lama Denys qui a évoqué sa vision d’une « anthropologie fondamentale ».

La conclusion de cette rencontre semble être la nécessité d’une éducation à la compréhension. Une telle éducation est le sens de la voie du Bouddha et de son apprentissage traditionnel. Son but, réaliser la paix en soi, est indispensable pour réaliser la paix dans le monde. Face à l’actualité mondiale, puissions-nous bien le comprendre.

Marc-Henri Deroche



Buddhaline

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