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Approche du rêve lucide, nécessité thérapeutique pour l’occident

Ou comment se servir du rêve grâce à la tradition bouddhiste tibétaine sans avoir recours aux symboles et à l’analyse ?

Par Luc Marianni

INTRODUCTION

Du point de vue du psychothérapeute, faut-il connaître le patient (son hérédité, ses croyances, ses souvenirs d’enfance, ses blocages inconscients ….) afin de travailler sur ses rêves ? Une analyse subtile des symboles contenus dans le rêve est-elle la clé de voûte et l’ingrédient majeur d’une thérapie bien conduite ? Ou bien peut-on travailler sur le rêve en dépassant l’aspect analytique et mental et en allant plus profondément dans l’expérience du vécu énergétique ? Dans la tradition bouddhiste, il existe une référence sur la pratique du rêve décrite dans les 6 enseignements de Naropa. Il existe également une tradition tibétaine laïque du rêve avant l’avènement du Bouddha. Quant à la tradition occidentale, elle fait état d’une méthode thérapeutique par la parole, ouverte à tous depuis un siècle environ. Freud et Jung en sont les principaux créateurs et ont donné le point de départ à l’éveil de notre inconscient. Mais si à la fin du XIXème siècle (si riche en découvertes scientifiques pour le meilleur et pour le pire) la "talking cure" (approche analytique par le dialogue) répondait efficacement aux besoins des personnes en Occident à se structurer au rythme d’une société technologique naissante, qu’en est-il aujourd’hui ?… Cent ans plus tard, le cerveau est bien rempli et la matière transformée inonde notre vie. Le monde n’a jamais été aussi peuplé et la nature pillée. Les problèmes de stress, de perturbations psychiques envahissent notre vie. Quelles sont les perspectives d’avenir dans ce nouvel environnement ?

Dans ce contexte perturbé, la pratique de rêve devient le pôle d’équilibre et la source d’efficacité pour vivre notre état de veille de façon correcte et consciente. Nous allons essayer dans cet article de définir le rêve, de sentir son utilité, de dégager la psychologie et les pratiques nécessaires à son utilisation dans notre quotidien et d’approcher le rêve lucide comme une expérience réaliste et libératrice.

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ETYMOLOGIE DES MOTS REVE ET SONGE

Avant d’aborder le fonctionnement du rêve, il est bon de revenir à la racine du mot en référence au Dictionnaire historique de la langue française (Ed Robert) rédigé par Alain Rey. Le mot "songe", employé couramment jusqu’au XIX puis délaissé par la suite, a une signification proche de celle de rêve : "sognare" en italien signifiant "rêver". On retrouve dans cette racine le mot "soin" : le songe permet donc de soigner et n’est plus considéré comme un état de folie ou un état "farfelu" dépourvu de sens. Aujourd’hui le mot "rêve" a remplacé le mot songe. Il a plusieurs racines. En dehors de celles qui correspondent à "délirer, en fureur, en rage", une autre racine signifie "sortir, s’échapper de sa condition, s’échapper de la réalité matérielle" par un retour à un état antérieur, un mouvement en sens contraire qui détruit ce qui a déjà été fait. Le rêve perçu de cette façon devient un compagnon précieux pour aborder nos états intérieurs et antérieurs. C’est un outil essentiel, voire unique car il est le seul état intermédiaire de notre existence qui établit, avec notre inconscient, un rapport direct et non pollué par la pensée. Dans la tradition bouddhiste cet état intermédiaire se nomme "bardo du rêve" et réunit un ensemble de connaissances et de pratiques depuis plus de 2000 ans. Il semble donc essentiel pour beaucoup de personnes de puiser dans la sagesse, le savoir et la pratique bouddhiste, plus particulièrement tibétaine (1), pour s’orienter vers un travail sur des états plus subtils.

ETATS INTERMEDIAIRES & BARDO DU REVE

Dans la tradition bouddhiste, bardo signifie "état intermédiaire". On en dénombre six :

3 de la naissance à la mort : 1) le bardo de la naissance, de la vie présente (état de veille) 2) le bardo du rêve (de l’instant où nous sombrons dans le sommeil jusqu’au réveil 3) le bardo de la méditation

et 3 de la mort à la naissance : 1) le bardo de l’instant de la mort 2) le bardo de la réalité suprême (état de claire lumière) 3) le bardo du devenir (antichambre d’une nouvelle existence)

L’ensemble des 6 bardos forme le cycle de la vie. Il existe une correspondance et complémentarité entre les 3 bardos de la naissance et les 3 bardos de la mort dans le sens où l’existence humaine est envisagée comme une préparation à la mort et la mort comme une préparation à la vie.

