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Bouddhisme : un nouvel humanisme possible pour l’entreprise

Quelques principes d’actions sont évoqués pour bien montrer à quel point, la pensée bouddhiste peut être d’une très grande richesse par des applications pratiques dans la vie des entreprises au quotidien

Par Jean-Pierre Méchin

Conférence de Jean-Pierre MÉCHIN à l’UNESCO, le Samedi 18 novembre 2000.

Au début de cette année, avec Lama DENYS, nous avons engagé un dialogue profond sur l’avenir de notre société, dialogue qui a fait place à un débat élargi autour de spécialistes du monde de l’économie et de la science.

Pourquoi un tel débat s’est-il engagé et pourquoi vous le proposer aujourd’hui ?

Tout simplement parce que notre société toute entière vit une crise profonde.

Or, le mot crise dans son acception économique signifie : un état de malaise dû à des changements non maîtrisés.

Si nous ne participons pas par une action de masse à la réforme des fondements mêmes de l’économie, « au pire  », pour citer le DALAÏ LAMA, « nous fonçons tête baissée vers une situation irréparable, et au mieux nous aurons tous d’énormes problèmes de société qui d’ailleurs, commencent à se manifester ». Raison aussi pour laquelle, poursuit le Dalaï-Lama, « nous sommes poussés à nous serrer les coudes ».

Dans un premier temps, je vous propose de passer en revue quelques uns des principaux malaises de notre société.

Nous développerons ensuite le thème de la conscience qui commence à prendre corps dans la vie des affaires. Et il n’y a pas de raison qu’une grande tradition comme le bouddhisme n’apporte pas sa pierre à l’édifice comme le font d’autres traditions dans ce domaine, alors qu’elle est à même de configurer une grille de lecture étrangement adaptée à la problématique de notre temps avec un chapelet de propositions très pragmatiques.

Nous verrons également comment beaucoup d’initiatives tant du domaine scientifique, médical, neurobiologique, philosophique et psychologique …. sont entrain de se rapprocher du point de vue bouddhiste, si elles n’ont pas pris leur fondement dans cette tradition.

Quelques principes d’actions seront ensuite évoqués pour bien montrer à quel point, la pensée bouddhiste peut être d’une très grande richesse par des applications pratiques dans la vie des entreprises au quotidien, applications qui devraient séduire nombre de consultants en management.

Je conclurai sur une initiative que nous souhaitons lancer avec l’ UBE.

Concernant les principaux malaises dont souffre notre société, je n’en ferai aujourd’hui, qu’un bref inventaire avec parfois quelques commentaires à titre d’illustration.

Au niveau macro-économique tout d’abord :

- L’emprise phénoménal du financier. Par le simple jeu de l’espace virtuel qui s’est instauré dans les opérations financières nous pouvons voir des conglomérats contrôler des secteurs entiers de l’économie . Il faut aussi cesser de se polariser sur la performance financière imposée par les financiers dans la mesure où cette polarisation a détourné de leurs vrais objectifs, bon nombre de managers.

- Citons encore : Le gonflement effrayant de la demande globale de biens, avec une évolution croissante vers une société de consommation à outrance,

- La surpopulation mondiale. - L’épuisement de nos ressources naturelles avec la crise de l’environnement qui s’ensuit.

- L’accent excessif porté sur le seul développement matériel,

- la progression constante de l’écart entre les pays industrialisés et les pays du tiers-monde : en trente ans, l’écart entre riches et pauvres a doublé !

- Les excès de la NET économie…….. Il y a encore une dizaine d’années, il était de bon ton d’attendre la quarantaine pour faire une dépression nerveuse.

Aujourd’hui, ce sont de nouveaux PDG en culottes courtes qui dirigent des sociétés virtuelles – dont on sait que peu survivront -, PDG qui reproduisent en l’amplifiant les erreurs de leurs aînés. Aujourd’hui la première dépression survient dans ce type de société avant même le vingtième anniversaire.

