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Bouddhisme et engagement politique

Lama Yeshe répond à des questions sur la nécessité pour un bouddhiste de transformer la structure et l’organisation de la société

Par Lama Thubten Yeshe

BOUDDHISME ET ENGAGEMENT POLITIQUE

Questions-réponses à Lama Thubten Yeshé

Question : Un bodhisattva peut-il être marxiste dans le but de créer l ’harmonie sociale ? Je veux dire, y a-t-il une place pour le bodhisattva dans le marxisme ou vice versa, y a-t-il une place dans le marxisme pour le bodhisattva ? Le marxisme pourrait-il être un outil dans l’abolition de la souffrance de tous les êtres ?

Lama Yeshe : C’est assez difficile pour quelqu’un comme moi de faire des remarques sur les actions d’un bodhisattva, mais je doute qu’un bod-hisattva devienne communiste pour mettre un terme aux problèmes sociaux. Les problèmes existent dans l’ esprit des individus. Vous devez résoudre vos problèmes, quelle que soit la société dans laquelle vous vivez, socialiste, communiste ou capitaliste. Vous devez examiner votre esprit. Votre problème n’est pas le problème de la société, n’ est pas mon problème. Vous êtes responsables de vos problèmes tout comme vous êtes responsables de votre Libération ou Eveil. Sinon vous allez dire : « Les supermarchés aident les gens parce qu’ils peuvent y acheter les choses dont ils ont besoin. Si je travaille dans un supermarché j’apporterai vraiment ma contribution à la société. » Puis, après avoir fait cela pendant un certain temps, vous direz : « Peut-être qu’après tout les supermarchés ne sont pas aussi utiles que cela. Je serais plus bénéfique aux autres si je tra-vaillais dans un bureau. » Aucune de ces choses ne résout les problèmes sociaux. Mais tout d’abord, vous devez examiner d’où vous vient cette idée qu’en devenant communiste, un bodhisattva pourrait aider tous les êtres [ qui furent un jour] nos mères.

Question : Je pensai que beaucoup de gens dans le monde aujourd’hui avaient faim et étaient privés de l’essentiel et que, préoccupés par la .faim et la sécurité de leur .famille, il leur était difficile de comprendre les aspects plus subtils des phénomènes, tel que la nature de leur esprit.

Oui, j e comprends ce que vous dites. Mais n’oubliez pas que la personne affamée, préoccupée par la faim et la personne obèse, obsédée par ce qu’elle pourrait acheter d’autre au supermarché sont fondamentalement les mêmes. Ne mettez pas seulement l’accent sur ceux qui sont matériellement démunis. Du point de vue du mental, le riche et le pauvre sont tout aussi perturbés, et fondamentalement, l’un est aussi malheureux que l’autre.

Question : Mais Krishna a réunifié l ’Inde par une guerre spirituelle, la guerre du Dharma. Résultat : à cette époque, tous les Indiens avaient la possibilité de s’engager dans une pratique spirituelle. Ne pour-rions-nous pas, maintenant, propager le Dharma parmi tous les êtres sur la terre et établir une société globale meilleure par une sorte de socialisme spirituel ?

Lama Yeshe : Tout d’abord, je pense que ce vous dites peut être très dangereux. Seules quelques personnes peuvent comprendre ce dont vous par-lez. En général, vous ne pouvez pas dire que des actions qui sont nuisibles aux êtres nos mères sont celles d’un bodhisattva. Le bouddhisme vous interdit de tuer d’autres êtres, même pour des rai-sons apparemment religieuses. Dans le bouddhisme, il n ’y a rien de semblable à une guerre sainte. Vous devez comprendre cela. De plus, il est impossible de rendre tous les êtres sur la terre égaux par la force. Jusqu ’ à ce que vous ayez compris pleinement l’esprit de tous les êtres de l’univers et ayez abandonné l’esprit d’ auto-chéris-sement et d’attachement, vous ne pourrez jamais unifier tous les êtres. C’est impossible.

Question : Je ne veux pas dire rendre tous les êtres semblables car il est évi-dent qu Il y aura des niveaux intellectuels différents. Mais nous pourrions établir une société humaine universelle sur la base de la théorie économique socialiste.

Lama Yeshe : Je pense que vous ne devriez pas vous inquiéter de cela. Il serait préférable pour vous de vous soucier de la société de votre propre esprit. C’est plus avantageux, plus réaliste que de faire des projec-tions sur ce qui se passe dans le monde autour de vous.

Question : Mais n ’est-ce pas une pratique spirituelle que de trouver un équi-libre entre la réalisation personnelle et le service à rendre à l ’humanité ?

