BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter CD - Le chant des Dakinis

Historique
La redécouverte de Dogen - Pierre Crépon
Les femmes dans l’histoire du zen - Jade Reidy
Une brève histoire du Vinaya - FPMT
Les anciens manuscrits indiens du bouddhisme -
Le Buddha, un pionnier des “droits de l’homme” - Dr Gabriel "Jîvasattha" Bittar
A“ngulimaala : la réhabilitation d’un tueur - Michel Henri Dufour
Le Shingon, bouddhisme tantrique du japon - Thierry Mollandin
Même rubrique

La conscience ordinaire - Joseph Goldstein
Silence et parole dans la méditation ou silence dans la mystique chrétienne - Père Chevallier
De l’interdépendance : portée universelle et actualité du Bouddha-Dharma - Lama Denys
Le Buddha, un pionnier des droits... et des devoirs de l’homme... et de l’animal - Dr Gabriel "Jîvasattha" Bittar
Le Bouddha et les animaux - Dr Gabriel "Jîvasattha" Bittar
La regle d’or : interdépendance et responsabilité - Lama Denys
L’espèce humaine n’a pas l’exclusivité des droits - Dr Gabriel "Jîvasattha" Bittar
Autres textes
Le message de Bernie Glassman, maître zen : porter témoignage de l’intégralité de la vie - Sofia Stril-Rever
Danses tibétaines interdites à Katmandou par les Chinois - Sofia Stril-Rever
Les quatre Mantras ou la vraie présence - Thich Nhat Hanh
Mâha-Prajñâ-Pâramitâ Hridaya Soûtra - Vénérable Shinjin
Ici et maintenant - Ajahn Sumedho
Le toucher, des effets thérapeutiques importants, sans que ce soit son objectif - Tony Neuman
Metta Suta -
Michel Henri Dufour

Ajahn Chah par Michel Henri Dufour
Amaravati : le premier monastère de forêt en Occident par Michel Henri Dufour
Approche de la méditation par Michel Henri Dufour
Aux sources du bouddhisme : la tradition de la forêt par Michel Henri Dufour
Interview d’Ayyaa Upekkhaa par Michel Henri Dufour
L’oeil divin, ou ce que voit le Bouddha par Michel Henri Dufour
La communauté monastique par Michel Henri Dufour

Bookmark and Share
- imprimer

> Bouddhisme > Essais


Aux sources du bouddhisme : la tradition de la Forêt

Avec la tradition de la Forêt, nous remontons au coeur du bouddhisme ancien, qui est le bouddhisme de toujours. L’article est accompagné de réflexions de moines et de nonnes contemporains.

Par Michel Henri Dufour

Le bouddhisme aujourd’hui

La situation du bouddhisme en France est actuellement à un tournant. Après de nombreuses années de méfiance et d’incompréhension une nouvelle attitude se dessine, augurant d’un respect authentique issu d’une meilleure connaissance, et ceci dans presque tous les milieux sociaux ou religieux.

Le nombre des bouddhistes en France varie entre 150 000 et 600 000 selon les critères adoptés et en incluant les communautés asiatiques qualifiées d’emblée de “bouddhistes”. Un public assez large (dont certaines personnalités de la scène et de l’écran) affiche un attrait pour le bouddhisme sans toutefois affirmer un engagement ferme et en le mélangeant sans sourciller à d’autres opinions ou pratiques (parfois en contradiction avec les prémisses mêmes du bouddhisme).

Le bouddhisme est néanmoins considéré officiellement comme la cinquième religion de France ; et, s’il est souhaitable de voir les valeurs qu’il met en avant et la voie de sagesse qu’il propose participer à l’édification de notre modernité et de notre humanité constamment érodée, il est indispensable d’effectuer un important travail d’information auprès des médias et de certains auteurs qui, se contentant trop souvent de simplifications outrancières et ne faisant pas, le plus souvent, l’effort d’aller sous les apparences pour s’abreuver à la source, présentent un bouddhisme édulcoré, parfois caricatural.

