BuddhaLine Recherche Plan du site Partenaires Forum Annuaire Newsletter CD - Le chant des Dakinis

Esprit d’éveil
Mourir avec esprit d’Eveil, comment être utile aux mourants - Lama Zopa Rinpoché
L ’écrit sur le moi - Maître Sosan (VII°)
L’esprit vaste est comme l’océan - Maître Moriyama
Suivre l’Exemple des bodhisattvas - Khènsour Jampa Tègchok Rinpoché
Le Chant de l’Éveil - Kodo Sawaki
Naissance et développement de l’esprit d’éveil - Roland Rech
Transformer ses problèmes - Lama Zopa Rinpoché
Même rubrique

Le Roi Guésar de Ling ou l’art du guerrier - Michèle Béran
La joie dans la pratique spirituelle - Ajahn Thiradhammo
La doctrine du non-soi :anatta - Vénérable Walpola Rahula
Le cœur de la compassion - Sogyal Rinpoché
L’attitude mentale bouddhiste - Walpola Rahula
Une immense responsabilité : prendre le voeu de bodhisattva - Chogyam Trungpa Rimpoche
Résumé de la méditation du Trèktcheu - Gangteng Tulku Rimpoché
Autres textes
Following the Path -
Conte d’amitié : Le Vent et la Lune - Fondation bouddhiste Vihara Lemanique
Pourquoi sommes nous ici ? - Ajahn Chah
A quoi sert la psy ? - Josiane Klasset
La perte lors du passage de l’opératif au spéculatif - Jean-Pierre Schnetzler
Qu’est-ce que la réalité ? - Lama Thubten Yeshe
Un entretien informel avec Lama Thubten Yeshe - Lama Thubten Yeshe
Yangtsé Rinpoché

Bookmark and Share
- imprimer

> Bouddhisme > Enseignements


Atteindre l’Eveil

Si vous vous employez à réunir les causes et les conditions qui vous conduisent à modifier votre esprit en recevant des enseignements, vous devenez alors capables de transformer votre esprit, c’est-à-dire d’en éliminer graduellement les perturbations mentales.

Par Yangtsé Rinpoché

« A partir d’aujourd’hui vous allez recevoir l’enseignement du Lam Rim. De mon côté, pendant que je vous transmettrai cet enseignement, j’essaierai de corriger mon esprit afin qu’il corresponde à ce qui est dit dans "La Voie Progressive qui mène à l’Illumination". De la même façon, je vous demande de corriger votre esprit si vous voyez qu’il ne correspond pas à ce que vous entendez. En effet, l’idéal est de recevoir cet enseignement tout en corrigeant son esprit.
Comme vous le savez, nous sommes sous le contrôle de notre esprit qui est lui-même dominé par les perturbations mentales. C’est du reste ainsi que nous perdons complètement le contrôle de nous-mêmes. Or l’enseignement que je vais vous transmettre permet d’obtenir le contrôle de son propre esprit, c’est-à-dire de le diriger sur le sentier correct. Le plus important est donc de générer une motivation appropriée, mais aussi de recevoir cet enseignement dans le but de corriger son esprit : trouver ses défauts et ses faiblesses, ainsi que le moyen de le rendre correct. »

Yangtsé Rinpoché est né à Katmandou au Népal en 1968. Reconnu à l’âge de six ans comme la réincarnation d’un grand maître tibétain, Guéshé Ngawang Guèndune, il a suivi le cursus traditionnel transmis dans les monastères tibétains reconstruits au Népal et en Inde. Parfaitement adapté à la culture occidentale, il nous transmet directement la voie qui mène à l’Illumination, chemin infaillible suivi par tous les grands maîtres pour éliminer les défauts et développer la capacité d’être pleinement bénéfique à autrui.

Introduction

Je suis en train de me demander si je dois parler en français, en anglais ou en tibétain. Bien ! je vais essayer de commencer dans mon anglais rudimentaire…
Je suis très heureux d’être ici et de vous revoir tous, d’avoir la chance d’enseigner à nouveau le Lam Rim et, bien sûr, je suis très heureux que vous ayez l’occasion d’entendre à nouveau cet enseignement. Pendant les neuf jours qui vont suivre, nous allons nous retrouver pour cet enseignement. C’est aujourd’hui le premier de ces neuf jours et il est très important d’établir une motivation correcte pour que toutes les sessions que nous allons vivre (même si chacune d’elles ne dure que deux heures), pour que tous les enseignements soient… Vous voyez, quand je commence à parler ainsi avec les mains, cela signifie que j’ai épuisé les ressources de mon anglais !