Si nous reconnaissons le rêve et la méditation comme les 2 seuls états que nous pouvons développer pour sortir de nos enfermements mentaux, pour accéder à nos profondeurs, pour établir un contact entre le corps et l’esprit et nous régénérer, nous pouvons voir les problèmes énormes d’une société qui n’investit pas ces 2 espaces essentiels et compte juste sur sa capacité mentale et ses paroles pour résoudre ses problèmes. Dès que ces 2 bardos sont abandonnés, il ne reste aucune alternative pour nous libérer de la prédominance de l’activité mentale.

Alors que la méditation nous demande un effort de volonté et de constance, le rêve "par chance" vient directement et naturellement, à condition de s’en souvenir. Par "double chance", la pratique du rêve n’est plus considérée en occident comme inutile. Elle est même intégrée dans notre culture et soutient notre développement personnel.

La pratique du rêve s’est effectuée, dans une phase historique (Freud & Jung), à partir de l’analyse des symboles et du dialogue. Elle nous a permis de nous rendre compte d’une réalité énergétique intérieure, d’objectiver et structurer notre intellect et d’évacuer certaines négativités par la parole (qui agit alors comme une soupape de sécurité). Par contre, si nous prolongeons cette analyse symbolique, nous allons renforcer l’aspect mental et la projection extérieure (qui procure une sensation de libération passagère mais qui n’agit pas sur la racine énergétique du problème ; ce qui peut expliquer que certaines psychanalyses durent si longtemps). Dans une seconde phase, après avoir découvert et testé le rêve imaginaire et éveillé, nous pouvons maintenant dépasser le niveau mental et atteindre par la pratique le ressenti et l’énergie. La personne qui aborde ses rêves d’une façon non intellectuelle est amenée à appréhender, à transformer ses énergies intérieures et à devenir plus autonome dans une pratique de développement personnel.

C’est ce que nous allons développer à présent dans les thèmes suivants :

contenu du rêve/différentes catégories/différents types de travail/2 objectifs d’un travail sur le rêve

CONTENU DU REVE ET SES DIFFERENTES CATEGORIES

Le contenu du rêve se décompose en 3 états : 1) un état d’activités sensorielles (avec une prédominance de l’image et du son), 2) un état de ressenti (agréable, désagréable ou neutre) 3) un état mental (analytique et descriptif) qui se greffe sur les 2 premiers états au réveil. Ces 3 états sont présents et indissociables dans n’importe quel rêve dont on se souvient. Quel est, de ces 3 états, le plus important dans un processus de développement personnel ? Le ressenti et la sensation corporelle qui en résulte  : ils déterminent notre bien-être ou mal être d’une façon directe. Les 2 autres états sont un support du ressenti et sont au service de sa transformation.

Quel est, parmi nos 5 sens, celui qui tient une place importante dans le rêve ?

Bien que tous les sens jouent un rôle, la vue est essentielle. Les objets du sens de la vue sont les formes physiques/énergétiques et les couleurs. L’existence de notre corps est donc intimement liée à la vue car ce sens confirme notre réalité d’être humain. Nous avons besoin de voir les personnes et les objets autour de nous pour nous sentir exister, nous sécuriser et bénéficier d’un reflet et d’une réflexion sur nos comportements. Le rêve, lui aussi, se traduit avant tout par des objets visuels. Ces derniers donnent une consistance, une solidité à nos problèmes, voire une fixité. L’enjeu thérapeutique est de briser la solidité de ces objets visuels afin de libérer le ressenti qui y est lié. D’où l’importance de la vision interne dans le rêve.

Quelles sont les catégories de rêve en fonction de leur contenu ? Les rêves, au delà de leurs symboles souvent fastidieux à analyser (sans compter que souvent ces symboles dépendent de l’époque et de la culture du pays où nous vivons, de nos références personnelles…), peuvent se classer en 3 catégories universelles : 1) le rêve neutre sans grand ressenti ni image forte (exemple : les rêves du petit matin), 2) le rêve où l’on a un plaisir, une certaine autonomie ou un pouvoir de décision (rêve lucide) 3) le rêve négatif où l’on est complètement dépendant de la situation et/ou l’on subit les événements.