- Aucune solution apportée aux véritables problèmes posés par l’ignorance, la pauvreté, l’intolérance, les inégalités, l’instabilité et l’insécurité de notre époque, sans oublier un sujet tristement d’actualité : le martyre et l’holocauste des animaux utilisés sans conscience, dans des conditions abominables,

Savez-vous pour clore ici une liste encore longue, que les deux plus importants chiffres d’affaires dans le monde concernent ceux de l’armement et de la drogue ?

Au plan micro-économique :

Je ne citerai qu’un exemple puisque Daniel BELET , Professeur de gestion à l’Université de Bordeaux vous en dira plus dans quelques instants.

Le taux record de dépendances chez les salariés ! (plus de 20%) en raison du stress qui leur est imposé et qui se traduit par un malaise général humain et universel simplement parce qu’il n’y a plus de valeurs humaines.

Au vu de ce constat, la question se pose de savoir si l’Occident a encore quelque chose à proposer au Monde.

Nous avons été négligents, c’est le moins que l’on puisse dire. Étymologiquement, négligence signifie absence de lien. Or, ….l’interdépendance si chère aux bouddhistes nous montre notre unicité. En développant notre responsabilité universelle c’est au profit de l’humanité toute entière que nous travaillerons.

Accepter notre interdépendance, et je cite encore le DALAÏ LAMA «  c’est prendre en compte les intérêts des autres qui est à l’évidence la meilleure manière de servir nos propres intérêts ». C’est une voie royale. C’est d’ailleurs la seule possible !

Depuis deux décennies environ, apparaît une petite lueur d’espoir. La morale semble vouloir se positionner dans le monde des affaires.

La sémantique me fait préférer la notion d’éthique. Éthique dans son sens étymologique veut dire l’art de vivre, alors que la morale signifie, façon d’agir.

La morale implique davantage une action par devoir alors que l’éthique est davantage une action par attention bienveillante.

En d’autres termes, un acte d’éthique c’est l’acte d’une personne qui exerce sa liberté à travers une décision de sa conscience, ce qui implique un authentique sentiment de compassion.

D’ailleurs, à bien y regarder, dans le bouddhisme, la compassion n’est pas compassée  ! C’est une vraie générosité emprunte d’amour et d’humour !

Daniel GOLEMAN le célèbre psychologue américain résume cela très bien lorsqu’il parle de l’intelligence du cœur.

On peut aussi préciser que le bouddhisme n’est pas moraliste.

Nous voyons se multiplier depuis quelques années, un nombre impressionnant de colloques sur le thème de l’éthique dans la vie des affaires.

Un nombre croissant de dirigeants d’entreprise s’est rendu compte que nous étions face à l’impérieuse nécessité de donner à nos modes de fonctionnement, un contenu plus qualitatif. …

Il va donc s’agir de créer une société plus juste, une société qui se mettra davantage au service de l’homme et de son environnement .

En définitive, l’altruisme doit devenir la seule force motrice du monde des affaires. Ce n’est pas de la démagogie ! Encore une fois, il s’agit de la seule voie possible !

Je voudrai aborder maintenant l’influence de la pensée bouddhiste dans de nombreux domaines :

Je rappellerai ici qu’à l’initiative du DALAÏ LAMA, a débuté en 1987 un dialogue d’une exceptionnelle richesse entre chercheurs, hommes d’affaires, scientifiques, psychologues, spécialistes des neuro-sciences…Tous mettant en commun leur discipline pour trouver les interfaces entre, les sciences de l’esprit et de la vie au sens large.

Si la pensée bouddhiste n’avait pas une vision réaliste du monde et des solutions à proposer, pourquoi ces initiatives verraient-elles le jour ? Pourquoi rencontreraient-elles tant de succès ? Einstein le pensait déjà lui qui disait que le bouddhisme correspondait aux besoins modernes et scientifiques de notre société.

On voit par exemple que la vision du Bouddha, de l’unité, est partagée par l’un de nos plus brillants neurobiologistes , Fransisco VARELA qui nous permet de penser l’esprit en dehors de toute référence à la notion de sujet mais aussi par tous les tenants du courant phénoménologique : CAYCEDO, par exemple, père de la sophrologie, avoue avoir emprunté ses bases au bouddhisme Zen et Tibétain.