La tradition de la Forêt

Le terme “Bouddha” signifie “l’Éveillé”, “Celui qui est libre de l’illusion”. Il y a plus de 2 500 ans Gotama le Bouddha (re)découvrit et commença à enseigner une Voie grâce à laquelle chacun pouvait s’éveiller à la Vérité ultime ou Dhamma. À la suite de cette découverte, au cours de ses quarante-cinq années d’enseignement en Inde à toutes catégories d’auditeurs, sans considération d’origine sociale, il fonda un ordre monastique, la Sangha, afin que cette voie du Dhamma puisse se perpétuer.

La structure toute entière du bouddhisme repose sur ces trois fondations : le Bouddha, le Dhamma et la Sangha. On les appelle les Trois Joyaux car il est rare et précieux en ce monde de rencontrer un enseignant sage, le Bouddha, un enseignement qui incite à la recherche de la Vérité et de la paix, le Dhamma, et des hommes et des femmes désireux de dédier leur vie à pratiquer et réaliser cette Vérité, la Sangha. Ces Trois Joyaux représentent les principes de Sagesse, Vérité et Vertu, guidant tous les bouddhistes.

La Communauté est structurée par un code de discipline nommé le Vinaya, qui fut instauré au fil des années par le Bouddha. Les nombreuses règles du Vinaya présentent avec détails la manière de mener une vie de célibat, de frugalité et de conduite harmonieuse. Plutôt que d’inciter à l’ascétisme, la pratique est un moyen de vivre dans la réflexion et la vigilance et un guide permettant de garder ses besoins au minimum : un lot de toges monastiques, un bol à aumônes, un repas par jour, des remèdes en cas de nécessité, et un abri pour la méditation et le repos.

Le Vinaya crée un lien très étroit et très solide entre la Communauté des moines et des nonnes et la société environnante. En effet, en l’absence de l’offrande quotidienne de nourriture et du soutien à long terme de la communauté laïque, la Sangha ne peut survivre. Bien entendu, un tel soutien ne peut être effectif que si la Sangha fournit un exemple digne de respect, et que la relation ainsi créée offre un cadre dans lequel la générosité, la compassion et l’encouragement mutuel peuvent se développer.

La dépendance vis-à-vis des autres encourage les moines et les nonnes à vivre dans la confiance et à se satisfaire d’un niveau de vie modeste. Une relation équilibrée est ainsi maintenue, la Sangha offrant l’aide spirituelle par l’enseignement et par sa présence, les laïcs utilisant l’opportunité d’exercer leur générosité et de participer directement et avec joie à la vie spirituelle.

Au cœur du bouddhisme

La tradition de la Forêt représente l’essence même du bouddhisme originel, et par là de toutes les écoles. Le Bouddha est né sous un arbre, il a passé toute la partie de sa vie suivant son Éveil dans la forêt, et il est mort sous un arbre. La forêt se trouve donc au cœur des premiers temps du bouddhisme, aussi bien en tant que lieu privilégié de pratique qu’en tant qu’esprit imprégnant toute la pratique, qu’elle soit monastique ou laïque.

Le Bouddha a toujours rejeté les pratiques ascétiques extrêmes telles qu’ils les avait expérimentées avant son Éveil. Cependant il reconnaissait qu’un certain degré d’austérité était nécessaire dans la vie des moines. Par exemple, nous trouvons dans les “nissaya” (supports) récités par le moine lors de l’ordination qu’il est censé porter des toges fabriquées à l’aide de vieux morceaux de tissu sans valeur, se nourrir de ce qu’il reçoit pendant la tournée d’aumônes, s’abriter au pied d’un arbre, etc. En outre il ressort de la lecture des biographies de nombreux moines que ces pratiques étaient très courantes dans la Communauté originelle, la vie errante et méditative étant la norme. Deux grands exemples (parmi beaucoup d’autres) nous sont parvenus : Mahâkassapa, l’un des principaux disciples du Bouddha, excellait dans ce genre de pratique, et Añña Kondañña, le premier à avoir perçu la sagesse de l’Enseignement lors du premier enseignement exposé par le Bouddha, a passé sa vie au coeur des forêts.