La dernière catégorie nous concerne particulièrement car elle renferme perturbation/conflit/mal-être et nous empêche souvent de passer à un autre stade dans la pratique sur les rêves. Selon Tarab Tulku XI Rinpoché (2), nous pouvons classer les rêves négatifs en 3 tendances : 1) les rêves de grande négativité où notre vie est en danger et où nous nous sentons agressés/bloqués 2) les rêves où nous ne parvenons pas à réaliser un but 3) les rêves où nous sentons une insatisfaction, quelque chose d’inachevé avec un sentiment de manque. Nous pouvons, en fonction de ces 3 tendances, classer la plupart de nos rêves négatifs et ainsi mesurer l’urgence du travail à effectuer.

DIFFERENTS TYPES DE TRAVAIL SUR LE REVE

En dehors de l’analyse du rêve et de ses symboles, il existe d’autres méthodes qui font appel en nous à des étages plus subtils (énergétique, psychocorporel et spirituel) :

-  le rêve imaginaire, développé en occident depuis quelques décennies, fait appel à nos facultés de création mentale. Il s’agit de s’imaginer dans une situation particulière : nous nous déplaçons vers une rivière que nous devons traverser ou bien nous rencontrons une personne d’une grande sagesse qui formule une réponse à nos interrogations ou bien encore nous franchissons une porte et constatons ce qu’il y a derrière. Nous sommes ainsi amenés à avoir des réponses à des difficultés et/ou à dépasser certains blocages. Mais, au delà de ces réponses, le rêve imaginaire nous familiarise avec la visualisation et nous aide à créer un corps imaginaire doté de 5 sens. Il nous entraîne aussi à garder les images d’un rêve dans la durée, à évoluer dans une situation et à utiliser nos sens intérieurs afin de les rendre plus forts et stables. (Toutes ces étapes sont essentielles pour préparer la pratique du rêve lucide). La difficulté de cette approche réside dans le fait de se mouvoir et d’être présent à nos 5 sens.

-  le rêve éveillé, utilisé aussi en occident, correspond lors d’une séance de psychothérapie à un rêve que nous avons déjà eu et que nous allons, dans un état méditatif proche du sommeil et à la fois présent à nous-mêmes (d’où rêve éveillé), essayer de guérir, de finir ou de transformer. Ici l’image et le ressenti sont déjà présents, ce qui facilite notre déplacement à l’intérieur du rêve. La difficulté réside ici dans le fait de nous souvenir de nos rêves (3) et à nous maintenir dans le rêve éveillé puisque nous sommes émotionnellement impliqués. Le rêve éveillé requiert chez le pratiquant une préparation à la détente mentale et physique et un contact en continu avec sa sensation corporelle, l’effet étant de réduire le fonctionnement du mental conceptuel, l’intellect, (consulter à cet effet l’article de Samsara n°2 pages 12 à 14).

Ces 2 types de rêve nécessitent souvent la présence d’un psychothérapeute. Pour les occidentaux, ce sont des méthodes à part entière qui nous donnent accès à l’inconscient. Pour les tibétains et en particulier la psychologie U.D. (2) le rêve imaginaire et le rêve éveillé sont des outils pour transformer nos négativités et surtout des pratiques préliminaires au rêve lucide.

-  le rêve lucide utilisé au Tibet est une pratique très ancienne décrite en détail dans l’un des 6 enseignements de Naropa. C’est un manuel de yoga en 6 parties évolutives. Ecrit par Naropa, grand maître indien du XIème siècle, disciple de Tilopa, cet ouvrage rassemble plusieurs enseignements et décrit un yoga du rêve mettant en œuvre les énergies vitales du corps. Ces enseignements furent introduits au Tibet un peu plus tard par le disciple de Naropa, Marpa. Dans la pratique du rêve lucide la personne endormie intervient dans son propre rêve. Nous voyons qu’une telle pratique est très utile à notre santé physique et psychique, à la conduite de notre quotidien, à notre développement personnel autonome et à notre recherche spirituelle. Le rêve négatif est issu d’une situation extérieure inconfortable dont nous sommes inconscients. Le fait d’agir sur la négativité du rêve permet d’agir en retour sur cette situation extérieure. Le rêve lucide est le plus direct d’emploi. Tout ce que nous sommes obligés de développer dans les 2 autres types de rêve existe ici à l’état naturel. La difficulté ici réside dans le fait d’être conscient à l’intérieur de notre rêve et de développer une capacité à réagir/agir. La clef du rêve lucide réside dans le renforcement de notre sensation corporelle et dans la ferme intention de le pratiquer avant de nous endormir. Par ailleurs, si nous nous réveillons pendant la nuit suite à un rêve, nous pouvons nous rendormir aussitôt en essayant de le reprendre de façon lucide.