[En tibétain] à partir d’aujourd’hui vous allez recevoir l’enseignement de « La Voie Progressive vers l’éveil » (Tib. Lam Rim). De mon côté, pendant que je vous transmettrai cet enseignement, j’essaierai de corriger mon esprit afin qu’il corresponde à ce qui est dit dans les enseignements du Lam Rim. De la même façon, je vous demande, lorsque vous recevrez cet enseignement, de corriger votre esprit si vous voyez qu’il ne correspond pas à ce que vous entendez. En effet, l’idéal est de recevoir l’enseignement du Lam Rim tout en corrigeant son esprit.

On peut recevoir cet enseignement afin de pouvoir le transmettre aux autres à l’avenir, mais ce n’est pas là son but véritable : le but de cet enseignement sur la voie progressive est de corriger notre propre esprit, c’est-à-dire de trouver ses défauts, ses faiblesses, ce qui ne correspond pas aux enseignements du Bouddha, de reconnaître les émotions perturbatrices qui le contrôlent et, une fois identifiées, de voir de quelle manière nous en défaire. De mon côté, j’enseignerai avec l’intention de corriger mon esprit, et je vous demande d’en faire autant. Je n’ai pas les compétences d’un érudit et je n’ai pas beaucoup de citations à vous offrir, mais le plus important ici est de corriger notre attitude.

Durant ces neuf jours, nous allons porter une attention plus soutenue sur ce sujet. Mais il ne faudrait pas penser qu’il faut se contenter d’améliorer son attitude seulement pendant cette courte période et s’en tenir là. Il est important que vous corrigiez votre esprit afin de pouvoir le contrôler durablement. Vous devez donc maintenir une attitude correcte au-delà des neuf jours que nous allons passer ensemble. En fait, vous devez adopter cette attitude correcte jusqu’à la fin de vos jours ! L’enseignement du Bouddha (Skt. Dharma) est difficile à rencontrer. Rencontrer un guide spirituel sur la voie du grand véhicule ou Mahayana l’est encore davantage. Or nous avons obtenu cette précieuse renaissance humaine dotée des huit libertés (note 1 en bas de page html) et des dix attributs (note 2 en bas de page html) et rencontré l’enseignant du Mahayana. Dès à présent, il nous faut donc nous efforcer de suivre le chemin des individus des trois capacités en nous en remettant à un guide spirituel qualifié apte à nous indiquer ce profond sentier. Lorsque l’on prend des vœux ou d’autres formes d’engagement, on promet (selon le texte) de les mettre en pratique « à partir de maintenant, et jusqu’à la fin de ma vie (ou jusqu’à ce que je parvienne à l’Eveil). » De la même façon, une fois que l’on a rencontré le Dharma, il nous faut maintenir une attitude correcte dès cet instant et jusqu’à l’obtention de l’Illumination. Lorsque l’on s’emploie à cultiver un tel état d’esprit, le fait de recevoir des enseignements devient un sentier correct et notre pratique devient libre de tout obstacle.

Le plus important pour recevoir des enseignements est donc d’établir une attitude correcte. Cependant, quand on regarde son esprit, on a souvent l’impression qu’il est difficile à dompter tant il est vaste et tant les perturbations mentales sont puissantes. Dans le Bodhicharyavattara (note 3 en bas de page html), il est comparé à un éléphant sauvage. Néanmoins, il est dit dans les enseignements du Lam Rim que tous les phénomènes sont de nature changeante, qu’ils sont impermanents. Aussi, lorsque les causes et les conditions sont réunies, les choses changent-elles naturellement. C’est pourquoi, si vous vous employez à réunir les causes et les conditions qui vous conduisent à modifier votre esprit en recevant des enseignements, vous devenez alors capables de transformer votre esprit, c’est-à-dire d’en éliminer graduellement les perturbations mentales.

