BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter CD - Le chant des Dakinis

Même rubrique

Les bienfaits de la méditation - Jon Kabat-Zinn
L’art du Ku Nye -
Médecine douce : la santé plutôt que les soins - Géraldine Langlois
Enseignement du Bouddha et art de soigner - Dr. Daniel Chevassut
Trois voies de diffusion pour trois types d’indications - Alexandre Koehler
La phytothérapie rénovée - Alexandre Koehler
Combattre le stress avec les élixirs floraux - Alexandre Koehler
Autres textes
Les avantages et les inconvénients du végétarisme - Alexandre Koehler
Le Buddha clarifie sa position quant à la consommation de chair animale - Dr Gabriel "Jîvasattha" Bittar
La Rencontre de la Psychologie Bouddhiste et de la Psychologie Occidentale - Chögyam Trungpa Rinpoche
Trouver une nouvelle source - Fondation bouddhiste Vihara Lemanique
Le sublime échange du bonheur et de la souffrance - Dilgo Kyentsé Rinpoché
La paix : un art, une pratique, une approche bouddhiste - Thich Nhat Hanh
L’esprit vaste est comme l’océan - Maître Moriyama
Jean-Pierre Chambraud

Bernie Glassman, moine zen : sa compassion est dans la rue par Jean-Pierre Chambraud
La légende de Kouan-Yin déesse de la compassion par Jean-Pierre Chambraud
Sogyal Rinpotché : apprivoiser la mort, c’est apprendre à vivre par Jean-Pierre Chambraud

Bookmark and Share
- imprimer

> Bouddhisme > Intégration > Art de vivre > Médecines alternatives


Bouddhisme et médecine ayurvédique au Sri-Lanka

La médecine ayurvédique est largement utilisée dans les hôpitaux et les dispensaires du Sri-Lanka. Les moines bouddhistes, longtemps détenteurs de cette science millénaire, ont perpétré le caractère social et gratuit de cette étonnante médecine.

Par Jean-Pierre Chambraud

D’un certain point de vue, la médecine peut être considérée comme un véritable sacerdoce où l’humilité et la compassion du thérapeute se combinent à sa connaissance des lois naturelles qui régissent l’homme et l’univers. C’est sur ce postulat que s’appuie la médecine ayurvédique telle qu’elle est actuellement pratiquée au Sri-Lanka. Cette science millénaire qui puise ses racines dans la tradition védique de l’Inde est largement représentée sur l’ensemble de l’ancienne île de Ceylan.

Chaque grande ville compte un ou plusieurs hôpitaux ayurvédiques et, dans les zones rurales, de nombreux dispensaires accueillent les malades. La médecine occidentale et l’allopathie sont bien entendu largement représentées, mais les Sri-Lankais ont une grande confiance dans leur médecine traditionnelle qui, du reste, a largement prouvé son efficacité et sa non toxicité pour traiter l’ensemble des problèmes médicaux. Les consultations commencent très tôt le matin. De longues files d’attente obstruent les longs couloirs. Dans la chaleur moite de l’hôpital ayurvédique de Colombo, plus de deux cents personnes attendent leur tour avec patience et silence. Au Sri-Lanka, comme dans la plupart des pays d’Asie, le temps est une notion subjective qui s’écoule au rythme des pensées. Il est donc à géométrie variable ! Au bout du couloir, trois petites pièces blanchies à la chaux avec, pour tout mobilier, une table en bois et deux chaises, l’une pour le médecin, l’autre pour le patient. Sur le côté, une longue table basse, recouverte d’un drap grossier, pour les palpations du corps afin d’affiner le diagnostic. Nous sommes ici loin de la technologie occidentale avec son foisonnement d’appareils informatisés, ses analyses moléculaires et son imagerie médicale...

L’important, c’est le relationnel

Le malade pénètre dans le petit bureau. Après le traditionnel « ayubowan » équivalent du « namasté » indien adressé avec déférence au médecin, s’instaure une nécessaire relation de confiance entre patient et thérapeute. « Sans cette qualité relationnelle, il serait difficile de faire du bon travail », précise la directrice de la pharmacologie de l’hôpital. Dans le système ayurvédique, l’argent n’est pas pris en compte et les consultations sont gratuites. Fortuné ou pauvre, c’est le malade qui est important. Tout au plus, l’offrande est permise et l’on donne selon ses moyens : nourriture, vêtements ou quelques roupies. C’est le geste et la pureté d’intention qui importent. Il reflètent la qualité de la pensée. Le médecin reçoit alors dans le même état d’esprit, sans formule ampoulée de remerciements. Si l’on ne possède rien, un simple regard de reconnaissance est alors suffisant. Nous sommes là au coeur de ce que les bouddhistes appellent « danna » l’acte d’offrande, telle qu’il est toujours pratiqué dans le sud-est asiatique. Le Sri-Lanka est un pays dont la religion officielle est le bouddhisme, protégé par l’article Il de la Constitution du pays. Imprégné du Dharma depuis plus de 2000 ans, le Sri-Lanka a largement adopté, dans son système social, les bases éthiques du bouddhisme theravada. La gratuité des soins médicaux s’inscrit donc dans le respect de cette éthique, comme le fit en son temps, Jivaka, médecin ayurvédiste de grande renommée, et disciple du Bouddha.