LES 2 OBJECTIFS D’UN TRAVAIL SUR LE REVE

1) Rêve et pratique quotidienne

Si nous voulons utiliser l’état de rêve comme source de notre équilibre psychique au quotidien, il est bon d’être réceptif aux images et aux ressentis contenus dans nos rêves, d’essayer de résorber le ressenti négatif dès le matin avec "les moyens du bord" sous peine que cette énergie tourne en roue libre dans notre inconscient en déteignant sur toutes nos activités de veille. Cette précaution mise en œuvre régulièrement agit à titre préventif et nous permet de garder le dialogue avec nous-mêmes, de ne pas laisser s’accumuler des impressions et sensations conflictuelles qui rentrent en résonance avec nos états intérieurs. Elle empêche également que ces états intérieurs nés de situations de veille, mélangés à des résidus de ressenti de rêve non résorbés, ne se traduisent à nouveau sous forme de rêves qui eux-mêmes se répètent et qui en définitive, si nous n’en tenons pas compte, finissent toujours par se manifester de nouveau dans notre état de veille de manière plus intense (maux physiques par exemple). C’est l’effet "boule de neige".

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Une fois réveillé, nous rappeler les images de notre rêve et du ressenti associé, les noter/classer/comparer sans rentrer dans les détails, nous permet, en séance de psychothérapie, de les retravailler au niveau énergétique à l’aide du rêve éveillé, en privilégiant les rêves où les images et les ressentis sont les plus forts.

2) Rêve et pratique psychothérapeutique

Entre la pratique quotidienne qui relève plus du bon sens et le développement spirituel par l’approche du rêve lucide, la pratique psychothérapeutique du rêve établit la liaison et nous amène à résoudre certains de nos perturbations psychologiques parfois répétitives à travers le rêve imaginaire et surtout le rêve éveillé. Un rêve négatif (cauchemar) est toujours l’expression d’une faiblesse du soi manifestée dans le rêve par l’une des 3 tendances négatives citées plus haut. Cet état de perturbation, contacté le plus souvent dans l’enfance n’est que l’expression d’un état énergétique profond en nous. L’enfance est la période de notre vie où nous sommes impuissants. A chaque fois que nous subissons en tant qu’enfant un événement extérieur, la faiblesse antérieure du soi est réveillée et réapparaît dans l’inconscient associée à l’image de cet événement (l’image étant la condition sine qua non à la remontée du ressenti généré par la faiblesse du soi). Ces faiblesses du soi nous appartenant ne peuvent être transformées que par nous-mêmes à l’âge adulte. Et le rêve est idéal pour cela : l’énergie dans le rêve remonte de façon brute puisque notre mental n’intervient pas comme dans l’état de veille. Il suffit de "cueillir" le rêve au réveil. De ce fait nous n’avons pas à rechercher nos racines primordiales dans l’enfance. Par un travail guidé, nous pouvons nous libérer de nos ressentis perturbants.

REVE & SOCIETE

En travaillant sur le rêve nous transformons nos négativités et nos fixités mentales. En accord avec Tarab Tulku XI Rinpoché (2) "La vision que nous avons d’autrui dépend de la relation que nous établissons avec nous-mêmes", nous voyons qu’un travail intérieur profond sur les rêves favorise en retour dans notre vie de veille une vision de l’autre plus claire, une approche plus consciente des situations et une meilleure intégration dans le monde.

