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Aller à Lhassa, oui, mais certainement pas en otage de la Chine

Claude Huriet, sénateur de Meurthe-et-Moselle, est le président du Groupe sénatorial d’Information sur le Tibet. A l’occasion du sommet des Parlements du monde à l’ONU, il a rencontré Li Peng, président de l’Assemblée populaire de Chine. Un entretien qui a tourné court.

Par Sofia Stril-Rever

Sofia Stril-Rever : Le sommet des Parlements du monde s’est réuni en séance plénière à l’ONU en septembre 2000, quelques jours après le Millenium de la Paix. Y a-t-il un lien entre les deux événements ?

Claude Huriet : Il n’y a pas de lien à proprement parler, mais une coïncidence des lieux et des calendriers puisque les deux sommets se sont tenus dans l’enceinte de l’ONU, à New York, et à quelques jours d’écart seulement.

Le sommet des Parlements du monde avait été organisé à la demande de l’Union Interparlementaire. L’Union Interparlementaire est une institution qui a aujourd’hui 110 ans, elle réunit deux fois par an les parlementaires de 130 pays du monde. Elle vient d’être reconnue par l’ONU qui n’est pas très démocratique quant à son fonctionnement et à sa composition. L’Union Interparlementaire se veut l’expression des parlements du monde et pour consacrer leur reconnaissance, les présidents de ce parlement sans frontières se sont réunis à New York, en septembre 2000.

S. S-R : Vous êtes actuellement le représentant du groupe français au sein de l’Union Interparlementaire ?

Claude Huriet : La présidence exécutive du groupe français de l’Union Interparlementaire est exercée alternativement par un sénateur et un député. Je représente le Sénat et Michel Vauzelle l’Assemblée nationale. Je me suis rendu au sommet de New York avec le président Poncelet pour le Sénat et le président Forni pour l’Assemblée nationale.

S. S-R : Ce sommet a été pour vous l’occasion de rencontrer Li Peng le président de l’Assemblée populaire de Chine ?

Claude Huriet : La Chine fait partie de l’Union Interparlementaire, nous avons donc siégé ensemble lors de la séance plénière. Mais le président Poncelet avait en outre un rendez-vous privé avec Li Peng auquel il avait proposé que je m’associe. Il était prévu une heure de rendez-vous.

Monsieur Poncelet a tout d’abord évoqué des questions d’ordre général concernant les relations économiques franco-chinoises, les accords de coopération entre nos deux pays, l’accueil d’étudiants et de stagiaires chinois. Tout cela est resté très formel, dans un style très diplomatique. Enfin, il m’a donné la parole, me présentant à Li Peng comme le président du Groupe d’Information sur le Tibet au Sénat.

Je ne dirai pas que Li Peng a eu pour moi un regard particulièrement chaleureux. Il m’a toisé sans sympathie tandis que je retraçais brièvement les activités et l’ancienneté du Groupe d’Information sur le Tibet. Puis il m’a proposé de venir m’informer en Chine, affirmant que je pourrais alors porter sur la politique chinoise au Tibet un jugement objectif, étayé sur la réalité de ce que j’aurais observé par moi-même.

Je lui ai répondu qu’en effet je me rendrais très volontiers en Chine et au Tibet. J’ai ajouté que j’étais désireux de connaître les conditions d’organisation d’un tel voyage. Quel serait mon degré de liberté concernant mes déplacements et mes rencontres ?

Est-ce vraiment une coïncidence ? Li Peng a alors très rapidement mis fin à notre entretien qui a tourné court. Il a prétexté une audience à laquelle il lui fallait se rendre.

S.S-R : Avez-vous mis la rencontre du jeune Panchen Lama comme l’une des conditions à ce voyage ?

Claude Huriet : Li Peng ne m’en a pas laissé le temps ! Je n’ai pas pu évoquer la question du jeune Panchen Lama, comme j’en avais effectivement l’intention.

S. S-R : Depuis le sommet de New York, avez-vous reçu des éclaircissements sur les conditions de votre éventuel voyage ?

Claude Huriet : Non, à dire vrai, je ne suis pas plus fixé aujourd’hui qu’alors. J’ai simplement appris que le président Forni, à l’Assemblée nationale, a reçu également une telle invitation, tout comme le sénateur de Côte d’Or, Louis de Broissia. Louis de Broissia et moi souhaiterions faire cette visite en Chine et au Tibet. Nous avons évoqué la question lorsque Sa Sainteté le Dalaï-Lama est venu pour être auditionné au Sénat, quelques semaines plus tard, fin septembre. Il nous a dit que si les Chinois nous ont invités, nous devrions y aller. Mais c’est loin d’être simple.

Si, au Tibet, nous ne faisons que suivre le guide chinois, ou tibétain prochinois, qui aura été affecté à notre visite, nous observerons ce que les Chinois veulent bien nous laisser observer. Et nous aurons droit à une campagne d’intoxication bien orchestrée.

Et si nous demandons à rencontrer des Tibétains, nous pouvons leur faire courir des risques graves. La marge de manœuvre est particulièrement étroite. Notre visite serait vraisemblablement exploitée par les Chinois, de sorte que les signaux que nous aimerions lancer aux Tibétains pourraient bien se retourner et faire passer exactement le contraire de notre message.

S.S-R : Entre langue de bois et manipulation, le chemin vers Lhassa est semé d’obstacles ?

Claude Huriet : Certainement, mais, si cela peut être utile, nous irons à Lhassa !

Décembre 2000


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