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Bouddhisme et développement durable

Le tout est dans la partie qui est dans le tout

Par Ludovic Aubin

Le développement durable nous invite dans ses textes fondateurs (rapport Brundtland) à "agir localement et penser globalement". Cette seule injonction éthique nous plonge déjà dans un univers complexe et ce, à divers niveaux, et pose un certain nombre de difficultés que je propose d’énoncer ici. Je tenterais en conclusion d’énoncer des pistes qui pourraient nous permettre de dépasser les paradoxes que cette formule génère.

Les sciences classiques ont toujours conclu à l’irréductibilité du singulier et de l’universel, du simple et du complexe, du local et du global.

En cela le développement durable est non seulement producteur d’une nouvelle épistémologie (d’un nouveau paradigme comme l’on dit souvent), c’est-à-dire d’un nouveau rapport au savoir et à la connaissance, mais émerge dans un contexte mondial lui-même complexe et producteur de conditions propres à générer ce type d’associations complexes (au sens que Morin lui donne, c’est-à-dire l’articulation de dimensions complémentaires, concurrentielles et antagonistes). Il existe, en résumé une boucle récursive entre la pensée complexe émergente et les conditions sociales complexes qui rendent possible l’émergence de cette pensée.

La pensée complexe émerge il y a une trentaine d’années grâce aux travaux d’Edgar Morin, de Jean-Louis Le Moigne et d’une multitude de chercheurs qui, confrontés à de nouvelles questions furent contraints de revisiter le paradigme de la science classique. La pensée complexe naît donc de la confluence de la cybernétique, de la biologie, de l’épistémologie. Edgar Morin, en épistémologue et sociologue érudit s’est attaché à jeter les bases d’une nouvelle méthode (cf. les trois tomes de la Méthode), à même de donner les outils pour comprendre le monde de manière complexe. Car pour Morin, tenter de comprendre un monde complexe avec une pensée simple c’est produire de la violence.

Les biologistes F. Varela et H. Atlan ont beaucoup contribué à comprendre comment un système biophysique générait de la complexité en transformant le bruit (au sens que lui donne la cybernétique, c’est à dire une erreur, un aléa dans l’information) Le bruit, provoque dans un premier temps du désordre dans le système puis dans un second temps augmente la complexité dudit système en augmentant sa diversité. Cet ordre par le bruit, cette complémentarité entre le hasard et la nécessité, l’aléa et l’autonomie permet d’entrevoir différemment les vieilles oppositions stériles évoquées plus haut.

Un chercheur, Jean-Pierre Dupuy a, quant à lui, réussi une synthèse rigoureuse de tous ces apports et nous permet de comprendre l’émergence de propriétés nouvelles au niveau social. Au niveau global, macro-social, il y a ce que l’on appelle des totalisations, des entités qui paraissent transcendantes aux hommes. Ces totalisations, sont hypostasiées, c’est à dire que les hommes leur confère une vie propre, les dotent d’une essence. Les sociétés humaines ont cela de mystérieux qu’elles parviennent à mettre hors d’elle-même le foyer de leurs significations à partir desquels elles s’orientent. Ce mécanisme de bootstrapping, d’auto-transcendance, ne doit pas faire illusion. A la suite de l’auteur, on peut dire qu’il y a totalisations ou réifications des relations entre les hommes lorsque ceux-ci ne reconnaissent pas ou plus, dans le produit de leurs actions. Dès lors une déconstruction de ces entités ‘’surplombant les hommes’’ est possible.

Le marché, la société, le sacré, ces termes masquent donc une réalité complexe faite de mécanisme d’actions, de rétroactions et d’auto-transcendance.

La pensée complexe, ce souci de tenir ensembles les paradoxes et de ne pas mutiler l’indécidabilité du réel, est donc relativement récente en Occident, car la pensée connaissante procède par disjonction, par mutilation et discrimination afin d’ordonner les éléments du réel et de les rendre intelligibles et propres à la connaissance et à la communication. Les obstacles à l’émergence d’une pensée complexe sont donc anthropologiques, sociologiques et cognitifs, ces trois niveaux étant bien sûr en interaction.

Si cette pensée est récente en Occident, elle est en revanche le quotidien du bouddhisme. Car le bouddhisme est un chasseur d’essentialismes. Il permet de repérer ce que l’on tenait pour séparer afin de le relier au monde et aux conditions qui ont favorisé son émergence. C’est la coproduction interdépendante.

Le soutra Avatamsaka (1) (le soutra de la guirlande de fleurs) est un exemple type de ce que le bouddhisme permet d’appréhender par la pratique de la vision profonde et de ce que la physique quantique a mis au jour 25 siècles plus tard par la voie, non de l’observation de l’esprit mais par la voie de l’observation de la matière et qui est présent dans la problématique du développement durable, à savoir que le tout est dans la partie qui est dans le tout. Cette conscience aiguë que la pratique permet d’entretenir au quotidien doit nous amener à saisir que l’action locale la plus quotidienne a beaucoup à voir avec ce que l’on appelle les déséquilibres environnementaux et sociaux à l’échelle globale. C’est cette lucidité sans cesse renouvelée que le bouddhisme permet d’acquérir et qui est parfaitement compatible voire indispensable à la conscience planétaire que les défenseurs du développement durable appellent de leurs vœux.

En écrivant cela je dois donc être conscient d’utiliser un ordinateur dont les composants métalliques viennent peut-être de mines de cuivres ou de métaux précieux d’Afrique du Sud ou d’Amérique latine, où des gens travaillent dur pour gagner leur vie. Le verre de mon écran n’existerait pas sans le sable provenant des lits des fleuves de notre pays, etc. Les éléments en plastique (boîtier, clavier) n’existeraient pas sans que les pays du Moyen-orient n’extraient de leur sous-sol leur précieux or noir.

Une vision profonde pratiquée sur mon ordinateur devrait donc m’amener à me sentir solidaire de tout ce et de tous ceux qui ont contribué directement ou indirectement à ce qu’il se trouve aujourd’hui entre mes mains. Il pourrait en être de même pour toute chose…

Si l’on en revient à notre formule de départ, fondement de l’éthique du développement durable, il semble que la pratique bouddhiste peut donc parfaitement aider à intégrer dans la vie quotidienne cette injonction d’articulation entre le local et le global. La pleine conscience, que le maître zen vietnamien Thich Nhât Hanh nous invite à pratiquer, est donc de toute première importance.

Selon ce texte, il est impossible de montrer qu’une chose existe par elle-même et qu’elle n’est pas en relation avec tous les autres éléments de l’univers.

1. Pour une illustration de ce soutra, voir Thich Nhât Hanh Transformation et guérison, Albin Michel Spiritualité, Paris , 1997.

2 Voir, par exemple, Edgar Morin dans Terre-Patrie, ou encore Ignacy Sachs dans L’écodéveloppement

Mai 2001






Buddhaline

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