Dans cette perspective, le rêve trouve une place royale : il nous aide à acquérir la mobilité intérieure et l’intuition (intuition signifiant tuer=tuit le mental pour contempler l’intérieur=in), à découvrir notre inconscient et aller au delà du mental. Appréhender nos ressentis négatifs, les voir comme nous appartenant et les dépasser, ralentit nos projections et nos créations mentales effrénées. Pratiquer de cette façon ne demande aucune utilisation ou transformation de matière extérieure. Sur une terre de 12 milliards d’habitants (selon les statistiques en 2050) on voit l’avantage et l’efficacité de ces pratiques "spirituelles" réduites à l’essentiel qui nous apportent conscience, autonomie, santé physique/psychique et réalisation personnelle, plutôt que d’attendre tout de l’extérieur. Aujourd’hui la société occidentale technique et rationnelle, au mental conceptuel développé, à la critique pointue et à la rigueur scientifique exacerbée est prête, après un siècle d’apprentissage à la discrimination, à rentrer dans un "état spirituel" (dans le sens de pratique individuelle sur l’esprit) et à contacter les étages subtils de l’esprit pour faire l’expérience de l’unité.

CONCLUSION & OUVERTURE

Le rêve lucide est l’accomplissement d’un travail psychothérapeutique sur le rêve. C’est sûrement la pratique la plus adaptée à l’occident puisqu’elle conjugue individualité/indépendance (valeurs chères au monde occidental) et auto-guérison/équilibre psychologique (besoin urgent en occident). Notons au passage que cette pratique du rêve lucide ne fait intervenir aucune croyance mais propose une expérience personnelle. Que ce soit par la psychothérapie (rêve éveillé) ou l’autothérapie (rêve lucide), nous contactons l’état d’unité et, au même moment, la compassion. Citons à cet effet la phrase de Tarab Tulku XI Rinpoché, merveilleuse de précision et de simplicité : "Lorsque nous faisons une expérience d’unité, l’amour et la compassion adviennent d’eux-mêmes".

Par ailleurs le rêve, dans la tradition bouddhiste, est lié à la mort. Vivre la transformation d’un rêve au niveau énergétique en psychothérapie U.D. est équivalent à notre transformation énergétique au moment de la mort. Cette expérience nous permet donc de nous familiariser avec la mort (origine principale de toutes nos peurs) et de contacter/vivre/apprivoiser/résorber l’impermanence émotionnelle en nous. Nous nous sentons en retour plus calmes et sereins face aux situations extérieures, perturbantes et changeantes.

Naître, développer notre corps et notre mental, essayer de trouver notre place, puis construire les éléments de notre vie, essayer de les stabiliser tout en s’y attachant pour être en définitive obligés de les lâcher… : tel est l’apprentissage de notre existence dans le bardo de la naissance.

Et le bardo du rêve est le seul espace (avec celui de la méditation) où nous pouvons prendre conscience de l’existence relative des choses et nous apercevoir de notre mouvement de ronde incessant dans le Samsara. Investissons donc cet espace pour notre plus grand bien et celui de tous les êtres ! Notre recherche spirituelle devient ainsi une réalité intégrée au quotidien sans exclure notre besoin de réalisation personnelle.

Luc Marianni, le 1 décembre 1998 à Argenteuil

Exemple d’un rêve et d’un travail conduit en psychothérapie U.D. :

Description : je suis dans une ville. Un groupe armé malveillant l’encercle. Ma liberté se réduit. J’hésite à partir. Plus les heures passent moins je peux sortir de cette ville et passer les barrages. La tension monte. La nuit tombe.

Je me réveille à ce moment : angoisse/ambiance sombre/douleur et mauvais ressenti au niveau de l’estomac/rêve de négativité de première tendance/image claire d’un barrage à quelques centaines de mètres de moi. La journée s’annonce mal. Dès mon réveil je reste assis 20 minutes au contact du corps et essaie de sentir le malaise en écartant toute description mentale dès qu’elles apparaissent. Ce travail m’aide à résorber la négativité et éviter qu’elle n’imprègne toutes les actions et pensés de la journée. Je me lève : le sentiment de moi est meilleur, moins faible, plus uni.

Préparation du travail : je note le rêve et son/ses image(s) principale(s) et le ressenti qui y est associé.

Si la forme du rêve (dans ce cas précis : négativité, blocage, impuissance) se répète dans les jours précédant une séance psychothérapeutique, il devient nécessaire de l’aborder en priorité. Dans la répétition du rêve il n’est pas nécessaire que les situations négatives soient identiques. Le fait important est la similitude entre les états. Dans tous les cas de figure, l’image et le ressenti doivent être les plus clairs et les plus forts possible.

