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Henri Madelin

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> Bouddhisme > Intégration > Spiritualité > Réflexion et essais


Au coeur de la vie spirituelle

La patience est la complice des chercheurs de Dieu. Elle ne fait pas de bruit, semble assoupie, mais tisse fidèlement la trame des jours. C’est grâce à elle que des murailles épaisses sont franchies. C’est avec son aide que l’oiseau peut s’envoler vers l’azur, en brisant le filet de l’oiseleur.

Par Henri Madelin

La patience est la complice des chercheurs de Dieu. Elle ne fait pas de bruit, semble assoupie, mais tisse fidèlement la trame des jours. C’est grâce à elle que des murailles épaisses sont franchies. C’est avec son aide que l’oiseau peut s’envoler vers l’azur, en brisant le filet de l’oiseleur.

Patience des longues Périodes infructueuses ; la banalité déroule son ennui. Ainsi a vécu Thérèse Davila pendant les premières années de sa vie cloîtrée. Un jour, c’est le sursaut. C’est une écoute nouvelle, un frémissement des voiles, annonciateur d’un très long voyage. L’être est touché à l’intime. La réponse à l’appel de Dieu, ressenti au plus profond, se dit en un instant, un temps infinitésimal au regard de la longueur des jours qui précédaient et de ceux qui vont suivre. « Commencement du chemin : se mettre en chemin », avertit la mystique espagnole. Pour vouloir se mettre en route, grâce à Dieu, il importe d’avoir dégagé les sables, les herbes et la pierraille : la source peut alors jaillir. Autrefois méconnue, elle ne cesse de se renouveler et de grossir jusqu’à se perdre dans l’immensité. Ceux qui retrouvent les sources disparues ont déjà sur les lèvres cette saveur océane, avant-goût de l’immensité promise.

Aujourd’hui, plus que de source, on parle de puits pour signifier cette dimension de profondeur et la descente dans l’obscurité de soi-même, pour atteindre l’eau qui donne vie. Tous ceux qui savent creuser ainsi entendent les coups portés par d’autres aventuriers qui, à quelque distance, dans le ventre de la terre, se livrent à un forage parallèle. Il est des époques où l’eau se trouve vite boueuse au début, puis de plus en plus claire au fur et à mesure que le travail de remontée s’accentue. A notre époque, sans doute importe-t-il de creuser plus profond pour atteindre la nappe capable de désaltérer les chercheurs avides.

« Mon Dieu, source sans fond de la douleur humaine, je laisse en m’endormant couler mon coeur en vous comme un vase tombé dans l’eau de la fontaine et que vous remplissez de vous-même sans nous », chante Marie Noël. Se laisser tomber, accepter de se laisser remplir. Il ne faut pas vouloir les choses, mais leur permettre de s’accomplir en soi. Activité faite de passivité. Impatience qui permet d’entrer dans la patience. Alors peuvent résonner en soi les questions qu’entend Thérèse et qui orientent une conversion : « Qui d’autre habite avec toi ? », « Avec qui parles-tu ? » Moeurs et paroles vont se muer en l’écoute de l’Unique. C’est « l’urgence intérieure » qui détermine le rythme de la marche, et non plus la conformité paresseuse au cours des événements extérieurs. Au prix d’une longue patience, des fruits étonnants vont commencer à mûrir : nouveau regard, bonté, joie que nul ne pourra plus ravir, paix qui vient d’ailleurs, patience qui permet de durer, simplification de la vision, coup d’oeil qui permet d’apprécier la complexité d’une situation, capacité neuve de décider, légèreté pour se jeter dans l’oeuvre à accomplir.

Mais le chemin, pour y parvenir, est long et semé d’embûches : oppositions de toutes sortes, jalousies exacerbées, incompréhensions des proches, interrogations incessantes durant la « nuit », bouffées d’orgueil. Et puis cette tactique de l’« ennemi » qui, dans l’Evangile, sème l’ivraie et qui est, selon saint jean, homicide et menteur dès l’origine. C’est lui qui susurre à l’âme, en multipliant les obstacles et les empêchements : Comment mèneras-tu longtemps une telle vie solitaire ? Pourquoi as-tu choisi d’affronter tant de périls pour sauver ton âme ? Ne veux-tu pas connaître le repos comme ceux qui t’entourent, au lieu de te lancer à corps perdu dans une vie qui t’éloigne de tes affections et de tes biens les plus chers ?