Idem chez ELLIS, professeur à l’université de New-York et père des thérapies comportementales et cognitives. Psychologue le plus cité dans le monde ayant contribué à l’enseignement de plus de 200.000 professionnels de la relation d’aide, ELLIS avoue s’être inspiré lui aussi du Bouddha historique.

On retrouve notamment chez ELLIS – j’ouvre et je ferme la parenthèse – la fameuse maïlleutique si chère à Nagaséna, ce célèbre moine bouddhiste, qui était un virtuose de la démonstration et qui permettait aux patients d’accoucher sans douleur de la vérité.

Idem chez Daniel GOLEMAN, l’auteur des deux best-sellers que sont les deux tomes de L’INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE, proches de la vision bouddhiste qui mettent en avant les critères de réussite professionnelle, à savoir, nos aptitudes émotionnelles : la conscience de soi, l’intégrité, la capacité de susciter le changement…

Même sonorité chez Tarthang Tulkou, Lama tibétain réfugié aux Etats-Unis qui enseigne le bouddhisme à l’université depuis plus de 20 ans et auteur de l’art intérieur du travail.

On peut mettre en évidence également : les points de vue développés par l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan et Matthieu RICARD dans leur excellent dialogue – L’INFINI DANS LA PAUME DE LA MAIN -, dialogue qui fait mentir l’antagonisme apparent de la connaissance scientifique et de la connaissance spirituelle.

Même notre célèbre académicien, Jean François REVEL reconnaît la puissance de la philosophie bouddhiste et la sagesse qu’elle inspire.

Tout ceci nous intéresse car c’est bien de cela dont il est question : proposer de mettre en pratique dans le monde des affaires, les concepts de cette philosophie. Sa Sainteté le XII Gyalwang Drukpa rappelle à juste raison qu’il s’agit bien d’une philosophie et non d’une religion.

On ne peut en effet, nous dit-il « enfermer le bouddhisme dans une boite dès l’instant où l’on parle d’espace, de vérité universelle ».

N’oublions aussi de préciser que l’occident est entrain de découvrir grâce aux recherches menées par l’archéologie, une réalité historique méconnue ou plutôt cachée qui nous montre que notre culture n’est pas exclusive du berceau méditerranéen mais appartient bien à un monde gréco-bouddhiste dont l’influence sur la pensée occidentale a été d’une extrême importance.

Par exemple, sait-on que les premières représentations artistiques du bouddha en Grèce, sont apparues au travers des statuts d’Apollon ?

Comme le dit Raphaël LIOGIER, chercheur à l’observatoire du religieux de l’université d’Aix-Marseille –III : « Qui a encore intérêt à une telle amnésie » ?

Ce sont simplement nos racines que nous sommes entrain de redécouvrir, ce qui explique sans doute l’engouement pour cette sagesse profonde et universelle que représente le bouddhisme.

Aujourd’hui et sachant que l’univers est un élan permanent, l’homme a un pouvoir qu’il est seul à posséder : comprendre l’univers et le transformer localement, c’est à dire définir quelle humanité il veut devenir.

Voyons à présent quelques repères de la Vision bouddhiste, avec une grille de lecture et quelques pistes d’actions pour les entreprises …

Le monde requiert que nous acceptions l’unicité de l’humanité.

Encore une fois, il s’agit de notre responsabilité universelle.

Responsabilité universelle en liaison avec la Vérité Universelle du bouddhisme.

Comment la Vérité Universelle pourrait-elle ne pas apporter de réponses concrètes aux problèmes de notre temps et bien sûr à ceux soulevés par le monde des affaires.

Sur ce terrain notamment, notre engagement à nous bouddhistes doit être sans faille. Nous nous devons d’apporter notre éclairage aux problèmes contemporains car nous sommes impliqués, qu’on le veuille ou non dans le processus de la mondialisation.