Pendant plus de 2 500 ans cette existence sylvestre fut le lot quotidien de nombreux moines dans divers pays d’Asie. Peu de rapports existent sur leur vie car ceux qui pratiquent selon cet esprit ne sont généralement pas des écrivains et ne recherchent ni l’approbation publique ni la médiatisation. À l’époque actuelle on peut encore visiter nombre de temples où ce mode de vie est expérimenté sous la direction de Maîtres de valeur. La plupart préfèrent se tenir à l’écart des traumas de la vie urbaine, des distractions et du luxe qui sont bien loin de l’idéal du moine de forêt.

La Communauté monastique évolue mais demeure

Dès la fin de la vie du Bouddha déjà, ses disciples étaient passés du stade d’un petit groupe de moines errants à celui d’une large communauté parfaitement organisée, résidant, à l’invitation de riches donateurs laïcs, dans de vastes monastères répandus dans toute la région centrale de l’Inde. Cette situation résultant du fait que, bien que les moines acceptent avec joie ce qui est offert et se contentent de conditions parfois austères en termes de logement et de nourriture, l’évolution naturelle veut qu’ils soient toujours en mesure de répondre aux besoins spirituels de la communauté laïque.

La Communauté monastique a néanmoins survécu dans sa forme originelle à des siècles de bouleversements, à la naissance et à la disparition de nombreux empires. De l’Inde au Sri Lanka, à la Birmanie, à la Thaïlande et à travers toute l’Asie, elle s’est répandue et a prospéré. Dans toute société où des valeurs spirituelles florissaient la Communauté a pu trouver nourriture et soutien, et en retour a offert un sens à cette société.

La Thaïlande est particulièrement favorisée par la présence d’un certain nombre de Maîtres bouddhistes de grande valeur, l’un d’entre eux étant Ajahn Chah (1918 - 1992). Ajahn Chah faisait partie d’un mouvement destiné à restaurer la direction et l’austérité originelles de la vie du moine en établissant des communautés monastiques à la vie très simple, dans les forêts les plus reculées. Une telle communion directe avec les éléments favorisait la clarté du mental et renforçait le cœur.

À ce jour, plus d’une centaine de monastères de forêt ont été créés, inspirés de son enseignement. De très nombreux disciples d’Ajahn Chah résident à travers le monde, le noyau de cette Communauté en Occident étant constitué par le monastère de Chithurst et le centre bouddhique Amâravatî en Angleterre, ouvert en 1985, sous la direction du Vénérable Sumedho, l’un des premiers disciples occidentaux du Maître. D’autres monastères ont été par la suite créés en Australie, Nouvelle-Zélande, Italie, États-Unis et Suisse. Ils accueillent pour des enseignements et des retraites nombre de laïcs.

Par ses caractéristiques mêmes, situées aux antipodes des pseudo-valeurs de notre civilisation, la tradition de Forêt ne semble rien posséder qui puisse séduire l’homme contemporain et il est à craindre que, malgré son ancienneté et sa vitalité actuelle, elle ne disparaisse, avec beaucoup d’autres, dans le chaos des comportements contradictoires de notre modernité. L’obéissance à tous les désirs prenant la prééminence sur l’esprit de pauvreté et le contentement, la recherche du superflu sur la culture de l’essentiel, la vitesse et la précipitation sur la lenteur et la circonspection, l’agressivité sur la douceur et la paix mentale, la conformité sociale sur la transcendance.

Pensées de moines et nonnes contemporains

Ajahn Chah :

« Accomplissez toutes choses avec un esprit qui lâche prise. N’espérez aucune récompense ni aucune louange. Si vous lâchez prise un peu, vous obtiendrez un peu de paix. Si vous lâchez prise beaucoup, vous obtiendrez une paix importante. Si vous lâchez prise totalement, vous obtiendrez la paix et la liberté totales. Vos luttes avec le monde seront parvenues à leur fin. »

Ajahn Tiradhammo, moine occidental et supérieur du centre monastique Dhammapala, en Suisse, exprime ainsi son appréciation de la tradition de Forêt :

« Très succinctement je pense que la caractéristique la plus importante de la tradition de Forêt est la “simplicité positive”, à la fois physiquement et mentalement. Ce n’est certainement pas quelque chose de facile mais il est possible de le cultiver et c’est en outre universellement reconnu comme la vertu la plus fondamentale exemplifiant la vie spirituelle.