La réponse à ces tentations récurrentes s’articule dans la patience. Garder sa ligne, ne pas broncher, ne pas dévier de la trajectoire choisie. Thérèse Davila parle de ces assauts comme d’une « guerre ». Ils nous dévoilent notre faiblesse, mais ne peuvent entamer réellement ceux qui mettent leur confiance en Dieu seul. C’est l’imaginaire qui gonfle artificiellement leur puissance. Ces contrariétés « vagabondent en fait d’un objet à l’autre, semblables à ces petits papillons de nuit, importuns et inquiets, qui ne font qu’aller et venir » (Vie écrite par elle-même, ch. 1 7). Le spirituel cherche à ne pas dévier de son chemin, en vivant, tel Ignace, l’alternance des « consolations » et des « désolations ». Dans le premier cas, tout lui paraît facile ; il se sent dans une étonnante proximité de Dieu. Quand vient la désolation, tout s’assombrit ; il se sent comme exilé de lui-même et rempli de tristesse. Il perd le goût de vivre cependant que Dieu semble s’effacer. Il est bon, alors, de ne pas changer ses décisions antérieures, car ce qui est vécu n’est que passager et l’agitation fébrile n’est jamais bonne conseillère. Julien Green, dans son Journal, note avec soin ce genre d’alternances qui le traversent. C’est « l’ennui insondable, mystérieux, frère du néant, qui vient me rendre visite à la campagne, toujours au milieu des vacances. On dirait qu’il sort des murs, il est là aujourd’hui. Tout paraît vide à cause de cette présence », écrit-il le 21 août 1973. Mais, le 3 novembre de la même année, l’être est sur un autre versant, éclairé par une lumière et une chaleur persistantes qui repoussent les ténèbres, car « Dieu est l’éternel présent qui abolit toutes les ombres ».

Parfois la patience d’endurer cet écoulement contrasté des jours se perd dans une agitation et une fébrilité qui sont le signe qu’une nouvelle guerre s’annonce. Ce qui est en cause, à nouveau et avec force, c’est la persistance des choix primordiaux. Cassien, au Vème siècle, a admirablement décrit l’expérience de ces « athlètes » de Dieu retirés dans les monastères du désert, que le « démon de midi » vient brutalement visiter. C’est alors la crise. Le moine semble atteint d’un mal étrange. Il peine à se tenir dans sa solitude. « Il se plaint souvent que depuis tant de temps qu’il est religieux il a fait si peu de progrès, et il dit en murmurant qu’il ne peut espérer en faire davantage tant qu’il demeurera avec telles ou telles personnes qui lui font peine... Il loue les autres monastères qui sont éloignés du sien ; il en parle à tout le monde comme de lieux bien plus propres pour son salut, et plus avantageux pour la vie religieuse. Il représente toutes les personnes qui y sont, comme des personnes d’une conversation très agréable. Il ne trouve au contraire rien que d’incommode et d’importun au lieu où il est.. » Cette agitation des âmes, en proie à la tentation si bien décrite par Cassien, ne vaut pas seulement pour le moine reclus dans sa thébaïde. Elle peut atteindre toute personne parvenue à maturité, qui doute de ses choix, remet en cause ses décisions... Ces êtres tranquilles devenus impatients ne supportent plus les contraintes de leur situation présente. Pour échapper à l’ici et au maintenant, à leur entourage proche, ils rêvent d’un ailleurs. Mais ce n’est qu’une terrible tentation. S’il traverse l’épreuve, s’il repousse les fausses lumières, le spirituel peut retrouver les chemins du consentement à la réalité. De nouveau saisi par Dieu, il accepte, devant lui, de s’accepter lui-même.