Toutefois, précisons que le bouddhisme s’il peut apporter des réponses en terme de management des hommes et des organisations, interviendra plus difficilement dans ce que l’on peut appeler la stratégie économique.

En tant que bouddhistes –je préfère pour ce qui me concerne le terme tibétain nangpa qu’on peut traduire par : chercheur de vérité -, nous disposons de techniques bien particulières pour aider à notre développement. Nous les appelons des « moyens habiles ».

Je vais essayer d’observer une certaine chronologie dans ma présentation, sachant encore une fois, qu’il ne s’agit que de présenter ici qu’une infime partie de ces moyens habiles et leur adaptation au monde de l’entreprise.

Commençons par les douze liens de l’interdépendance en empruntant beaucoup aux travaux de Lama Denys !

L’enseignement bouddhiste met en avant l’interdépendance qui constitue une analyse de la formation d’un être.

Le premier lien est l’ignorance qui est même la base sur laquelle tout va se déployer et permettre au système de l’ego de se coupler à n’importe quelle situation de cette vie.

L’ignorance en elle même est tout à fait neutre. C’est la manière dont elle est captée qui change tout.

Un léger différent, comme une petite incompréhension de départ n’est pas en cause. C’est ce qu’on va en faire qui est la cause de bien des problèmes. Nous ne naissons pas mauvais mais ignorants. Et toute notre vie sera une succession de liens, jusqu’au dernier représenté par la mort. Tout ceci dans un processus d’impermanence qui doit nous rendre particulièrement humble.

En clair, cela signifie que du premier souffle de notre vie jusqu’à la fin de celle-ci, il y a quelque chose qui lie cet ensemble et qu’on représente sous la forme d’une roue qui symbolise tout notre parcours.

De cette représentation est née la voie du guerrier.

Le vrai guerrier n’a plus de territoire personnel : il défend les autres.

Toute sa vie n’est que découverte personnelle, unique et individuelle, faite de créativité à la recherche d’une modélisation de l’excellence.

Les moyens habiles mis en œuvre ici nous montre en effet qu’on peut suivre un modèle. Dans ce cas pourquoi pas le meilleur des modèles : le bouddha !

En définitive, qu’est ce que la compréhension de l’interdépendance peut amener de concret à une entreprise ?

Qu’en partant à la découverte de ce que l’on est vraiment, avec le souci de s’améliorer constamment tout au long de son existence au profit des autres et en travaillant sur le modèle de l’excellence avec comme territoire le monde, nous allons transformer progressivement nos attitudes négatives en forces créatrices, propices à l’harmonisation des relations dans leur ensemble dont nous serons en finalité les grands bénéficiaires. Tout se tient !

Autre exemple : L’intelligence et la discipline

Nous naissons avec une faculté naturelle innée susceptible d’être accrue, ce qui passe nécessairement par la compréhension.

Le bouddhisme distingue trois niveaux de compréhension. C’est du troisième dont nous allons parler !

Ce troisième niveau est appelé : la sagesse issue de la méditation dont on dit qu’elle est pénétrante !

J’entends d’ici les chefs d’entreprise ! Qu’est ce que la méditation a à voir avec nos préoccupations quotidiennes ?

Qu’en dit le DALAï LAMA ? « L’intelligence pénétrante permet non seulement de comprendre un sujet en profondeur mais peut aussi en apprécier l’étendue et les ramifications »  !

Il poursuit : « L’objectif est d’unir notre esprit à un objet choisi. Par le travail que nous effectuons avec cet objet, notre compréhension devient plus efficace et nous ouvre l’accès à des sujets de réflexions complexes ou éloignés de nos habitudes mentales ». Or, cette faculté est une qualité essentielle pour pouvoir fixer notre attention.

Et pour s’entraîner à la concentration, nul besoin d’appartenance religieuse. Et quel outil extraordinaire pour éliminer le stress !

La conclusion qui va suivre nous est aussi donnée par le ¨DALAÏ LAMA.