Vous pouvez engendrer une motivation correcte en désirant recevoir cet enseignement afin d’obtenir l’Illumination pour le bien de tous les êtres qui ont tous été votre mère un nombre incalculable de fois au cours de vos innombrables existences antérieures ou encore en souhaitant obtenir la libération [du cycle des existences conditionnées]. Le minimum requis est de vous employer à avoir un bon cœur, une bonne attitude. Comme vous le savez, tout est basé sur l’esprit : pour obtenir un bon résultat, il est donc primordial d’engendrer une motivation correcte.

Le Bouddha Shakyamouni a tourné trois fois la Roue du Dharma. Au premier tour, il a enseigné les Quatre Nobles Vérités dont on peut conclure que tous les phénomènes existent de manière inhérente. En revanche, lorsqu’il a tourné la Roue du Dharma pour la deuxième fois, le Bouddha a enseigné la Perfection de la Sagesse (Skt. Prajnaparamita) qui démontre que ces mêmes phénomènes n’ont aucune existence inhérente, qu’ils n’existent pas véritablement. Effectivement, cet enseignement est basé sur la vacuité. Aussi, lorsque l’on réfléchit au contenu de ces enseignements, peut-on estimer qu’ils semblent se contredire. Néanmoins, il n’existe aucune contradiction au niveau de leur signification profonde. C’est pourquoi il est nécessaire d’en recevoir une explication détaillée afin d’en comprendre le sens. C’est du reste pour cela que le Bouddha a tourné la Roue du Dharma une troisième fois, afin d’expliquer la signification de ses deux premiers enseignements.
En d’autres termes, il y a deux types de soutras : les soutras du petit véhicule (Skt. Hinayana) et les soutras du grand véhicule (Skt. Mahayana). Ces enseignements ont été donnés par le Bouddha en fonction des dispositions des disciples auxquels il s’adressait.

Parmi les soutras du Mahayana, on trouve le soutra de La Perfection de la Sagesse. Ce soutra expose de façon explicite et implicite son sujet : sa présentation directe [ou explicite] présente essentiellement et de façon claire la vacuité, autrement dit la Vue Profonde ; sa présentation cachée [ou implicite] concerne la lignée de la Vaste Conduite et met l’emphase sur la base du manque d’existence inhérente, la base de la vacuité. Dans les enseignements du Lam Rim, quand on aborde les pratiques de l’être de capacité initiale et celles de l’individu de capacité moyenne, on parle beaucoup plus de la présentation cachée du Soutra du Cœur. Toutefois, lorsque l’on arrive aux pratiques de l’être de capacité supérieure, on parle alors directement de la vacuité en prenant pour base ce même Soutra du Cœur.

Pour ce qui est de la lignée des Lamas du Lam Rim, nous avons chanté leurs noms tout à l’heure ; je ne m’étendrai donc pas davantage sur cette prière. Cependant, il faut souligner que l’on parle ici des Lamas de la Lignée Profonde : celle qui remonte à Manjoushri par Atisha et dont Lama Tsong Khapa a hérité. Ces Maîtres sont liés comme les perles d’un rosaire et toutes leurs bénédictions nous sont parvenues sans altération.

Les quatre-vingt-quatre mille types d’enseignement donnés par le Bouddha Shakyamouni ont été regroupés en trois catégories ou « corbeilles » (Skt. Tripitaka). Ces enseignements servent à s’entraîner dans les domaines de la moralité, de la concentration et de la sagesse. Tous les enseignements portant sur la moralité sont regroupés dans la corbeille du vinaya. Tous ceux qui traitent de la sagesse se trouvent dans la corbeille de l’Abhidharma, et tous ceux qui abordent la concentration constituent la corbeille des soutras. Ces trois corbeilles (ou pitaka) permettent ainsi de savoir rapidement quel est le sujet de l’enseignement auquel on s’intéresse. Elles nous ont été transmises par les rois du Dharma (Skt. Dharmaraja).

Le Lam Rim parle de pratiques qui correspondent à trois types d’individus, c’est-à-dire à des êtres possédant trois types de capacité mentale. Aux individus de capacité mentale initiale, on enseigne l’abandon des dix actions non-vertueuses et le respect de la loi de cause à effet : suivre ces enseignements permet d’obtenir une forme supérieure de renaissance en tant qu’être humain ou dieu. Il s’agit donc tout d’abord de s’efforcer d’abandonner les dix actions non-vertueuses [ou actions non-méritoires]. Par l’abandon de ces dix actions non-vertueuses, on respecte la loi de cause à effet et on accumule dix actions vertueuses, ce qui conduit à une forme de renaissance supérieure. Cependant, l’obtention d’une forme de renaissance supérieure en tant que dieu ou être humain n’est pas une solution définitive car tant que l’on n’a pas abandonné la cause réelle de la souffrance, à savoir les perturbations mentales dont la racine est l’ignorance, on retombe toujours dans le même schéma : on continue à faire l’expérience de la souffrance.