J’arrive chez le thérapeute : je lui parle de mon rêve : image(s) et ressenti. Après un état de détente profond et de travail sur la sensation corporelle de 1 demi heure à une heure il me le fait revivre en introduisant à nouveau les images et le ressenti de mon rêve. A ce moment-là en m’appuyant sur sa présence et bienveillance, je reste le plus longtemps possible dans l’image du rêve et son ressenti sans faire intervenir le mental conceptuel. Le thérapeute me recentre sans cesse dans l’image originelle et le ressenti corporel s’il s’aperçoit que je suis dans la description mentale, le jugement, l’endormissement, la rêverie ou dans une autre image qui n’a rien avoir avec l’origine. Le rêve peut alors s’installer, se développer jusqu’où je peux aller à ce jour. Il n’y aura peut-être qu’une guérison temporaire, des transformations légères ou profondes qui impliquent toujours la dissolution de l’image forte du rêve associée au ressenti. L’image "solide" au départ peu à peu se meut, devient floue, s’accélère, se transforme énergétiquement en couleurs puis devient noire pour déboucher à un moment sur une énergie lumineuse, stable et unitaire. Toute cette partie prend plus ou moins de temps selon la personne, l’expérience vécue et la nature de la négativité.

Après cette expérience ponctuelle, le retour à notre vie de veille se trouve alors transformé : nous engendrons toujours des actions, des créations, des concepts mais qui ne sont plus le faire-valoir d’états émotionnels inconscients, projectifs et non travaillés. L’action a alors un sens, une précision, une réalité, et correspond, dans sa mise en œuvre au quotidien, à des besoins extérieurs urgents.

A quoi sert le rêve ? Les rêves nous permettent de :

- prendre conscience de problèmes urgents à résoudre dans notre quotidien

-  nous équilibrer au quotidien et ainsi créer un pôle d’équilibre face à l’état de veille (le souvenir d’un rêve même sans l’avoir travaillé est déjà une première étape à notre bonne santé psychique)

-  d’avoir une matière brute, utilisable en psychothérapie pour nous guérir et nous transformer

-  accéder à des étages plus subtils de notre état de veille pour être plus conscient de nos actions et désirs quotidiens dans nos rapports aux situations, aux personnes et aux objets

-  rentrer en contact avec nos racines inconscientes profondes… et au delà même

-  appréhender et de nous familiariser avec l’univers de la mort

-  nous conduire vers un travail spirituel, accéder par la pratique du rêve lucide à d’autres dimensions au delà de l’espace et du temps et nous libérer du samsara.

Pourquoi bouddhisme et Tibet sont-ils associés et salutaires à l’Occident ?

Parce qu’ils sont tous les 2 présents et implantés en Europe suite à un exil forcé. Parce qu’il s’agit d’un subtil et précieux mélange entre la philosophie et psychologie bouddhiste indienne tourné vers un travail sur l’esprit (l’Inde est le pays d’origine du Bouddha) et la tradition chamanique tibétaine en contact avec les énergies du corps et les énergies de la nature. Ce qui apporte un coté laïque concret, psychothérapeutique, adapté aux personnes ordinaires (sans jugement de valeur). C’est une sorte de liaison naturelle entre le corps et l’esprit par la pratique de nos états énergétiques intérieurs (émotions, ressenti, troubles physiques, intuition…), le tout en relation à la nature et au monde extérieur.

Si je ne me souviens pas de mes rêves : que faire ?

Tout d’abord tout le monde rêve-t-il ? Oui, c’est un processus naturel, instinctif, vital et équilibrant. Mais tout le monde ne se souvient pas de ses rêves. D’où la nécessité de développer la ferme résolution puis la claire intention de nous souvenir de nos rêves et de nous préparer le soir avant de nous endormir par des pratiques de détente mentale et corporelle incluant des respirations spécifiques, des visualisations lumineuses au niveau de la gorge, du ventre et du centre du thorax. Aménager notre vie avec des moments de repos, réduire nos activités si nous avons une tendance à la dispersion et à l’agitation professionnelle, favoriser une alimentation légère avant de dormir…

7 rue des Bûchettes, 95100 Argenteuil
Tél./fax : 01 39 82 68 00


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