Je pense qu’elle peut séduire nombre de chefs d’entreprise : « De nos jours, les rythmes de vie sont si rapides qu’il est sans doute difficile de changer cette cadence au niveau de la société toute entière et de son évolution. Mais l’individu a la possibilité de modifier ses réactions face à la rapidité des évènements. En pratiquant ce type de méditation, il peut ralentir et s’offrir un répit intérieur ».

« Ainsi, il ne se sentira plus dominé par ce rythme de vie trépidant, mais le contrôlera en choisissant délibérément d’y mettre un frein ».

« Cette médiation permet donc de calmer le stress, d’avoir l’esprit plus détendu. Cela accroît les facultés d’intelligence car l’esprit devient plus alerte et la réflexion plus claire ».

Bien sûr, ce qui précède demande de la discipline.

Les bouddhistes considèrent la discipline intérieure et celle, extérieure.

Grâce toujours à nos moyens habiles nous avons constitué des repères qui constituent un cadre. Cela permet notamment d’éviter toutes sortes de situations conflictuelles.

Dans la discipline intérieure, nous allons travailler sur nos projections ou plus exactement, apprendre à les transformer. Ainsi, dans le cas de l’agressivité – situation très courante dans le monde de l’entreprise, nous allons comprendre que celle-ci se construit en se cristallisant sur le mauvais objet. Dans notre croyance bien établie tout ce qui n’est pas en accord avec notre moi a forcément tord.

En découvrant ce qui génère l’agression nous allons être amenés tout naturellement à comprendre que notre propre ignorance est à la base de toute chose. Nous nous ouvrirons alors automatiquement à la dimension de compassion.

Pour ne pas rester indifférent nous dit Lama DENYS, « nous allons être amenés à entrer dans la compréhension de l’interdépendance ».

Il nous explique « qu’Etre indifférent, c’est rester isoler. L’isolation présente

un caractère fermé donc illusoire.

Si vous soigner le moi vous préservez le non-moi puisqu’ils sont interdépendants….

Au-delà de l’indifférence on devient subitement concerné par l’autre ».

Le temps

Obstacle fondamental évoqué par la quasi-totalité des chefs d’entreprise lorsqu’il s’agit de mettre en marche l’œuvre de sa propre vie.

Lama Jigmé Rinpoché dans la préface d’un livre écrit par Bernard LEBLANC-HALMOS intitulé OU TROUVER LE TEMPS, écrit ceci : « S’interroger sur le temps, c’est immanquablement découvrir la frontière fatale : s’élever ou chuter ». {{}}Dans les deux cas on y entraîne généralement les siens.

Pour un bon usage du temps, prière de s’adresser directement à l’auteur du livre cité : les pistes proposées par LEBLANC-HALMOS sont très intéressantes.

L’ego

La bêtise humaine conduit le monde depuis des temps sans commencement. Il est affligeant de constater à quel point nos croyances en tout genre polluent notre quotidien. Nous n’avons pas pris conscience de notre « constipation mentale » pour reprendre une expression de Bernard LEBLANC-HALMOS.

Développer notre conscience c’est ne pas rester figer sur ses positions et s’ouvrir à l’autre  : apprendre qu’il n’y a pas que « moi » dans la vie.

Qui dit moi dit ego. N’est ce pas l’une des caractéristiques majeures de notre société que de mettre son ego en valeur ? Dès l’école, on boost l’ego ! Et pourtant, notre ego constitue notre piège le plus fondamental. « L’ego a de très bons arguments, mais en fait, le piège est en nous-mêmes »{{}} nous dit SOGYAL Rinpoché.

L’Ego sait remarquablement jouer avec nous, aussi bien dans les phases dépressives que nous traversons que dans les périodes euphoriques. Omni présent il est !

La société moderne l’a parfaitement bien saisi qui sait à volonté nous anesthésier quand il faut ou nous stimuler lorsque c’est son intérêt. Au point que nous ne sommes plus capable de discernement si ce n’est pas l’intérêt de notre petite personne. Comme dit avec humour Sa Sainteté le XII GYALWANG DRUKPA : « les occidentaux ont été bien entraînés toute leur vie en ce sens. C’est un signe ! Ils ne peuvent même plus envisager autre chose ».