C’est pourquoi l’être de capacité intermédiaire cherche à comprendre quelle est la source réelle de ces dix actions non-vertueuses. Il découvre alors qu’elle n’est autre que l’ignorance et c’est ainsi qu’il cherche à abandonner les perturbations mentales en abandonnant leur source : l’ignorance. Une fois l’ignorance abandonnée, l’être de capacité intermédiaire obtient la libération : il se libère de l’existence cyclique.

Par une réflexion graduelle, on en arrive ensuite à se demander si l’abandon des perturbations et de l’ignorance n’est pas un but insuffisant. On commence alors à réfléchir à l’objectif qui consiste à être bénéfique non seulement à soi-même mais aussi à autrui. L’individu de grande capacité qui aspire à ces deux finalités (devenir bénéfique à soi-même comme à tous les êtres) va éliminer l’ignorance et les obscurcissements pour atteindre lui-même le corps de vérité (Skt. Dharmakaya). Ce faisant, il deviendra apte à aider les autres au moyen du corps de la forme (Skt. Roupakaya) tandis qu’en cherchant seulement à abandonner la source des karmas non-vertueux (les perturbations mentales dont l’ignorance est la source), l’être de capacité intermédiaire obtient uniquement sa seule libération individuelle. Le but est donc différent pour le petit et le grand véhicule : l’être de capacité supérieure devra obtenir le Dharmakaya pour devenir bénéfique à autrui, c’est pour cela qu’il se débarrassera de l’ignorance.

L’être de grande capacité en vient ainsi graduellement à se demander s’il ne serait pas mieux d’abandonner les empreintes de l’ignorance pour obtenir un état de non-perturbation, et c’est dans ce but qu’il applique alors une méthode très puissante connue sous le nom de « Sagesse qui Perçoit Directement la Vacuité » (Tib. Tongpanyi Togpai Shérab Ngeusoume Tou) en s’employant à suivre la méthode suprême de l’union de la sagesse et de la méthode. Cette méthode n’est pas employée dans le Hinayana : elle n’est pas suivie par les auditeurs (Skt. Shravaka) ou par les réalisateurs solitaires (Skt. Pratyékabouddha), mais est propre aux adeptes du Mahayana qui cherchent à obtenir une perception directe de la vacuité afin d’abandonner les empreintes des perturbations tout en pratiquant la méthode.

Si nous ne constatons aucun progrès dans notre esprit, si nous n’obtenons aucune réalisation alors que nous pratiquons le sentier, c’est le signe que nous maintenons une certaine distance entre la pratique et notre esprit. Il existe de nombreux enseignements qui concernent la méthode et la sagesse, mais si l’on maintient une distance entre son esprit et ces enseignements, si l’on assiste aux enseignements en spectateur sans s’employer à les intégrer à son esprit, ils n’auront aucun effet ! Pour obtenir quelque bienfait des enseignements du Dharma, il est donc de la plus haute importance de ne pas conserver cette distance qui fait de nous de simples spectateurs mais, au contraire, d’assimiler les enseignements que nous recevons, c’est-à-dire d’intégrer la méthode et la sagesse à notre esprit. C’est un peu comme lorsque vous avez très soif et que quelqu’un vous indique où trouver de l’eau : cette information vous soulage déjà dans une certaine mesure, mais si vous n’allez pas chercher l’eau et si vous ne la buvez pas, vous ne recevrez aucun bienfait de l’eau qui se trouve pourtant à votre portée. Pour étancher votre soif, vous devez aller chercher de l’eau et la boire. De la même façon, pour que les enseignements vous soient bénéfiques, vous ne devez maintenir aucune distance entre la pratique et votre esprit mais intégrer le Dharma à votre esprit.
Rencontrer le Dharma, c’est comme se trouver sur le seuil d’une route dégagée qui permet d’atteindre la destination finale que l’on a choisie : on se réjouit de voir cette voie dégagée. La rencontre avec le Dharma vous est offerte. Il vous suffit maintenant de suivre la bonne direction : si vous ne vous avancez pas sur cette route magnifique qu’est le sentier du Dharma, tous les obstacles que vous rencontrerez ne seront jamais rien d’autre que vos propres défauts. Si vous rencontrez un bon médecin qui vous prescrit un bon traitement mais que vous ne prenez pas ces médicaments, vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous... Aussi, lorsque vous rencontrez un bon chemin tel que celui du Dharma, vous appartient-il de fournir les efforts nécessaires à l’obtention des réalisations que vous espérez. Si vous n’obtenez aucune réalisation, c’est parce qu’il subsiste des erreurs au niveau de vos karmas passés qui limitent vos capacités. Si vous ne faites pas d’effort alors que vous avez rencontré le sentier magnifique de la doctrine, vous en êtes les seuls responsables.

