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Chamdon et Dolma, 17 et 13 ans, contraintes de rentrer au Tibet

Récemment les autorités chinoises ont en effet exigé que les parents tibétains fassent revenir leurs enfants scolarisés en Inde sous peine de perdre leur emploi, leur logement etc.

Par Takho

Takho, notre correspondante à Katmandou, s’entretient avec Chamdon, une jeune tibétaine de 17 ans, et Dolma, 13 ans, contraintes de rentrer au Tibet. Récemment les autorités chinoises ont en effet exigé que les parents tibétains fassent revenir leurs enfants scolarisés en Inde sous peine de perdre leur emploi, leur logement etc. Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’une répression renforcée et dans la perspective d’un grand recensement visant à contrôler encore plus la population tibétaine.

Takho : C’est désormais un fait avéré que chaque année un grand nombre d’étudiants tibétains en exil en Inde retournent au Tibet quand ils ont terminé leurs études. Il leur arrive aussi de rentrer avant la fin de leurs études pour différentes raisons. L’une de ces raisons, la plus triste peut-être, est que les Chinois forcent les parents à faire revenir leurs enfants scolarisés en Inde. Ils les menacent de les priver de leur emploi au cas où les enfants ne rentreraient pas. Je rencontre Chamdon à qui ses parents ont demandé de rentrer au Tibet, sous la pression chinoise. Elle est actuellement en première, et n’a pas terminé ses études mais elle est obligée de revenir au Tibet.

Chamdon la, tu n’as pas terminé tes études, pourquoi dois-tu rentrer au Tibet ?

Chamdon : Je rentre parce que mes parents sont fonctionnaires au Tibet. Ils m’ont demandé de revenir au Tibet immédiatement, sinon ils vont perdre leur emploi. Je n’ai donc pas le choix, je ne peux pas mettre mes parents dans l’embarras. En fait, j’étais en troisième quand ma mère est venue me chercher pour me ramener avec elle au Tibet. A l’époque, j’ai refusé de la suivre mais maintenant cela crée tellement de problèmes à ma famille que j’ai finalement accepté de rentrer au Tibet.

Takho : Que penses-tu faire, de retour au Tibet ?

Chamdon : après un rire triste – je ne sais pas trop ce que je vais faire. Avec de la chance je pourrais peut-être devenir guide-interprète. Mais j’ai entendu dire qu’il est très difficile pour les Tibétains rentrés de l’Inde de devenir guide. Les Chinois ont peur que ceux d’entre nous qui ont vécu en exil en Inde critiquent leur politique et la répression religieuse auprès des occidentaux. Donc je ne suis pas sûre de réussir. Mais j’ai aussi entendu parler d’une école dans la ville chinoise de Cheng Du où on peut, pendant trois ans, suivre une classe d’anglais, ce qui permet ensuite d’avoir facilement du travail. Je verrai bien en arrivant au Tibet ce qu’il me sera possible de faire…

Takho : Le voyage de retour au Tibet est-il risqué ?

Chamdon : Les Chinois m’ont accordé un passeport que je devrais avoir dans quelques jours, donc ce ne devrait pas être trop compliqué. Je peux prendre l’autobus, de Katmandou à Lhassa, je ne suis pas obligée de traverser les montagnes en me cachant.

Takho : Cette jeune fille est ta jeune sœur ?

Chamdon : Non, c’est une camarade d’école qui rentre pour les mêmes raisons que moi.

Takho : Comment t’appelles-tu ? Est-ce que je peux te poser les mêmes questions qu’à Chamdon ?{{}}

Dolma : Oui, mon nom est Dolma.

Takho : Dolma, es-tu contente de rentrer au Tibet ?

Dolma : Non, pas du tout. Mes camarades et mon école me manquent. Ils sont comme des frères et sœurs pour moi. Je ne suis pas sûre que je les reverrai un jour et je suis très triste de m’éloigner de notre grand maître spirituel, Sa Sainteté le Dalaï-Lama. (larmes dans les yeux de Dolma)

Takho : Si{{}} tu ne veux pas rentrer au Tibet, pourquoi repars-tu là-bas ?

Dolma : Ce n’est pas mon choix. Mais mes parents ont envoyé quelqu’un pour nous ramener toutes les deux, Chamdon et moi. Quand cet homme m’a expliqué que mes parents exigeaient que je rentre, je n’ai pas pu dire non, mais je suis très, très triste...

Takho : Est-ce que tes parents t’ont envoyé un message ?

Dolma : Ils ont dit que, si je revenais, les Chinois ont promis de m’inscrire dans une très bonne école sans demander à mes parents de payer pour ma scolarité. Et mes parents pourront continuer de travailler dans leur bureau.

Takho : Qu’est-ce que tu en penses ?

Dolma : Je n’ai pas le choix. Je n’aime pas les écoles chinoises au Tibet. Dans le passé, pendant quatre ans, j’ai fréquenté une école chinoise où on me traitait mal, où j’étais battue tout le temps. Après j’ai été si bien dans l’école tibétaine en Inde et maintenant il faut que je rentre ! Quand j’y pense, je n’arrive plus ni à manger, ni à dormir !

Takho : Quel âge as-tu ?

Dolma : 13 ans. J’espérais devenir professeur dans la communauté tibétaine, enseigner aux enfants à lire et à écrire notre langue. J’aurais été heureuse de rester en Inde et de finir le lycée, je suis triste de devoir aller dans une école chinoise.

Takho : Est-ce que tu as un message particulier pour tes frères et sœurs restés en Inde ?

Dolma : Bien sûr, c’est plus qu’un message. Je leur dis mon affection et mon amour. Maintenant que je rentre au Tibet, je leur demande d’étudier de leur mieux et de devenir le fleuron de notre chef spirituel, Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Nous devons lutter pour reconquérir notre liberté, pour libérer notre patrie. Je resterai une graine du Tibet futur et peu importe que je sois loin, ils seront toujours dans mon cœur. Longue vie à Sa Sainteté le Dalaï-Lama ! Vive le Tibet libre ! Voilà mon message pour eux, merci Takho, ma sœur.

Takho : Merci, petite sœur, pour ce message spécial et très précieux. Je te promets de le leur transmettre.






Buddhaline

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