Nous agissons toujours avec une stratégie infantile. Prenons deux exemples : on nous blesse  : l’orgueil ne l’accepte pas. Donc nous allons déguiser cette blessure avec tout un ensemble de subterfuges. Le plus souvent dans cet exemple on se croit victime. En tout cas l’ego nous l’affirme. Deuxième exemple  : Moi, je sais ! Des messieurs je sais tout, nous en côtoyons en permanence.

Les moyens habiles vont une fois encore nous donner les vraies méthodes pour sortir de cet égocentrisme puérile. Dans ce deuxième exemple en voici un . Il nous est proposé par SUZUKI-ROSHI : « Esprit Zen, esprit du débutant ».

Dans l’esprit du débutant, il y a beaucoup de possibilités, dans celui de l’expert il y en a peu ! L’esprit du débutant est un esprit ouvert. Dans celui de l’expert, il n’y a plus de place pour mettre quoi que ce soit !

Dans notre premier exemple comme dans beaucoup d’autres, les moyens habiles sont redoutablement efficaces.

L’un d’entre eux, est un vrai chef d’œuvre ! Il s’agit du vœu de Bodhisattva.

Ce vœu implique : « qu’au lieu de s’accrocher à son propre territoire personnel et de le défendre farouchement, on s’ouvre au monde dans lequel on vit. Cela veut dire qu’on consent à assumer une plus grande responsabilité, une responsabilité immense  ». C’est la définition qu’en donne Chogyam Trugpa Rinpoché

C’est le plus sûr moyen de combattre l’ego car dit-il encore « on n’essaie plus de bâtir sa propre grandeur. On développe précisément cette qualité d’altruisme qui manque généralement dans le monde ».

En pratique voilà ce que cela donne dans une situation très quotidienne de la vie (je prends ici un exemple cité par Chogyam Trugpa Rinpoché)  : « va-t-il s’excuser d’abord ou vais-je le faire le premier ? » . Quand on est devenu un bodhisattva on brise cette barrière  : on a décidé de s’exécuter ! Quelle merveilleuse façon pour dissoudre nos processus mentaux névrotiques !

Il existe une infinité de moyens qui constituent en eux-mêmes de merveilleux programmes à adapter pour les entreprises qui connaissent fondamentalement des problèmes de communication !

Pour une entreprise bien comprendre le sens de l’ego et ses caractéristiques permet de mettre en œuvre de nouvelles approches de « dynamique sans ego », très profitables à l’ensemble de la collectivité.

Cette « dynamique sans ego » représente l’élan vital qui manque tant à nos entreprises pour leur permettre d’évoluer plus efficacement au niveau du groupe en protégeant les intérêts des individus.

L’individu retrouvant sa confiance en l’humain participera naturellement à cet élan vital.

Autre exemple : le monde des émotions.

Nous avons tous des émotions ! Une émotion c’est comme le dit Sogyal Rinpoché, une énergie en mouvement qui part de l’intérieur pour venir s’exprimer à l’extérieur avec une densité variable.

Plus on est réactif à l’émotion, plus on la nourrit !

Dans la vie en entreprise, l’émotion est un fléau permanent.

Un cadre supérieur lorsque vous lui parlez de ses émotions vous répondra immanquablement et avec beaucoup d’assurance  : Moi ? Mais je sais parfaitement contrôler mes émotions ! »… ce qu’il ne faut surtout pas faire !

Le contrôle conduit à une situation paradoxale qui entraîne le stress avec toutes les répercussions sur l’organisme que l’on peut imaginer. Comme dit Lama DENYS, imaginez un ballon que l’on essaie de mettre sous l’eau !

Les moyens habiles ici proposés vont apprendre à faire exactement l’inverse : nous allons au contraire accueillir l’émotion et travailler à faire disparaître le « moi » en tant que sujet-observateur.