Comme on a déjà dû vous le dire à l’occasion d’autres enseignements du Lam Rim, on peut mourir l’esprit rempli de regrets. Tel est, par exemple, le cas de celui ou de celle qui a rencontré le Dharma, qui a bénéficié de toutes les conditions nécessaires à sa mise en pratique, mais qui, par paresse ou à cause d’autres conditions négatives, n’a pas fourni les efforts nécessaires à la pratique. Mourir avec ce genre de pensée, c’est mourir avec un grand regret. D’autres personnes meurent sans avoir rencontré le Dharma, sans avoir eu l’occasion de le pratiquer ou sans avoir réussi à réunir les conditions propices à sa pratique. Ces personnes meurent aussi avec un sentiment de regret, mais ce type de regret n’est rien à côté de celui qu’éprouve celui ou celle qui a bénéficié de toutes les conditions favorables pour pratiquer le sentier qu’il ou elle avait rencontré et qui n’en a pas profité. Sa situation est très différente, et bien plus triste...

Nous vivons une époque d’agitation mentale : il y a beaucoup de distractions et d’activité autour de nous. Nous sommes à l’aube du XXIème siècle et nous hésitons à renoncer à notre confort matériel. Néanmoins si nous voulons pratiquer le Dharma, il est tout à fait possible de le faire à notre époque : il suffit de poursuivre nos affaires ordinaires tout en pratiquant le Dharma pour obtenir un bonheur à long terme. Dans les monastères, les moines et les nonnes méditent sans cesse et suivent pleinement le chemin spirituel. Cette manière de vivre ne s’applique toutefois pas aux Occidentaux dont la vie quotidienne dépend tellement de conditions matérielles. Si vous désirez pratiquer le sentier, la chose est néanmoins tout à fait possible : il vous suffit de pratiquer le Dharma (qui est la source du bonheur des vies à venir) tout en continuant à vous consacrer à vos activités ordinaires (les affaires qui vous procurent le bonheur en cette vie).

Il faut aussi souligner que quand on reçoit des enseignements, on n’est pas censé accepter tout ce que l’on entend sans réfléchir. On doit, au contraire, analyser, discuter, contempler ce que le Bouddha a enseigné pour voir si cela est vrai ou non. En effet, le Bouddha lui-même a dit qu’il ne fallait pas accepter ses propos simplement parce qu’il en était l’auteur, mais qu’il fallait au contraire en analyser le contenu de la même façon que l’on vérifiait à l’époque que le métal que l’on avait en main était bien de l’or en en prélevant un fragment, en le grattant et en le brûlant. Ainsi ne faut-il pas accepter les enseignements parce que ce sont les propos du Bouddha Shakyamouni, mais vérifier s’ils sont bénéfiques à notre esprit, s’ils le font progresser, s’ils nous aident à éliminer la souffrance ou non. Pour cela, il faut non seulement recevoir les enseignements, les écouter, mais aussi y réfléchir, les contempler et les méditer, tout comme les maîtres du passé l’ont fait.