Physiquement on essaye de vivre grâce aux seules nécessités de base. Ce n’est pas simplement une discipline ascétique et il n’est pas non plus question de rejeter le confort ; on est plutôt encouragé à réfléchir à ce dont on a réellement besoin comparé à ce que l’on désire ! À une époque de “progrès” matériel croissant et de diversité de choix c’est une réflexion précieuse que de considérer ce qui est vraiment important dans la vie et quelles sont nos priorités.

Mentalement ce n’est pas une quelconque forme de stupidité dans laquelle on ne se refuse rien mais un état de non-confusion et de clarté. Doté d’un degré initial de vigilance mentale et émotionnelle on observe la véritable nature des processus mentaux et l’on découvre ainsi la façon de “lâcher prise” de tous les “suppléments” qui surchargent et obscurcissent l’esprit. Le niveau le plus élémentaire de “simplicité mentale positive” est réalisé grâce à l’unicité d’esprit (samâdhi) qui est un état temporaire et conditionné.

Ceci fournit une base à la réflexion profonde et pénétrante sur la véritable nature des conditions mentales et permet un véritable “nettoyage” des attachements, des peurs, des confusions, etc., grâce à la vision de leur nature réelle comme transitoires, imparfaits et impersonnels. Il est parfois nécessaire de traiter une partie du “matériel mental/émotionnel” grâce à la culture de “moyens habiles” tels que la douceur et l’acceptation de soi afin de contrecarrer la tendance au dénigrement de soi, le respect et la gratitude envers le Bouddha, nos Maîtres et la Communauté pour contrecarrer la tendance à l’individualisme, et un sens de l’humour pour contrecarrer la tendance à prendre nous-mêmes et nos problèmes trop sérieusement.

On doit clairement reconnaître que la vie monastique et même le bouddhisme ne conviennent pas à tous. Cependant, à l’époque actuelle, un grand nombre de personnes cherchant de nouvelles voies d’expression de leurs besoins spirituels profonds peuvent bénéficier largement de l’étude et de la pratique de l’enseignement et de l’exemple offerts par la tradition de Forêt : mener une vie simple et non violente afin d’être en mesure de découvrir la véritable nature de l’existence humaine. »

Ayyâ Upekkhâ, nonne française, résidente au centre monastique Amâravatî, en Angleterre :

« Cette voie a beaucoup à offrir car c’est une très forte affirmation de valeurs représentées par une forme totalement hors contexte dans le monde d’aujourd’hui. Elle est un défi pour tous ceux qui nous voient le crâne rasé et en vêtements monastiques, dans une position tellement vulnérable. Elle les force à véritablement contempler la manière dont ils vivent et à la remettre en question, et également comprendre qu’il existe une autre réalité, pour les hommes comme pour les femmes. »

Bibliographie

– Le moine bouddhiste selon les textes du Theravâda, Mohan Wijayaratna, Cerf, 1983

– Living Buddhist Masters, Jack Kornfield, Unity Press, U.S.A., 1977

– Banners of the Arahants, Phra Khantipâlo, Buddhist Publication Society, 1979

– Seeing the Way, Ajahn Chah et alii, Amarâvatî Publications, 1989

– A Still Forest Pool, Jack Kornfield, Theosophical Publishing House, London, 1986

– Cittaviveka, Ajahn Sumedho, Amarâvatî Publications

– Food for the Heart, Ajahn Chah, Vat Pah Nanachat, 1992

– Living Dhamma, Ajahn Chah, Bung Wai Forest Monastery, 1992

Adresses utiles

- Amarâvatî Buddhist Monastery, Great Gaddesden, Hemel Hempstead, Hertsfordshire, HP1 3BZ, England

- Dhammapala Buddhistisches Kloster, Am Waldrand, CH 3718, Kandersteg, Suisse

- Vat Pah Nanachat, Bahn Bung Wai, Amper Warin, Ubon Rajathani, 34310 Thaïlande

- Association Ajahn Chah, 278 rue Carnot, 71000 Mâcon, France.

OCtobre 2000

Association Bouddhique Theravâda
c/o Michel Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel, 71000 SANCÉ -
Tél. : 03 85 20 14 42


http://perso.club-internet.fr/mhd-abt/vivekarama





Buddhaline

E-mail:
Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard



Cabinet Freling