Nous utilisons la relaxation et nous nous observons dans cette attitude pour finalement découvrir une autre attitude de non fixation cette fois, qui va permettre au caractère conflictuel de l’émotion de se défaire.

J’aurais quantités d’autres exemples à vous citer mais je dois à regret en rester là.

Puisque c’est la première fois que le bouddhisme s’engage ainsi dans le débat de l’entreprise, il nous reste à réfléchir ensemble sur des thèmes qui pourraient de toute évidence, permettre aux sociétés de découvrir d’autres moyens d’actions.

Parmi ces thèmes nous pourrions poser des questions telles :

Qu’est ce qu’une entreprise gérée selon un concept bouddhiste ?

Ou encore : Quelle autre vision du travail, le monde de l’économie de marché où l’on se situe pourrait-il proposer ?

Par quoi remplacer l’attachement et la soif qui guident le marché dans ses choix du toujours plus… et pourquoi ?

Comment ne pas répéter toujours nos mêmes schémas aux conséquences si dramatiques pour l’humanité toute entière ?

Comment ne pas réagir constamment à nos stimuli au lieu d’essayer de les transformer ? …Voyez,…..les sujets ne manquent pas !

Le dernier aspect de cette intervention concerne un avant- projet que nous avons évoqué avec Lama Denys et Maria Angela FALA.

Il s’agit de ne pas envoyer dans le mur notre société déjà très malade, prisonnière de technologies non maîtrisées qui n’ont que pour seule ambition un développement économique aux conséquences malheureusement prévisibles.

Il s’agirait de créer un Centre de Recherche Bouddhiste Européen pour les Entreprises susceptible d’influer sur le comportement général du monde des affaires.

Dans le contexte actuel, il s’agirait d’un carrefour d’échange, de réflexions, de rencontres, mais aussi de propositions concrètes non pour améliorer le fonctionnement de nos entreprises – il ne s’agit pas de leur mettre un cautère sur une jambe de bois - pour reprendre une expression de Lama Denys, - mais de leur permettre de se modifier en profondeur en raison du contexte actuel, plus propice au chaos qu’à un développement durable.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre attention et pardonnez moi si j’ai été un peu long !

Symposium : "Unité dans la diversité : la tradition du Bouddha en Occident"

18/11/2000 - Palais de l’UNESCO

La voie du Bouddha - La tradition du Dharma

Voie universelle des plus anciennes, non dogmatique, proposant un chemin de libération et de réalisation de notre propre

nature, a une portée universelle et transculturelle, qui la fait se développer et s’intégrer dans des sociétés et cultures diverses,

dont l’Occident moderne. Sans altérer le fond de son unité - l’enseignement du Bouddha- a pris au cours de l’histoire une

diversité d’aspects allant de l’école des Anciens, jusqu’au Mahayana dans ses expressions Chan, Zen, Amidistes, Vajrayana

etc...Leur récente proximité en Occident se traduit en un dialogue souvent fraternel et constructif .

Unité dans la diversité .

L’Union Bouddhiste Européenne, fondée a Londres en 1975, est une organisation qui représente en Europe des unions

nationales, des centres et des fédérations. Son objectif est de participer à la diffusion de la " Voie du Bouddha" et contribuer à

la coopération entre bouddhistes d’origines diverses en Europe.

L’United Religions Initiative organise le dimanche 19, dans le même lieu, en collaboration avec l’Union Bouddhiste

Européenne et d’autres partenaires un symposium sur le même thème, dans une vision globale d’Ethique et de Spiritualité.

Participants et programme

Dhagpo Rinpoché, Sogyal Rinpoché, Dr Ananda Gurugé, V. Lama Denys, Vénérable Sanghasena, Dokhuso Sensei, Claude Anshin Thomas, Martine Batchelor, Dr Jean-Pierre Schnetzler, Francisco Varela, Sulak Sivaraksa. ...

L’éthique au coeur d’une civilisation universelle

Le compte -rendu de la conférence au Palais de l’Unesco samedi 18 novembre 2000

Novembre 2000






Buddhaline

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