La validité des enseignements du Bouddha Shakyamouni a, en effet, été éprouvée par les grands maîtres du passé : le Bouddha a commencé par donner différents types d’enseignements et il a été ensuite prouvé par les érudits et les grands pratiquants que ces enseignements conduisent à telle et telle réalisation, tel et tel résultat. Finalement, les enseignements du Bouddha ont été mis en pratique par les yogis et les mahasiddhas qui ont ainsi obtenu des résultats, des réalisations. Donc, en suivant les pas des maîtres du passé, en écoutant les enseignements, en les analysant puis en les méditant, vous obtiendrez vous aussi les mêmes résultats.

On peut dire : « Je pratique les enseignements du Bouddha depuis vingt ans et je n’ai encore obtenu aucun changement. » Si tel est le cas, c’est qu’on ne pratique pas correctement, c’est-à-dire qu’il existe un problème de communication entre notre esprit et le contenu des enseignements du Bouddha. Les enseignements ne sont pas une matière intellectuelle : ils n’apportent pas simplement un savoir. Ils sont faits pour être intégrés à notre esprit car c’est en nous employant à faire ainsi éclore la signification des enseignements en notre esprit que nous obtiendrons infailliblement les résultats espérés. En tant qu’enseignant, je fais de mon mieux pour pratiquer le sentier. En fait, tout cela dépend de chacun d’entre nous : nous devons tous, maîtres et élèves, nous efforcer de suivre les paroles du Bouddha Shakyamouni. C’est là un point essentiel.

Comme vous le savez, le Dharma a vu le jour en Inde avant d’être transmis au Tibet, et aujourd’hui, il se développe en Occident. Néanmoins, on ne trouve pas beaucoup de textes du Dharma en langues occidentales. Cela n’est pas grave car « répandre le Dharma » ne veut pas dire que l’on ait besoin d’avoir en Occident autant de statues que l’on en trouve en Orient : répandre le Dharma, c’est faire germer la signification du Dharma en notre esprit. Ce n’est pas disposer d’une multitude d’enseignements écrits ou de statues : c’est établir la signification du Dharma dans l’esprit des êtres qui ont tous été notre mère à un moment donné.
L’autre point important est qu’il faut répandre un Dharma pur : il faut faire très attention d’éviter toute dégénérescence en la matière. Il faut éviter que la pure tradition du Dharma ne dégénère en Occident car si jamais c’était le cas, cela constituerait une source de problèmes pour les générations à venir. Tout dépend donc de nous, et c’est pourquoi il est fondamental que nous répandions un Dharma pur.

J’ai reçu l’enseignement du Lam Rim à plusieurs reprises. Il m’a été transmis par Sa Sainteté le Dalaï Lama, mais aussi par ses tuteurs, Ling Rinpoché et Trijang Rinpoché. Je l’ai également reçu de mon maître-racine, Khènsour Rinpoché. Je vais suivre ici un commentaire de Kélsang Jamyang Meunlam et, quand vous recevrez ce commentaire, vous recevrez non seulement les enseignements qu’il contient, mais aussi la bénédiction de la lignée ininterrompue des maîtres. C’est là une chose extrêmement précieuse. En effet, lorsque l’on commente de tels textes, tout dépend de la façon dont chacun des maîtres qui constituent cette lignée ininterrompue a expliqué les termes employés dans l’enseignement. Recevoir la bénédiction de cette lignée est donc extrêmement précieux, et vous allez la recevoir en même temps que vous recevrez le commentaire de cet enseignement. J’ai donc reçu ce commentaire du Lam Rim à plusieurs reprises et certains d’entre vous l’ont aussi déjà reçu plusieurs fois. Cependant, il est très difficile de dompter son esprit : les perturbations mentales constituent, en effet, un adversaire extrêmement puissant, un adversaire redoutable qu’il nous appartient pourtant de combattre.

Notre situation est semblable à celle dans laquelle se trouvent actuellement les Tibétains : le Tibet est un petit pays et nous luttons pour obtenir notre liberté, pour obtenir la libération du Tibet. Quant à elle, la Chine est un pays extrêmement grand et puissant. Mais, comme les Tibétains sont soutenus par la communauté internationale, comme les Prix Nobel de la Paix les soutiennent eux aussi, comme toutes ces conditions favorables sont réunies (au nombre desquelles on compte l’aide des pays européens), nous pouvons entretenir l’espoir de voir un jour le Tibet recouvrer sa liberté.