Lama Yeshe : Oui, vous pouvez servir la société mais vous ne pouvez pas, juste comme cela, rendre uniformes les actions de tous les êtres en même temps. Le Bouddha aimerait que tous les êtres atteignent l’Eveil immédiatement, mais notre karma négatif est trop fort, nous restons donc incontrôlés. Vous ne pouvez pas agiter une baguette magique : « Je veux que tout le monde soit heureux » et vous attendre à ce que cela arrive juste ainsi. Ayez de la sagesse. Seul un esprit empreint de sagesse peut offrir égalité et paix. Vous ne pou-vez pas le faire par la rationalisation émotionnelle. Et vous devez savoir que les idées communistes concernant la meilleure manière de rendre les êtres égaux sont très différentes de celles du Boud-dha. Vous ne pouvez pas mélanger des idées aussi différentes. Ne soyez pas utopiques, soyez réalistes.

Question : En conclusion, dites-vous qu’il est impossible de créer une société spirituelle commune sur cette planète ?

Lama Yeshe : Même si vous le pouviez, cela ne mettrait pas fin aux problèmes des êtres. Même si vous fondiez une structure sociale unique et univer-selle, il y aurait encore de l’attachement, il y aurait encore de la colère, la faim existerait encore. Les problèmes résident en chaque individu. Les êtres ne sont pas identiques, chacun est différent. Cha cun d’entre nous a besoin de méthodes différentes en accord avec son propre profil psychologique, ses attitudes mentales et sa person-nalité. Chacun d’entre nous requiert une approche différente pour atteindre l’Eveil. C’est pourquoi le bouddhisme accepte totalement l’existence d’autres religions et philosophies. Nous reconnaissons qu’elles sont toutes nécessaires au développement humain. Il n’est pas possible de dire que l’une des manières de penser soit appro-priée pour tout le monde. Cela ne serait que du dogmatisme.

Question : Que dites-vous des drogues qui élargissent la conscience ? Peut-on expérimenter le bardo sous l’influence des drogues ?

Lama Yeshe : Oui, c’est possible ; faites une overdose et très vite vous ferez l’expérience du bardo ! Non, je ne fais que plaisanter. Il n’y a aucun moyen de faire l’expérience du bardo en prenant des drogues.

Question : J’ai l’impression que vous êtes en quelque sorte critique envers l’Occident, que vous riez de ce que nous faisons et de la manière dont nous essayons de civiliser ce qui n’est pas civilisé. Je n’ai pas vraiment de question, mais quel ave-nir voyez-vous pour l’humanité en termes du développement qui est en train de se faire dans ce que l’on appelle l’Occident pro-gressiste ; de plus grands avions, de plus grandes maisons, de plus grands supermarchés ? Quel avenir voyez-vous pour l’Occident ?

Lama Yeshe : Je constate que les Occidentaux sont de plus en plus affairés, de plus en plus agités. Je ne critique pas le développement matériel ou technologique en tant que tel, mais plutôt l’esprit incontrôlé. Ne sachant pas qui ou ce que vous êtes, vous passez votre vie à vouloir aveuglément saisir ce que j’appelle « une bonté de supermarché ». Vous agitez votre vie et vous agitez vous-mêmes. Au lieu d’inté-grer votre vie, vous la fragmentez. Observez-vous attentivement. Je ne vous dénigre pas. En fait, le bouddhisme ne nous autorise pas à dénigrer la manière de vivre de quiconque de façon dogmatique. Tout ce que j’ essaie de suggérer, c’est que vous preniez en considé-ration l’idée de regarder les choses d’une autre manière.

Ce texte est extrait du premier chapitre de “Devenir son Propre Thérapeute”, un ouvrage publié par les Editions VAJRA YOYINI, Château d’En-Clauzade81500 MARZENS

tél 05 63 58 17 22

Lama Thubten Yeshé (1935-1984) fut un des premiers maîtres tibétains à avoir enseigné en anglais. Il dédia incontestablement sa vie à transmettre l’essence des enseignements du Bouddha aux Occidentaux. Il appartient à la lignée Gelugpa du Bouddhisme Tibétain. En France il a fondé l’Institut Vajra Yoyini et le monastère de Nalanda.

Octobre 2000

Fondation pour la Préservation de la Tradition Mahayana (FPMT)
Centre Kalachakra - Centre de bouddhisme tibétain
5, passage Delessert - 75010 Paris
Tél/Fax : 01 40 05 02 22


http://www.centre-kalachakra.net/





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