Nous avons tous rencontré des êtres ordinaires qui vivaient ainsi patiemment leur condition en acceptant ce qu’elle implique, sans se rebiffer. On reste dans l’admiration quand on découvre, au hasard des rencontres, des hommes et des femmes marqués par de cruelles épreuves ; ils continuent pourtant à croire sans murmurer et découvrent même de nouveaux motifs de joie. Tels des sculpteurs, ils trouvent en eux des richesses nouvelles pour donner forme à ce qu’ils vivent et font. Ils ont acquis assez d’audace pour couler dans leurs actes l’or qui jaillit de leur coeur Au sein des contrariétés, ils donnent le sentiment de pouvoir vivre jusqu’au bout l’épreuve qui leur est proposée. Dans Un merveilleux malheur, Boris Cyrulnik évoque, sous le nom de « résilience », cette capacité de se refaire, avec patience, après avoir subi un choc terrible dans son histoire personnelle. Car les chemins spirituels ne sont pas réservés à une petite aristocratie. Tous peuvent y accéder et refuser les engrenages mortifères. Le don de la patience est offert à tout être sur le chemin de la vraie vie. L’aube spirituelle est promise à ceux qui ont continué d’avancer quand le soleil était noir.

Nous n’avons pas oublié ces femmes russes enfermées dans un camp de travail sibérien dont nous a parlé Soljenitsyne. Elles demandent à être dispensées du travail obligatoire le jour de Pâques. L’administration leur refuse cette faveur. Bien plus, pour punir ces croyantes, on les oblige à se tenir debout dans des marais glacés. Elles se mettent alors à chanter des cantiques et à piler ensemble. Orantes immobiles et stoïques dans le vent et la froidure. Les autres détenus qui les regardent disent entre eux : « Ce sont des folles, ou ce sont des saintes ». Avec calme et persévérance, elles sont devenues des folles pour l’amour du Seigneur. N’est-il pas écrit dans levangile : « C’est dans votre patience que vous posséderez vos vies » ?

> De la patience envers soi-même (K. Rahner)

L’homme patient est patient avec son impatience ; en toute déprise et presque sereinement, il renonce à un accord ultime avec lui-même.

> Au coeur de la vie spirituelle (H. Madelin)

La patience est la complice des chercheurs de Dieu. Elle ne fait pas de bruit, semble assoupie, mais tisse fidèlement la trame des jours. C’est grâce à elle que des murailles épaisses sont franchies. C’est avec son aide que l’oiseau peut s’envoler vers l’azur, en brisant le filet de l’oiseleur.

> Quand la patience se fait bouddhique (P. Magnin)

La patience est la troisième des six perfections (paramita) du bodhisattva. Cet être d’éveil, qui volontairement renonce à devenir Bouddha aussi longtemps qu’il existe des hommes à aider, pratique en effet dans leur perfection les vertus de don, moralité, patience, énergie, extase et sagesse

> Le désir de la vertu (D. Mercadier)

Il n’est sans doute pas mieux, pour désigner ce point de veille et de prière, d’attente de l’autre chose où se maintient Freud après Goethe, que le mot par lequel, à l’unisson, poète et psychanalyste tiennent que « l’art et la science ne suffisent pas » : « L’oeuvre réclame la patience ».

> Patience pour « sots avisés » (K. Rahner)

Ceux qui ne dominent pas leur sottise n’ont aucun sens des limites de leur savoir ; ils n’ont donc pas besoin de patience dans la gestion de leur situation intellectuelle. Mais les sots avisés, tels que nous espérons l’être, souffrent douleur amère pour leur sottise ; en conséquence de quoi il leur faut apprendre à la porter en patience.

Sommaire du n° 391-3 de septembre 1999

PERSPECTIVES SUR LE MONDE

Les Balkans dans la tempête – Jean-Arnault DÉRENS

SOCIÉTÉ

La sécurité alimentaire – Etienne PERROT

L’adoption au risque de l’homosexualité – Agnès AUSCHITZKA

ESSAI

Jeunesse des mythes – Jean-Claude CARRIÈRE

FIGURES LIBRES

Patiences de l’ombre

RELIGIONS

L’Europe peut-elle se faire sans dimension spirituelle ? – Lucien DALOZ

Minorités évangéliques en Amérique latine – Sylvie KOLLER

ARTS ET LITTÉRATURE

L’Occident et la musique écrite – Brice LEBOUCQ

Carnet de théâtre – Jean MAMBRINO

Cinéma – J. COLLET, X. LARDOUX, P. ROGER, C. SOULLARD

Notes de lecture

Revue des livres

Disques-références

Septembre 1999

Revue Etudes
14 rue d’Assas - 75006 Paris
Tél. : 01.44.39.48.48 - Fax : 01.40.49.01.92


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