Pour les médecins de l’hôpital ayurvédique de Colombo, chaque patient est unique. En ce sens, il est un mandala, l’expression vivante du macrocosme dans lequel tourbillonnent les forces vives de l’univers. Le médecin prend le temps d’écouter son malade. La manière dont il exprime sa souffrance est aussi une indication utile qu’il ajoute à l’auscultation de la langue, des yeux et des mains ou d’autres parties du corps. Rien n’est laissé au hasard.

A l’écoute du microcosme

Dans cet univers corporel où les énergies subtiles se livrent à un étrange ballet interne, il faut développer une très grande sensibilité pour y déceler les disharmonies. Lorsque le diagnostic est établi, le médecin rédige une ordonnance sur une feuille de papier. Fabriqué à partir d’arbres abattus dans les forêts, le papier est une matière considérée comme noble et précieuse et, de ce fait, économisé. C’est de l’écologie rationnelle. Aussi, utflise-t-on tout support de papier afin de le recycler « intelligemment » : papier d’emballage, anciens almanachs, verso de pages déjà écrites, ou tout espace encore vierge, quelle que soit sa taille, ou sa couleur. C’est encore un papier similaire qui servira à emballer les remèdes prescrits et que le patient, une fois sa consultation terminée, ira chercher à la pharmacie de l’hôpital.

Environ 2600 plantes sont utilisées dans la pharmacopée ayurvédique à laquelle il faut ajouter les poudres minérales et les métaux comme l’or, l’argent et le cuivre. Si la plupart des plantes proviennent du Sri-Lanka, certaines espèces viennent des contreforts himalayens ou de Chine. La cueillette obéit à des règles très précises, définies dans les manuels d’ayurveda. La fleur, la feuille, la tige ou la racine d’une même plante ont chacune une action différente sur l’organisme.

Les pharmaciens ayurvédistes font appel à des procédés de fabrication qui n’ont pratiquement pas varié au cours des siècles. Ce qu’il est convenu d’appeler un laboratoire, ressemble plutôt à une cuisine. Ici, ni blouses blanches, ni atmosphère stérilisée, mais de grands fourneaux à bois sur lesquels, des marmites de toutes tailles contiennent de savants mélanges. Décoctions, macérations, sirops, tout est fabriqué à l’hôpital afin de répondre aux besoins des malades. La plupart des médicaments sont en effet présentés sous forme liquide afin d’en faciliter l’ingestion et la circulation dans l’organisme. Mais l’arsenal thérapeutique ne s’arrête pas là. Bains de vapeurs aux herbes médicinales, bains phytothérapiques, massages aux huiles chaudes de plantes, complètent la panoplie à laquelle il faut ajouter les célèbres baumes ayurvédiques dont les actions thérapeutique ne sont plus à démontrer. Les malades hospitalisés ont une nourriture adaptée à leur état, mais elle est essentiellement végétarienne. A des années-lumière des concepts de la diététique occidentale, l’ayurveda prend en compte la qualité « satvique » de l’aliment et les classe en catégorie : pure, neutre ou impure, la viande entrant dans cette dernière catégorie.

Aussi « médiévale » puisse-t-elle paraître aux yeux des aropathes, la médecine ayurvédique a largement influencé la médecine tibétaine et la médecine greco-arabe. Pendant des siècles, la plupart des monastères bouddhistes du Sri-Lanka avaient des moines instruits à la médecine ayurvédique pour soigner bénévolement les villageois. L’ayurveda est d’abord une science qui permet de rester en bonne santé en corrigeant les déséquilibres énergétiques qui se manifestent dès la naissance. Aucun corps n’est parfait et immortel. Ainsi le veulent les lois du samsara. Mais cette médecine, au champ d’action très vaste, incluant la chirurgie, permet d’obtenir des résultats qui étonnent les médecins occidentaux. Certains malades européens, soignés dans les hôpitaux ayurvédiques de Colombo pour des pathologies graves, reconnaissent avoir recouvré la santé alors qu’ils étaient sans espoir de guérison pour la médecine occidentale. Si la prise en charge est totalement gratuite, il leur est quand même proposé, pour quelques roupies par jour, une chambre plus conforme à l’esprit occidental.

Afin de répondre à une importante demande d’Européens, certains centres ayurvédiques du Sri-Lanka se sont modernisés et proposent à présent des séjours thérapeutiques de remise en santé. L’ayurvéda entre dans l’ère du marketing. Reste à savoir si modernité et tradition pourront réussir leur mariage de raison sans sombrer dans le mercantilisme.

Avril 2000

Bouddhisme Actualités
270 avenue Pessicart Bt C
06100 Nice France
Tél & Fax : (33) 04 93 84 42 08


http://www.bouddhisme.fr.fm/





Buddhaline

E-mail:
Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard



Cabinet Freling