Ainsi, même si nos perturbations mentales sont extrêmement fortes, comme nous avons rencontré d’authentiques maîtres spirituels, comme nous avons trouvé un véritable sentier spirituel, comme nous possédons la sagesse du discernement et comme toutes les conditions propices à la pratique du sentier sont réunies, il est certain que nous sommes capables d’éliminer les perturbations mentales, quelle que soit leur force. Notre cas n’est pas désespéré : il nous suffit de lutter contre les perturbations mentales et l’ignorance -faute de quoi les choses deviennent, il est vrai, difficiles ! à partir du moment où nous réunissons toutes les conditions favorables, nous pouvons raisonnablement nourrir l’espoir de combattre les perturbations mentales et de voir notre esprit progresser.

Le Bouddha Shakyamouni a dit : « Je vous ai montré le chemin qui mène à la libération. Tout dépend maintenant de vous si vous voulez obtenir cette libération. » En d’autres occasions, il a aussi dit : « Vous êtes votre propre guide, vous êtes votre propre protecteur. » Ces deux citations ont une grande importance car elles signifient que quatre-vingt pour cent de la réussite de notre entreprise repose sur nos épaules : les vingt pour cent qui restent correspondent aux conditions favorables que nous devons réunir : trouver un maître véritable etc. Votre rôle est donc fondamental. La façon dont vous mettez en pratique le Dharma est essentielle. Quatre-vingt pour cent du résultat dépend de vos efforts, de votre pratique des enseignements dans votre vie de tous les jours.

Lorsque l’on prend refuge en le Bouddha, en le Dharma et en la Sangha, on voit que le Bouddha est notre véritable protecteur car il nous montre le sentier. La Sangha est, quant à elle, la communauté des pratiquants qui nous aide à mettre en pratique les enseignements dans notre vie quotidienne. L’amélioration de votre esprit dépend donc à quatre-vingt pour cent du Dharma (ou plutôt de la génération de sa signification en votre esprit) et les vingt pour cent qui restent correspondent aux conditions telles que celles qui sont fournies par la Sangha, le Bouddha Shakyamouni et les maîtres. Ainsi, lorsqu’il est dit « vous êtes votre propre guide, vous êtes votre propre protecteur », vous devez garder en mémoire que quatre-vingt pour cent du résultat final dépend de vos efforts personnels.

Merci.

Notes
1. Les huit libertés : La “précieuse” renaissance humaine est caractérisée par le fait d’être libre de huit états qui entravent la pratique du Dharma, à savoir être né dans un royaume infernal, comme esprit avide, comme animal, comme dieu à longue vie, dans une région où le Dharma n’existe pas, à une époque où aucun bouddha n’est apparu, être né avec des facultés mentales ou physiques déficientes, soutenir des vues fausses.

2. Les dix attributs (ou dix richesses) : Les dix qualités qui caractérisent également la valeur de la “précieuse” renaissance humaine, à savoir obtenir une renaissance humaine, être né dans un pays où existe le Dharma, avoir des facultés mentales et physiques inaltérées, ne pas avoir commis les cinq karmas négatifs ininterrompus, avoir foi dans les enseignements du Bouddha, être né à une époque où le Bouddha est apparu, où les enseignements ont été révélés, où ils sont encore viables, où il existe encore des pratiquants qualifiés et avoir les conditions nécessaires à la pratique du Dharma.{{}}

3. Bodhicharyavattara : Un des textes majeurs du Mahayana ; poème en dix chapitres écrit au VIIème siècle par le maître indien Shantidéva qui présente les méthodes appliquées par les « fils de Bouddha » pour engendrer l’esprit d’éveil, s’entraîner dans les six perfections et atteindre l’Illumination. Voir le commentaire de Guéshé Tengyé, Sur l’Océan du Mahayana, Editions Vajra Yogini.{{}}

304 pages : 22,87 euros (150 F)

ISBN : 2-911582-42-X

Pour commander
Librairies étrangères et centres
Particuliers

http://www.vajra-yogini.com/commandelibraire.html

Fondation pour la Préservation de la Tradition Mahayana (FPMT)
Centre Kalachakra - Centre de bouddhisme tibétain
5, passage Delessert - 75010 Paris
Tél/Fax : 01 40 05 02 22


http://www.centre-kalachakra.net/





Buddhaline

E-mail:
Partenaires: O.Vision | Yoga Vision | Karuna | Matthieu Ricard



Cabinet Freling