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Bodaïshin : l’aspiration à l’éveil

Eno, le sixième patriarche, décida de sa vie en entendant cette phrase : « Lorsque l’esprit ne demeure sur rien, le véritable esprit apparaît. »

Par Pierre Crépon

BODAISHIN

Eno, le sixième patriarche, décida de sa vie en entendant cette phrase : « Lorsque l’esprit ne demeure sur rien, le véritable esprit apparaît. » Tant que l’on suit sa propre inertie, il n’y a pas de place pour s’éveiller à cela. Il ne s’agit pas, bien sûr, de s’éveiller à un autre esprit mais de suivre Bouddha et ainsi il n’est ainsi pas nécessaire d’utiliser son pouvoir personnel. Ces mots, bodaishin, l’esprit d’éveil, Sensei les employait constamment et ceux qui l’ont connu en parlent dans ce dossier.

Bodaishin. Maître Deshimaru répétait sans cesse ce mot et il fait partie de notre vocabulaire courant. Par exemple, d’une personne dont les motivations pour la pratique sont simplement le mieux-être ou quelques gains personnels, ou qui arrête la pratique dès qu’elle rencontre quelques difficultés, on dit qu’elle manque de bodaishin. Bodaishin est ce qui nous conduit sur la Voie, nous stimule dans la pratique, nous permet d’abandonner notre égoïsme. C’est la dimension élevée de notre vie et c’est de cette façon que, plus ou moins consciemment, nous employons ce terme.

De fait, le mot de bodaishin, et la notion qu’il recouvre, est une expression centrale de l’enseignement de Bouddha, notamment dans ses développements du Mahayana. Au cours des siècles, il a donné lieu, dans toutes les traditions, à d’innombrables commentaires et, à partir de la compréhension de ce simple mot, il est possible d’approfondir sans fin la Voie bouddhique.

Bodaishin est la traduction sino-japonaise du sanscrit bodhichitta. Bodai, ou bodhi, c’est l’éveil. Shin, ou chitta, c’est l’esprit. Il est donc généralement traduit par « esprit d’éveil » ou encore par « aspiration à l’éveil ».

D’où provient cette « aspiration à l’éveil » dans notre vie ? Pourquoi Shakyamuni a-t-il quitté son palais et pourquoi nous obstinons-nous à nous asseoir les jambes croisées ? On peut dire que la prise de conscience par l’être humain de sa propre finitude, et de celle des autres, est ce qui le conduit vers une quête ontologique. En termes bouddhiques, on dit que c’est la conscience de l’impermanence et de la souffrance qui conduit vers la Voie. C’est l’homme préhistorique qui enterre ses morts, c’est le jeune Dogen qui décide de devenir moine quand il voit la fumée de l’encens s’élever devant la dépouille de sa mère morte, c’est Shakyamuni qui s’engage dans la pratique après les quatre rencontres décisives (la maladie, la vieillesse, la mort, le religieux errant).

Ainsi, l’un des sens du terme chitta est l’esprit qui pense, qui réfléchit, qui conçoit, qui discerne (la pensée en quelque sorte). C’est parce que l’être humain est doté d’un esprit qui peut discerner l’impermanence, qui peut réfléchir sur la souffrance, la sienne et celle des autres, qu’il s’engage sur la Voie, qu’il aspire à l’éveil. C’est parce qu’il est sapiens que l’être humain peut devenir religiosus.

De nombreux sutras font des développements sur l’éveil qui conduisent à une approche, apparemment, radicalement différente. Ainsi Vimalakirti dit, dans le sutra qui porte son nom : « L’éveil n’est pas attesté par le corps et n’est pas attesté par l’esprit (chitta) (...) L’éveil est le non-fonctionnement de toute réflexion (...) L’éveil est le rejet de toutes les imaginations, l’éveil est exempt de mouvement, d’inquiétude et d’agitation. » Ou encore, le Sutra de la sagesse suprême : « L’éveil est au-delà de tout mode d’expression, au-delà de toute construction, de toute pensée. » S’il en est ainsi, si l’éveil est non-fonctionnement de toute réflexion, comment la réflexion pourrait-elle y conduire ? Un autre sutra affirme : « Le caractère de l’éveil transcende le triple monde, dépasse la convention et le chemin du langage. C’est en éteignant toute production que l’on produit l’esprit d’éveil. La production de l’éveil est non-production. »

Bodaishin, l’esprit d’éveil, l’aspiration à l’éveil, n’est alors pas différent de l’éveil même, dont la nature est exempte de toute marque, de toute discrimination, de toute réflexion, qu’elle soit sur l’impermanence ou la souffrance. En termes bouddhiques, on pourrait dire que c’est parce que nous sommes originellement éveillés, bien que nous ne nous en rendions pas compte, que surgit l’esprit, l’aspiration à l’éveil.

En vérité, il n’y a pas d’opposition entre ces deux approches. Chacun est conduit vers la Voie par un processus singulier. Dogen ou Shakyamuni le furent peut-être par une réflexion sur l’impermanence ou la souffrance, mais on dit que la simple récitation du Sutra du diamant éveilla le sixième patriarche Houei-neng et qu’il rejoignit alors le temple de Konin.

Il n’y a pas un monde de l’éveil qui soit séparé du monde de la vie quotidienne et l’esprit qui discerne n’est que la manifestation de l’esprit exempt de discrimination. Alors que Houang-po faisait un sermon sur la phrase « Cet esprit est Bouddha », quelqu’un lui dit : « Je ne comprends pas. » Et Houang-po de rétorquer : « Cet esprit qui ne comprend pas est Bouddha. »

La Noble Vérité de la souffrance suppose la Noble Vérité de la cessation de la souffrance, l’impermanence suppose la stabilité. Lorsque la conscience de l’impermanence n’est pas attachée, elle est éveil ; lorsque l’éveil se manifeste, l’impermanence n’a plus d’obstacle. L’éveil et l’ignorance, Bouddha et les êtres ordinaires, la vacuité et les phénomènes ne sont pas deux. De cet enchevêtrement surgissent les milliers de sutras et les multitudes d’enseignements. Dans cette non-séparation se manifeste bodaishin. La pratique qui l’actualise est affaire de quotidienneté.

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